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Ce qu'est LFI

Par Denis Collin • Actualités • Dimanche 23/08/2026 • 0 commentaires  • Lu 2 fois • Version imprimable


Dans la presse, sur les réseaux sociaux ou dans les débats politiques quotidiens, LFI et son chef Mélenchon sont souvent caractérisés comme « extrême gauche », « gauchiste », « gauche radicale ». LFI a protesté quand le ministre de l’Intérieur l’a située à l’extrême gauche. LFI se veut aujourd’hui un parti de gauche. Cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’en 2017, sous l’influence de théoriciens du « populisme » comme Chantal Mouffe ou le philosophe argentin (aujourd’hui décédé) Ernesto Laclau, Mélenchon récusait cette division entre droite et gauche pour lui substituer l’opposition entre le peuple et les élites. Après l’élection de 2017, au fur et à mesure qu’il abandonnait la laïcité, Mélenchon s’est progressivement recasé à gauche. En 2022, il prenait l’initiative d’une nouvelle « gauche plurielle », la Nouvelle Union Populaire écologique et sociale (NUPES), puis en 2024 la même coalition revêtait un nouveau nom, « Nouveau Front Populaire » (NFP). On revenait ainsi au bon vieux schéma classique.

Mais toutes ces étiquettes sont devenues des plus confuses. Voilà déjà longtemps que je considère que droite et gauche sont des catégories inutilisables. J’y reviens dans une contribution à l’ouvrage collectif publié sous la direction de Fabien Schang, Gauche ? Droite ?, publié cette année aux éditions Ovadia. Pour savoir si LFI est à gauche, à l’extrême gauche ou représente la gauche radicale, il faudrait encore savoir ce qu’est la gauche… et ce que c’est qu’être à gauche de la gauche, ou « vraiment à gauche ». Faute de prendre le temps de revenir sur les évolutions de la gauche, je m’en tiendrai ici aux idées courantes que l’on pouvait se faire de la gauche, disons jusqu’en 1981.

Si LFI est un mouvement d’extrême gauche ou de gauche radicale, on doit supposer qu’il porte, en les défendant vigoureusement, les thèmes classiques de la gauche : la république, la laïcité, les libertés démocratiques élémentaires. Malheureusement, on en est loin. La Libre pensée, passée sous le contrôle des « lambertistes » du POI, a depuis longtemps abandonné le combat pour la libre pensée, critiquant toujours l’Église catholique, mais faisant les yeux doux à l’islam. Avec un train de retard, le mouvement mélenchoniste a suivi le même chemin. La laïcité, consiste maintenant à défendre l’islamisme perinde ac cadaver, voile, hijab, burqa et Hamas inclus. On ne peut guère imaginer rupture plus radicale avec toute la tradition de la gauche. La revendication de la « créolisation » et du « grand remplacement » apparaît de plus en plus comme la revendication du renversement de la tradition républicaine. Mélenchon lui-même essaie de banaliser ses mots d’ordre en invoquant la France « multicolore » et le remplacement naturel des générations, mais ses lieutenants les plus liés au milieu « décolonial » ne cachent pas qu’il s’agit pour eux de détruire la « vieille France » et de balayer toute l’histoire nationale, celle qui a été faite par les « tout blancs, tout moches ». La France des campagnes et des petites villes est considérée comme peuplée de « fachos », la seule France digne de ce nom est pour LFI celle des cités des immigrés, musulmans autant que possible, à quoi il faut ajouter les centres-villes petits bourgeois, ceux des CSP++ qui veulent prendre la place des CSP+++ et transforment un douteux capital intellectuel en prétention à la supériorité morale. LFI est à mille lieues des vieux partis ouvriers ancrés dans les quartiers et les villes ouvrières. Quand on observe les fractions les plus radicales de LFI, on ne peut manquer de voire des analogies intéressantes avec les groupes fascistes d’antan, ceux des squadristi de Mussolini ou les troupes des SA, deux courants qui n’hésitaient pas à se dire révolutionnaires et anticapitalistes.

LFI n’est pas un mouvement d’extrême gauche comparable à ce que furent la Ligue Communiste (Révolutionnaire) et les autres groupes du même genre. LFI n’a nulle prétention à faire la révolution prolétarienne mondiale, la « révolution permanente » est le cadet de ses soucis. LFI ne se considère nullement comme une partie du « mouvement ouvrier » auquel Mélenchon a donné congé dès L’ère du peuple (2025), congé renouvelé dans le document programmatique Comment faire ?. LFI ne se bat pas pour renverser le capitalisme et exproprier les expropriateurs, ce qui supposerait l’action de la classe ouvrière, mais cette dernière ne vote pas LFI et d’ailleurs ne vote plus à gauche ou ne vote plus du tout. De ce point de vue, ceux qui qualifient Mélenchon de « trotskiste » commettent une grosse erreur. Mélenchon, jeune, fut un trotskiste tendance lambertiste, entra au PS où il devint un « sous-marin » lambertiste avant de devenir un socialiste gardant de bons rapports avec les lambertistes, mais sans plus. Il avait troqué Trotski pour Mitterrand. C’est tout dire. LFI est d’ailleurs tout ce que les lambertistes d’antan méprisaient : une « organisation de la petite-bourgeoisie décomposée alliée au lumpen ». Il suffit d’écrire cette expression pour avoir l’image de Pierre Lambert la prononçant avec son mégot pendant à une lèvre dégoûtée. Du lambertisme, Mélenchon a gardé le pire : les méthodes autoritaires et l’exclusion de quiconque met en cause la ligne générale, la capacité à désigner ses amis d’hier comme les pires de ses ennemis, le sens de la magouille et coups tordus, la capacité d’inventer un « truc » théorique pour justifier mille et un virages politiques qui servent surtout à sauvegarder les postes et les prébendes de l’appareil.

Il ne faut pas imaginer non plus que LFI est révolutionnaire au sens où il s’agirait de prendre le pouvoir par une révolution plus ou moins violente, en tout cas en dehors des cadres institutionnels. Comme tous les « révolutionnaires », LFI adore les révolutions musclées… ailleurs. La vénération de Castro et Chavez, le goût pour les pouvoirs tyranniques exotiques accompagne un respect total ou presque des institutions. Quand Mélenchon parle de révolution, il s’agit d’une révolution par les urnes ! Après tout, Macron lui-même avait exposé son programme de 2017 dans un livre intitulé Révolution. La « révolution citoyenne » prônée par LFI est un mot qui sonne bien, mais n’a aucun contenu réel. C’est un slogan gazeux ! Le mot citoyen employé comme adjectif a d’ailleurs cette propriété de servir d’emballage à toutes les camelotes politiques possibles.

Il y a bien à LFI des éléments qui rêvent de révolution violente ou de subversion de toutes les institutions démocratiques. Les groupes comme « La Jeune Garde » tentent de ressusciter le guérillérisme BCBG dont la LCR était jadis férue. Plus sérieusement, les djihadistes qui noyautent LFI ont averti. Comme Erdogan, ils pensent que la démocratie est comme un tramway dont on descend quand on a atteint son terminus. C’est plutôt de ce côté que l’on trouve des tendances révolutionnaires sérieuses. Mais cette révolution des Frères musulmans ou des djihadistes ressemblerait comme deux gouttes d’eau à une contre-révolution particulièrement rude.

Au total, LFI est un mouvement de « révolutionnaires en peau de lapin et d’authentiques petits bourgeois », comme le disait Mitterrand à propos du CERES. Mais derrière les fanfaronnades pourrait se cacher une nouvelle forme de la peste brune, en l’occurrence la peste verte.

Enfin LFI ne se veut ni socialiste, ni communiste, puisque, comme on l’a vu, elle considère que cette tradition est morte. LFI n’aspire pas à l’émancipation des travailleurs ni à l’instauration de nouveaux rapports sociaux. La « nationalisation du temps » à travers une planification collective débouche sur un « capitalisme collectiviste », c’est-à-dire un capitalisme d’État ou une étroite symbiose entre le pouvoir politique et les oligarques du système économique. Ce n’est pas pour rien que Mélenchon a pour la Chine les yeux de Chimène après avoir admiré Chavez et Castro et qu’il a toujours eu quelques sympathies pour Poutine. En tout cas, il n’est nullement question de renverser le système capitaliste, mais seulement d’en modifier les formes et les modalités de rapport à l’État, et donc à la bureaucratie d’État. Quand on regarde les choses dans le détail, on peut facilement constater que, rhétorique révolutionnaire mise à part, le programme de LFI est moins « à gauche » que le programme socialiste du congrès de Metz (1978) ou les 101 propositions de François Mitterrand (1981). Du reste, la volonté de rester dans l’UE et dans l’euro (et donc implicitement dans l’OTAN) montre que les proclamations de Mélenchon ne sont que de la poudre aux yeux destinée à séduire les gogos.

Enfin, a fortiori, puisque LFI n’est pas favorable à une révolution prolétarienne, elle ne peut être gauchiste. Le gauchisme, terme inventé par Lénine, désignait « la maladie infantile du communisme » alors que LFI est plutôt l’expression de la maladie sénile de la social-démocratie. Lénine s’en prenait aux courants communistes les plus intransigeants, ceux qui se refusaient à l’action parlementaire, méprisaient les syndicats et revendiquaient le pouvoir des conseils ouvriers partout. Il y eut tout un courant gauchiste au sien du parti communiste allemand, notamment, en Hollande (avec Pannekoek) ou en Italie (avec Bordiga). On peut critiquer le sectarisme de ces courants, mais en faire les modèles de LFI serait leur faire injure.

Au total, LFI est un objet curieux, difficile à classer politiquement, un mélange de réformisme hors d’âge et de traits réactionnaires, profondément hostiles à la tradition de la gauche républicaine et socialiste. Ce n’est pas une alternative sérieuse au macronisme ou au lepénisme.

Denis Collin – 20 août 2026.

 


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