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PREMIERE ANNEE DE MEDECINE FICTION , REALITE …ET DEMAIN ?

Par Elisabeth Dès • Actualités • Jeudi 27/09/2018 • 0 commentaires  • Lu 1127 fois • Version imprimable


En cet été indien de début septembre deux étudiants en première année de médecine, Antoine et Benjamin, sont les héros du nouveau film du médecin et réalisateur Thomas Lilti. Sur les écrans de cinémas parisiens et provinciaux,  le marathon impitoyable de l’une des filières les plus sélectives de France se déroule à un rythme effréné, en phase avec la compétition forcenée au terme de laquelle huit étudiants sur dix vont être impitoyablement sacrifiés.

L’incontournable bachotage, le bourrage de crâne, le renoncement à toute vie sociale, quasiment le risque d’épuisement physique et mental durant la première année commune des études de santé, le « PACES » venu remplacer le premier cycle d’études médicales, le PCEM depuis la rentrée universitaire 2010, sont incontestablement montrés avec une grande justesse. Les chahuts déclenchés par les étudiants recalés l’année précédente dénommés en d’autres temps les « reçus-collés », les limites du tutorat, le gigantesque hangar aux tables minuscules où se déroule le concours, l’insoutenable stress de l’attente des résultats de la recherche fébrile de son nom et de son rang de classement demeurent une réalité…

Si une belle histoire d’amitié perdurant malgré la différence des origines sociales constitue un des attraits de cette fiction comment occulter que dans la réalité l’accès aux études médicales engendre plutôt l’individualisme en totale opposition avec le nécessaire développement des facultés d’empathie ultérieurement exigées en haut lieu ? L’importance accordée dans la sélection à des matières inutilissimes dans la prise en charge des patients conduit de toute évidence à se priver de futurs médecins de grande qualité tout en risquant d’intégrer des débutants qui un jour peut-être ne voudront pas soigner leurs semblables, mais plutôt rechercher des postes administratifs tels ceux proposés par les ARS…

Dans la réalité, des avancées ont certes pu avoir lieu, l’accès aux cours sur Internet limitant les batailles pour les places dans des amphithéâtres surchargés, l’annonce des vœux après les résultats du concours n’ayant plus lieu et les doublants chahuteurs étant davantage encadrés…

Certaines universités proposent l’Alter-Paces permettant à des étudiants en licence d’autres cursus d’intégrer la deuxième année d’une filière santé, Ils n’ont été cependant que 57 au total … sur 600… Mais qu’en est-il vraiment de cette suppression du numerus clausus à l’horizon 2020 promise par un heureux hasard ( ?) quelques jours après la sortie de ce film sur les écrans ?

Depuis son instauration en 1971, un authentique business de prépas privées destinées aux lycéens de terminale et aux étudiants de PACES concernant trois quarts des nouveaux entrants, a prospéré. Et la suppression de la possibilité de redoublement en fin de première année dans plusieurs universités parisiennes, Paris Descartes, Sorbonne Université, Paris –Diderot, et de province à Brest et Lyon, fait courir le risque d’un accroissement de cette demande. Face au renforcement de cette sélection en terminale, numerus clausus de substitution, une prepa publique ayant pour ambition de conjurer le ‘’ déterminisme social ‘’ a d’ailleurs vu le jour au printemps 2016 au lycée Marie-Curie de Sceaux sous le nom Prepas+Paces, grâce à Bruno Dourrieu, enseignant de terminale et conseiller en formation continue au Greta 92.

Pour en revenir à cette prétendue suppression du numerus clausus, de classiques partiels sont censés remplacer le concours de première année, la sélection étant repoussée au terme d’un premier cycle en trois ans sans qu’il s’agisse d’une licence.

Pour tenter d’atténuer le gâchis humain incontestable de cette machine à broyer de la première année en faculté de médecine,  et le gavage en inadéquation en grande partie avec le futur exercice médical, pourquoi ne garderait-on pas les matières essentielles, anatomie, embryologie, biologie en les complétant par des modules de sciences humaines, sociologie, histoire de la médecine, des hôpitaux publics, santé publique par exemple pouvant participer à la bénéfique création de passerelles ?

L’existence depuis 2016 de la chaire de philosophie à l’hôpital grâce à Cynthia Fleury ne constitue-t-elle pas un précieux encouragement à emprunter une telle voie au même titre que cette collaboration entre un oncologue et un metteur en scène montpelliérains destinée à former au mieux les étudiants à l’annonce d’une mauvaise nouvelle ?

A l’heure où la marchandisation de la santé attisant de plus en plus la convoitise des mutuelles et des compagnies d’assurances, le développement de la télémédecine, de l’intelligence artificielle, constituent autant de défis pour la survie d’une médecine humaniste, ne convient-il pas de privilégier la formation de médecins alliant savoir, maitrise technique et capacité de réflexion, éthique tout particulièrement ?

Elisabeth DES
Le 27 septembre 2018



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