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Affaire Frêche : une étrange négation médiatique

Par Pierre Delvaux • Actualités • Jeudi 04/02/2010 • 1 commentaire  • Lu 1787 fois • Version imprimable


Au-delà des querelles politiciennes, l’affaire Frêche suscite un malaise beaucoup plus préoccupant. Depuis que le Parti Socialiste a décidé de présenter une liste parallèle, des voix s’élèvent de toute part pour défendre Georges Frêche. Que ses colistiers se livrent à cet exercice n’est pas excusable mais compréhensible d’un point de vue électoraliste. On est là face à ce cynisme politicien malheureusement traditionnel en France et qui s’épanouit à chaque élection, la chasse aux voix justifiant tous les moyens sans le moindre scrupule. L’exercice est condamnable mais ses motivations sont claires. Plus troublante est l’attitude des commentateurs qui s’évertuent à excuser l’empereur de Septimanie. 

L’argument central le plus entendu dans cette plaidoirie collective fut utilisé entre autres par le rédacteur de « Marianne », Renaud Dély sur France 5 : « C’est une phrase antisémite mais Georges Frêche n’est pas antisémite !... » Cette singulière nuance fut reprise par une bonne part des commentateurs politiques qui hantent nos soirées télévisuelles (c’est sans doute pour leur capacité à de telles subtilités que ces chroniqueurs se voient disputés par toutes les émissions politiques de tous les médias). A entendre Renaud Dély, il nous faudrait donc accorder plus d’importance à ce que ne disent pas les hommes politiques plutôt qu’à ce qu’ils disent. Cela peut être vrai dans des cas bien particuliers mais en faire une généralité relèverait purement et simplement du sophisme, d’autant plus difficile à recevoir concernant le sujet qui nous occupe. S’il est un fait de société où le poids des mots est déterminant, n’est-ce pas le racisme ? Sur quoi d’autre se fonde-t-il qu’une certaine désignation de l’autre ?

Les paroles de Georges Frêche seraient donc une maladresse, une bêtise. « Voter pour ce mec en Haute Normandie me poserait un problème. Il a une tronche pas très catholique !... ». La juxtaposition des deux phrases est trop lourde de sens pour pouvoir être hasardeuse. L’évocation de la France profonde (en l’occurrence la Haute Normandie) opposée à la « tronche pas très catholique » de Laurent Fabius ne relève pas que de l’élucubration de comptoir, surtout dans la bouche d’un tel homme politique, aussi cultivé que roué. Cette rhétorique de la droite française antidreyfusarde a, malheureusement, toujours trouvé un écho dans toute une partie de la Gauche au prétexte d’un lobby capitaliste et sioniste dominant le monde.

Georges Frêche connaît aussi bien l’Histoire de France que sa région. Etant moi-même Languedocien, je connais certains discours de Montpelliérains de gauche sur les pieds-noirs d’origine juive qui constituent une bonne partie de la bourgeoisie de l’Hérault (entre autre, le milieu médical et paramédical) avec des phrases commençant par : « Ce n’est pas une histoire d’antisémitisme, mais… ».George Frêche sait sur quel velours il joue dans sa région. Il l’avait déjà prouvé dans le passé et l’indéniable popularité qu’il en tire révèle un ténébreux visage de la France (malheureusement confirmé par un récent sondage dans lequel 73% donnent tort au PS de présenter une liste contre lui).

Si les ressorts du phénomène sont clairs au niveau local, ils posent question au niveau national dans la complaisance observée chez de nombreux commentateurs des milieux politique et médiatique. Pourquoi ne peuvent-ils admettre l’évidence ? Pourquoi faut-il sauver le soldat Frêche ? Serait-ce parce qu’il incarne avec son amie Ségolène Royal la modernité européenne ? N’est-il pas en France le champion de la décentralisation ? le bâtisseur de métropoles ? le promoteur des eurorégions ? Après la défaite de Lionel Jospin, après le déclin de Ségolène Royal, la chûte de Georges Frêche en Languedoc-Roussillon ne risque-t-elle pas de porter un coup de trop à l’eurogauche française, à un PS assurant une alternance maastrichtienne ?

A l’heure où est écrit cet article, des négociations difficile se tiennent entre socialistes et écologistes pour une liste commune. De son côté, le Front de gauche a annoncé d’emblée qu’il ne ferait pas liste commune avec le PS au premier tour et Martine Aubry n’a pas insisté pour les faire changer d’avis. Il n’y a pourtant aucun doute que la fusion des trois listes PS-Europe écologie-Front de gauche assurerait la victoire. Une victoire de la gauche avec une majorité noniste serait-elle plus redoutée à Paris que la victoire de la droite ?

Pierre Delvaux , le 4 janvier 2010


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Commentaires

par Anonyme le Vendredi 05/02/2010 à 20:42

Georges Frêche antisémite ?
Georges Frêche grand ami d' Israël.
***
Une bronca médiatique « pas très catholique » contre Georges Frêche

2 février 2010 par Mathias Reymond

(...) S’il y a bien une casserole que le président de région du Languedoc Roussillon ne devait guère penser avoir à supporter, c’est bien celle d’avoir tenu des propos antisémites. Dans le raz-de-marée médiatique, il ne s’est trouvé aucun grand média pour rappeler, comme l’a fait Alain Gresh sur le site du Monde Diplomatique [5], que, à de nombreuses reprises, Frêche a prononcé son attachement à l’Etat d’Israël et à sa politique, et aux juifs en général (étant entendu qu’être sioniste n’est pas nécessairement un gage de non-antisémitisme...) (...)
 
 
 
Richard Prasquier, président du Crif : « Je sais que Frêche n’est pas antisémite »
 
 
 
Georges Frèche fervent supporter d' Agrexco...
 
 
L' UJFP, l'Union Juive Française pour la Paix, membre fondateur de la  Coalition contre Agrexco, est choquée et indignée des propos  insultants de G Frèche intervenant en sa qualité de Président de la
Région Languedoc Roussillon à l'encontre de Sylvain Pastor, conseiller régional Vert, qui, lors de la dernière réunion, a défendu le combat mené par la coalition contre l'implantation d'Agrexco sur le port de
Sète. Cette entreprise exporte des fruits et légumes issus de l'exploitation illégale des terres palestiniennes occupées. (...)
 
En traitant Sylvain Pastor à plusieurs reprises d'antisémite, G. Frèche a exploité l'antisémitisme pour éluder le problème soulevé par Agrexco. Il ajoute ainsi l'odieux au cynisme. Nous dénonçons cette exploitation simpliste de l'antisémitisme, faite par le président de
Région pour ne pas avoir à assumer sa complicité vis-à-vis d'un Etat meurtrier.(...)
 
 
 
Boycott d’Israël
 



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