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Après le deuxième tour et la faiblesse de Macron...

... l'avenir est incertain!

Par Jacques Cotta • 2017: Libre discussion • Lundi 08/05/2017 • 0 commentaires  • Lu 1694 fois • Version imprimable

Le second tour s’achève avec des résultats en trompe l’œil chantés sur tous les tons et sur toutes les chaines de télévision. Macron élu, Le Pen battue, le tout avec des scores sans appel. Le premier totalisant plus de 65% des voix serait en quelques sortes plébiscité tandis que la seconde, au-dessous de la barre des 40%, serait pratiquement écrasée. Tout cela n’a en réalité de valeur que pour les besoins de la cause, affirmée depuis des mois avec une unanimité à laquelle aucune voix ne devait manquer. Macron était le candidat du patronat dans son ensemble, de l’union européenne, du Cac 40, de la presse au garde-à-vous et enfin des caciques du PS et de LR dont certains n’ont pas manqué, dès le verdict tombé à 20h, de faire des propositions de service frisant l’indécence. On retiendra enfin, avant de passer aux choses sérieuses, le ouf de soulagement de l’oligarchie. François Hollande applaudissant sa créature, Angela Merkel son affidé, Jean-Claude Junker son disciple… Mais outre la bonne nouvelle de la soirée –cette farce électorale, élection du président de la république, pivot de la cinquième république- est enfin terminée, l’analyse un peu plus détaillée des résultats indique que toutes les questions sont devant nous et que Macron aura bien du mal à les régler…

Les chiffres, tous les chiffres

L’élection d’Emmanuel Macron est d’autant plus importante que les quelques points de son programme, qu’il a pris garde de développer, sont éloquents : remise en cause de la sécurité sociale, des retraites avec l’instauration de la retraite par points, ubérisation de la société, démantèlement jusqu’au bout du code du travail, soumission totale à l’union européenne, renforcement des liens avec l’OTAN et donc engagement militaire dans la foulée de Hollande ou Sarkozy au nom du combat contre le terrorisme, etc… Mais pour apprécier avec toute la saveur désirée ce résultat électoral, encore faut-il le replacer dans un contexte d’ensemble.
  • Alors que le matraquage médiatique aura rarement atteint le niveau que nous avons connu, le FN étant largement utilisé comme rabatteur vers Macron, plus de 25% des inscrits ont refusé le chantage à la peur en s’abstenant, lorsque plus de 8% ont voté blanc ou nul, soit plus de 4 millions d’électeurs. En 2002, la peur avait joué à fond. Là, pour la première fois, contre le matraquage et le terrorisme intellectuel qui a voulu imposé le vote Macron, des millions et des millions, lucides, ont refusé d’accorder un plébiscite au candidat du CAC 40 et de l’Union Européenne. Cette réalité constitue une avancée indiscutable.
  • L’abstention est particulièrement importante parmi les électeurs de la France Insoumise. Plus de 24% d’entre eux ne sont pas allés voter, plus de 34% des 18-24 ans et plus de 35% des chômeurs.
  • Dans les communes qui ont voté au premier tour Mélenchon, le vote blanc ou l’abstention dépassent la moyenne nationale. Ce sont donc les couches populaires qui ont répondu à la volonté de rejeter dos à dos la France de macron et celle de Le Pen, de rejeter la « créature » et un de ses « créateurs », ne tombant pas dans le panneau de la peur organisée.
  • Ramené à cette réalité, Emmanuel Macron est élu non par le chiffre pratiquement soviétique de 65% des français, comme l’ont rabâché tous les commentateurs, comme pour vouloir assommer définitivement ceux qui n’ont pas voulu marcher dans la combine, mais par 43% des inscrits lorsque le total de l’abstention, des blancs et des nuls atteint 32%.

Macron ou le début des problèmes

Alors que les médias dans leur ensemble ont expliqué à longueur d’articles, de commentaires, de reportages le succès macronesque par l’enthousiasme qu’aurait suscité le candidat, son dynamisme, sa clarté, etc… l’enquête là aussi donne de tous autres résultats. Selon l’institut de sondage IPSOS :
  • 43% des électeurs d’Emmanuel Macron déclarent avoir voté pour faire barrage à Le Pen.
  • 33% indiquent avoir voté Macron pour le renouvellement qu’il représente, c’est à dire pour le rejet apparent des partis de la 5ème république qui déjà dans les différentes primaires et au premier tour avaient connu une défaite cuisante.
  • 16% disent avoir voté par adhésion à son programme.
  • 8% pour sa personnalité.
Il ressort donc de ces premiers éléments une absence d’adhésion au projet de Macron de la part d’une immense majorité des français. Et pour cause. Le candidat devenu président s’est proposé de casser les services publics un peu plus en en liquidant plus de 150 000 agents, ce qui en effet les rendrait inopérants, et de revenir, comme le demandent les directives de l’Union Européenne, sur les acquis sociaux obtenus de longues luttes, certains issus du conseil national de la résistance, cela par ordonnance dès cet été. Un coup de force annoncé qui dans ce contexte de faiblesse du nouvel élu annonce des lendemains agités….

Ajoutons à ces éléments le score de Marine Le Pen qui apparaît en toute clarté comme un des piliers du système. Sans elle, pas de Macron. La candidate du Front national totalise environ 11 millions de voix. Il serait absurde d’y voir des millions de fascistes, ce qui ne rend pas plus sympathique Le Pen fille. Le système évidemment joue là-dessus pour rabattre les suffrages sur le candidat « respectable » du moment, Chirac en 2002, Macron en 2017. Ces 11 millions incarnent en réalité un rejet total de la politique menée depuis des années, qui démoralise, qui démotive, qui rejette, qui appauvrit, qui désespère. La preuve en a été donnée au premier tour. Une politique offensive sur des propositions compréhensibles a permis notamment à Jean Luc Mélenchon de réduire le Front National. Ces 11 millions s’inscrivent d’abord dans la lignée des chiffres précédents. Ils sont un rejet de la politique promise par Macron, non majoritairement sur une ligne de droite extrême, mais dans l’attente d’une réponse sociale. Cela exprime aussi une certaine faiblesse de Marine Le Pen et de son parti pour l’avenir. A moins que Macron et ses amis de « droite » comme de « gauche » ne parviennent à mener leur coup de de force anti social et préparent par là-même les futurs succès du Front National…

Prochaine étape électorale…

Les portes paroles des différentes formations se sont empressés d’en appeler à la suite électorale, les élections législatives d’où devraient sortir les députés qui dégageront dans le cadre des institutions de la 5ème république une majorité pour gouverner. Et là encore, la Macronie a du souci à se faire. Toujours selon l’enquête IPSOS :
  • 61% des français ne souhaitent pas donner une majorité absolue à Macron.
  • 15% seulement le souhaitent « tout à fait » et 24% le souhaite « plutôt ».
Plus précisément, les projections font apparaître les difficultés qui guettent plus que Macron :
  • 51% des électeurs de Benoit Hamon le souhaiteraient. Ce qui indique que majoritairement, au sein du noyau dur du PS qui a soutenu son candidat au premier tour –candidat qui s’est affirmé comme un candidat de division ne servant qu’à interdire à Mélenchon de représenter une alternance au second tour- parmi donc ce noyau dur une majorité désire un succès de Macron aux législatives. Ce qui indique que le PS risque fort de se retrouver sous sa bannière réduit à la portion congrue. Un parti socialiste sans élus, ou avec très peu, se verrait réduit à une marginalisation accélérée…
  • Pour le parti communiste, la suite semble liée aux éléments précédents. Le PC cherche en fait à se raccrocher –là à la France Insoumise, après en avoir contesté la démarche, là au PS, un cadavre en train de refroidir- et dans ce contexte risque fort de perdre les quelques sièges qu’il possède encore.

Et la France Insoumise dans tout cela ? Et la suite…

La campagne des élections législatives va monopoliser toutes les attentions et toutes les énergies. Du côté des forces traditionnelles de la 5ème république, il en va de la survie. Si à droite « LR » va tenter de rattraper le coup Fillon en menant campagne sur ses positions, à gauche, pour le PS, la cause sera d’autant plus difficile que les ralliements à Macron sont déjà légion.... Du côté de Macron enfin, ce qui précède donne l’ampleur de la difficulté à trouver un semblant de majorité pour gouverner…

Et pour la France Insoumise ? Il serait d’une extrême gravité pour la démocratie tout simplement que les 19% du premier tour de la présidentielle soient broyés ou simplement marginalisés par la machine infernale de la 5ème république qui refuse à des forces politiques existantes d’être représentées, notamment à l’assemblée. Pourtant, le « tout sauf Le Pen » peut fort bien pour l’intérêt du système être modifié par l’oligarchie médiatico-économico-politique en « n’importe qui sauf Mélenchon ».

Mais la question électorale a un temps. Elle incarne la lutte des classes de façon déformée, et la réalité rattrapera vite tous ceux qui pensent que les élections constituent l’alpha et l’oméga de la vie politique et sociale. Lorsque Macron va vouloir passer à l’œuvre, les tensions vont se développer et vu l’ampleur des attaques qu’il se déclare prêt à engager, des affrontements sociaux de grande importance risquent fort d’éclater. La question de l’indépendance des organisations syndicales prend toute son importance. Et la déclaration de Jean-Claude Mailly pour FO mettant en garde Macron contre « toute volonté d’utiliser les ordonnances ou le 49-3 sur les questions sociales » donne le bon signal. Celui du combat pour l’unité contre les agressions qui sont préparées, combat social qui dans le contexte remettra la question politique au premier plan, celle de la décomposition de la 5ème république, de la nécessité d’en finir avec ses institutions totalement antidémocratiques qui permettent à un « souverain » minoritaire de concentrer tous les pouvoirs dans ses mains, de la légitimité même de ce souverain.

Alors, la France Insoumise ? C’est dans ce contexte aussi qu’une force politique devra exister, s’exprimer, agir. Suffira-t-il comme dans le cadre électoral d’indiquer « en haut » une marche à suivre pour laisser « en bas » les uns et les autres faire avec. Ou pas d’ailleurs. C’est bien la question du fonctionnement, de la démocratie, de la centralisation aussi des décisions et de l’action qui va se trouver poser. La France Insoumise, sur le modèle de Podemos, a montré une grande efficacité dans la phase électorale, d’autant que Mélenchon a accompli un sans-faute, se distinguant de tous les autres par une force et un talent reconnus. Mais pour la suite, il sera impossible de faire l’économie de rapprochements, de débats démocratiques, pour élaborer, décider, agir, rassembler, combattre…

Jacques Cotta
Le 8 mai 2017

 

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