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Milieux nationaux et cantique suisse

Lettre genevoise 11

Par Gabriel Galice •  • Dimanche 01/08/2010 • 0 commentaires  • Lu 1791 fois • Version imprimable


Aujourd’hui, 1er août, les Suisses commémorent leur fête nationale ils célèbrent le serment fondateur du Grütli, en 1291. Leur hymne national, qui porte  l’appellation de « cantique suisse », mêle inspiration champêtre et aspiration divine. La nature et Dieu unissent (peu ou prou, selon le clivage catholiques/protestants) ce que les langues et les cantons divisent.

1er strophe

 Annonce un brillant réveil
Et prédit d’un plus beau jour le retour
Les beautés de la patrie
Parlent à l’âme attendrie
Au ciel montent plus joyeux
Les accents d’un cœur pieux

3e strophe

Des grands monts vient le secours;
Suisse, espère en Dieu toujours!
Garde la foi des aïeux, Vis comme eux!
Sur l'autel de la patrie
Mets tes biens, ton coeur, ta vie!
C'est le trésor précieux
Que Dieu bénira des cieux,
Que Dieu bénira du haut des cieux.

Le cantique complet est disponible sur le site officiel de la Confédération : http://www.admin.ch/org/polit/00055/index.html?lang=fr

Ma participation à l’émission du Grand 8, sur la Radio Suisse Romande, le 21 juillet 2010, s’inscrivait dans la réflexion du jour autour de la conception (étasunienne)  de « Nation Building », en Afghanistan et ailleurs. Les participants parlèrent du modèle français de l’Etat-Nation centralisé, unifié et citèrent la référence obligée à la « communauté imaginée » de Benedict Anderson. On s’interrogea sur l’existence d’une nation suisse qui, pour moi, ne fait pas question. Tout patriote que je sois, je suis, selon Jean Jaurès ou Charles de Gaulle, anti-nationaliste et mon livre, Du Peuple-Nation- essai sur le milieu national de peuples d’Europe, après avoir considéré les conditions génériques du milieu national, étudie cinq pays que sont l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne et la Belgique, sans analyser la France. Le Nation Building à l’Américaine consiste à faire place nette pour importer un modèle colonisateur. Les révélations du site Wikileads sur les « bavures » et turpitudes de la guerre en Afghanistan mettent à mal les versions officielles à prétention civilisatrice des pays de la coalition (Le Temps du 27 juillet titre : « Lumière crue sur la guerre afghane »). Au chapitre de la construction nationale, Le Temps, sous la signature de Jean-Claude Péclet, célèbre en une série de six articles l’épopée garibaldienne conduisant à l’unification de l’Italie.  Une nation est construite de l’intérieur par son peuple, de façon endogène sinon autarcique. Cette construction associe les éléments subjectifs aux solidarités objectives par le truchement de ce que, sur les pas de Jacques Lacan et de Pierre Legendre, je nomme « l’instance symbolique ». Pour faire court, le symbolique est le lieu du tiers et de la parole partagée, il relie le réel à l’imaginaire. Ce schéma minimise sans doute les considérations sociales effectives mais sa pertinence me semble forte.

La Suisse s’interroge sur la meilleure façon de s’associer à l’Espace Economique Européen (EEE) sans perdre ses atouts propres. Le laboratoire d’idées libéral Avenir Suisse préconise une intégration à l’EEE sans entrer dans la zone Euro.

La Suisse compare la libération en douceur de l’otage helvétique Werner Greiner avec l’exécution de l’otage français Michel Germaneau. Le Courrier du mardi 27 juillet titre : « Du retour d’un otage suisse à la mort d’un humanitaire français – SAHEL * Même lieu, mêmes ravisseurs, mais deux issues différentes. La mort de l’otage Michel Germaneau rebute, mais la méthode forte de Sarkozy est remise en cause. » La Suisse séduit. Un sondage de la Weltwoche fait apparaître que 48% des personnes interrogées en Savoie et Haute-Savoie seraient favorables à une intégration de leurs régions limitrophes à la Suisse. Comment peut-on ne pas être Suisse ? 

Pendant ce temps-là, bafouant les fondements du droit public international, la Cour Internationale de Justice de La Haye ne trouve rien à redire à l’autoproclamation de son indépendance par le Kosovo, pourtant partie intégrante de la Serbie. Les juges ouvrent la boîte de Pandore des revendications séparatistes. Le Département fédéral des affaires étrangères se réjouit d’une décision qui permettra d’apporter « une solution consensuelle à toutes les questions pratiques posées par l‘indépendance du Kosovo ». Etrange consensus, on ne tardera pas à s’en rendre compte. Pour « simplifier » le cas kosovar, on empoisonne les relations internationales, soit les rapports civilisés, pacifiés, entre nations. Au lieu de limiter la force par le droit, on aligne le droit sur la force, mésusant de  la maxime de Jean-Jacques Rousseau: « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme la force en droit et l’obéissance en devoir ». Le Citoyen de Genève avait la vue moins courte : « Sitôt que c’est la force qui fait le droit, l’effet change avec la cause (…) Sitôt qu’on peut désobéir impunément, on le peut légitimement et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on soit le plus fort. Convenons donc que force ne fait pas droit et qu’on n’est obligé que d’obéir aux puissances légitimes.» (Du Contrat Social, L I, ch. III) 

Gabriel Galice – 1er août 2010

 


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