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Que se cache-t-il derrière le projet de loi sur les « Fake News » sinon la limitation de la liberté d’expression…

… Et si la démocratie était visée par la cohérence gouvernementale ?

Par Jacques Cotta • Actualités • Samedi 13/01/2018 • 5 commentaires  • Lu 4273 fois • Version imprimable


Une fois passés les traditionnels vœux de fin d’années souvent longs et ennuyeux, les déclarations politiques de "rentrée" indiquent, qui plus est lorsqu’il s’agit de la parole présidentielle ou de celle des principaux ministres du gouvernement, la trajectoire que le pouvoir compte emprunter et la cohérence politique sur laquelle il va s’appuyer.

 

Emmanuel Macron a décidé de présenter une loi visant à réprimer les « Fake News », qui dans la bouche du président français, s’il respectait un minimum la langue de Molière, devrait être baptisée « loi pour réprimer les fausses nouvelles ». Le président de la République doit sans doute nous mépriser tout autant que la langue française, puisqu’il nous considère incapables de faire la part du vrai et du faux grossier qui parfois circule sur internet ou les « réseaux sociaux ». C’est de plus durant les périodes électorales qu’il compte autoriser les foudres de la loi, indiquant par là-même que ce qui compte pour lui, c’est exclusivement sa propre protection et celle de ses semblables. La défense de la caste au pouvoir, tel est l’objectif, les fausses nouvelles étant réprimées lorsqu’elles mettent en cause les serviteurs du système.
Mais que dire lorsque les mêmes se rendent coupables du délit dont ils devraient être protégés ? Les exemples ne manquent pas de mensonges à répétition dont le seul objectif est de tromper le peuple pour mieux le manipuler, l’étouffer.
  • « Fake news » N°1 : La loi travail passée par ordonnances « doit permettre de simplifier les mécanismes et d’améliorer l’emploi » disaient-ils.

Peugeot avec les licenciements par « rupture conventionnelle collective » vient donner un éclairage particulier à « l’emploi amélioré ». Plus de 1000 licenciements prévus qui seraient compensés selon la direction par l’embauche d’intérimaires en CDI. Donc à en croire patrons et ministres, les comptes seraient bons. Fausse nouvelle ! Depuis la loi travail de Macron passée dans le sillage de Hollande, les CDI n’ont plus de valeur puisqu’une direction peut s’en défaire sans difficulté. Fausse nouvelle de la part de Peugeot, de la part des ministres, de la part du gouvernement qui a mis le dispositif en place. Les travailleurs dont le statut et l’ancienneté donnent quelques droits vont être virés, remplacés par des jeunes sans ancienneté qui malgré un soi-disant CDI seront également virables à moindre coût du jour au lendemain.

  • « Fake News » N°2 : Avec la baisse et la suppression de la TH, les impôts des français vont baisser.

Il ne s’agit pas là d’entrer dans le détail de la politique fiscale. Mais juste de souligner la fausse nouvelle gouvernementale ! Alors que le gouvernement se risque à annoncer une baisse de 5,5 milliards d’euros, l’INSEE table sur une hausse en 2018 de 4,5 milliards. De plus une ministre se voit contrainte d’admettre que dans les cartons se trouve le projet d’un nouvel impôt venant contrebalancer la baisse ou la suppression de la taxe d’habitation. Double « fausse nouvelle » donc. Triple même si on se penche par exemple sur le sort réservé aux retraités avec la hausse de la CSG…

  • « Fake News » N°3 : La sécurité sociale et l’assurance maladie seront « traitées » pour préserver l’accès aux soins des français.

A nouveau mensonge, lorsqu’on se penche sur les projets qui au nom de l’équilibre prévoient par exemple de réduire toujours plus les personnels hospitaliers, qui annoncent une succession de non-remboursements, une augmentation des restes à charge, une aggravation sans commune mesure des capacités pour la plupart des français de pouvoir se soigner…

  • « Fake News » N°4 : La question migratoire placée en tête des « préoccupations » gouvernementales, sans doute pour substituer l’humanitaire au politique et donc pour diviser et semer confusion dans tous les camps.

Après le président de la République qui de l’étranger décide de vilipender Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix nobel de littérature, pour son appel à porter secours aux migrants, le ministre Christophe Castaner, délégué général de LREM, ex porte-parole du gouvernement Macron Philippe,  se permet sur France Info d’expliquer que « les juges français n’ont jamais condamné les personnes qui ont aidé les migrants par humanité ». Mensonge à nouveau, les condamnations étant monnaie courante dans le sud de la France dès lors que de simples citoyens décident de secourir des migrants en perdition, souvent des mineurs isolés auxquels pourtant l’état devrait porter assistance. Il ne s’agit pas là de revenir sur la politique migratoire. Tout en étant opposé à l’ouverture des frontières et à la négation de notre souveraineté pour déterminer l’accueil sur le territoire national, force est de constater que les « Fake News » qui émanent des ministres d’Emmanuel Macron n’ont d’autre objet que de se défausser de leurs responsabilités pour bafouer la loi et les valeurs de la république.  

Les exemples de « Fake News » qui proviennent du plus haut sommet de l’état ne manquent pas. Ils pourraient paraître folkloriques, expression d’un double discours classique dans les sphères de politiques professionnels au service du néo-libéralisme et de l’Union Européenne. Mais à regarder de plus près, l’affaire pourrait se révéler plus inquiétante.

En même temps donc que le président de la république évoque un projet de loi pour réduire la liberté d’expression dès lors qu’elle permet de critiquer les responsables de l’état, lui au premier titre, une étude parue dans un hebdomadaire en vue nous annonce que « les français sont complotistes ». Quel sens a donc la juxtaposition des efforts gouvernementaux pour limiter l’expression et cette accusation, sinon que d’entériner le fait que toute critique de l’action gouvernementale, toute mise en garde seraient disqualifiées d’office au nom de la fameuse théorie du complot. Plus aucune critique autorisée, plus aucune mise en cause légitime, plus aucune opposition crédible puisque relevant d’une théorie absurde, comme l’est l’idée que la terre n’est pas ronde mais plate, évidemment. Et pour boucler la boucle, le gouvernement se propose de faire passer un autre projet de loi qui arrangerait les affaires de LREM au détriment notamment de la FI pour la répartition du temps de parole dans la prochaine campagne des élections européennes.

Tout cela pourrait relever du simple hasard. Mais l’un dans l’autre, les libertés ne sont-elles pas concernées ? Avec le passage il y a quelques mois de « l’état d’urgence » dans la loi, avec l’atteinte à la liberté d’expression pour tous sauf pour les tenants du pouvoir au nom des « Fake News », avec la théorie du complot, avec la limitation du temps de parole pour l’opposition, n’y a-t ‘il pas une cohérence que Georges Orwell appelait « la police de la pensée » avant d’évoquer « la dictature de Big Brother » ?

Jacques Cotta
Le 14 janvier 2018


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Commentaires

À propos du dernier papier de Jacques Cotta sur les "fake news" par Gilbert Molinier le Dimanche 14/01/2018 à 18:40

 


Re: À propos du dernier papier de Jacques Cotta sur les "fake news" par Gilbert Molinier le Dimanche 14/01/2018 à 18:43

 


Re: À propos du dernier papier de Jacques Cotta sur les "fake news" par Anonyme le Dimanche 14/01/2018 à 19:46

Bonjour Jacques,

Je viens de lire ton papier sur le traitement des „fake news“ à la façon LREM. Ce que tu écris est, à mon sens, écrit dans l'urgence, peut-être trop. Y a-t-il urgence ? Oui. Mais „Hâtons-nous lentement !“, disait le Maréchal Liautey.

Quelques mots rapides sur ce continent à explorer à nouveaux frais, la presse…

Il faut remercier le Président de la République française d'avoir placé la question des „fake news“ et de son action dans le monde anglo-saxon en l'occurrence dans sa version américaine du pragmatisme et non dans celui (qui fut ?) cartésien, du rationalisme. C'est-à-dire ?

Aussitôt dit, plusieurs questions se posent.

Que signifie „fausses“ dans l'expression „fausses nouvelles“ ? On est immédiatement renvoyé à la question du „vrai“. Un abîme de questions s'ouvre…

Qu'entend-on par „nouvelles“ dans l'expression „fausses nouvelles“ ? Un autre abîme de perplexité s'ouvre immédiatement.

Par exemple, à titre de tête de chapitre :

a) Pour distinguer le vrai du faux, il faut bien instituer un tribunal. Mais qui seront les juges ? Comment seront-ils choisis ? Par qui et quoi seront-ils désignés ? Des méta-juges ?

b) En l'espèce, quels seront les critères du vrai et du faux ? Qui établira une critériologie ?

c) On pourrait penser que les nouvelles dont il est question sont celles diffusées dans la presse. Or, la presse, telle qu'elle s'est développée à partir de la seconde moitié du XIX ème siècle n'a jamais eu pour objet de propager la vérité et n'y a jamais réfléchi. Par exemple, Nietzsche rappelle que la presse est mue par trois moteurs t : les trois M : die Mode (la mode), die Meinung (l'opinion), das Moment (l'instant). Ces trois moteurs résument en même temps ses trois objectifs.

d) À propos. Classiquement, l'instance qui légifère sur le vrai et le faux s'appelle la philosophie. Le Président de la République entend-il se situer au-delà, dans, en dehors de vingt-cinq siècles d'histoire de la philosophie ? Quelle vaine vanité ! Quelle folle prétention ! Ou bien entend-il prendre conseil auprès des philosophes ?

e) Alors, la première question à poser serait celle du cantonnement de la question du vrai et du faux à la sphère politique. E.M. ajoute que son regard se limite aux campagnes électorales. Pourquoi ? Et là encore, en quoi la politique qui se fait, comme la presse, au jour le jour, s'intéresse-t-elle à la politique ? Même le si célèbre IEP -Institut d'Études Politiques- ne parvient pas à impressionner ceux qui étudient, sinon les journalistes.

f) Nouvelle question. En quoi la politique - en tant qu'elle est mise en scène par le couple presse-politique - est-elle, à son tour, intéressée par la vérité ? Aux États-Unis, la presse, ses valeurs, ses critères, est une mise en scène théâtrale fabriquée dans les studios d'Hollywood depuis les années vingt-trente. Mais ce théâtre n'est nullement animée par la vérité au sens où on la retrouve dans le théâtre de Shakespeare ou dans La Comédie humaine. „Here als is true.“ lit-on dans la préface du Roi Lear ; Ici, tout est vrai.“ reprend Balzac dans sa présentation du Père Goriot.

La différence entre le théâtre de Shakespeare, le roman de Balzac, soit entre la littérature, le théâtre, la poésie, etc. et le cinéma hHollywoodien, c'est que les premiers sont artifices pour montrer et aider à à comprendre et à critiquer le réel, tandis que ce cinéma hollywoodien est au service de la domestication et là, pour reprendre un mot de Nietzsche, „pour détourner l'attention“.

g) Partant, non pas toutes, mais l'essentiel de toutes les nouvelles de la presse sont des „fake news“, elles sont essentiellement des vraies fausses nouvelles, aussi bien eu égard à la vérité qu'eu égard à la réalité. Mais leur puissance, leur force de frappe est telle que pendant des années - et ce n'est qu'un exemple - G. W. Bush a fait croire à tous les Américains qu'un petit pays de 27 millions d'habitants comme l'Irak menaçait les États-Unis d'Amérique de destruction avec des armes d'un type nouveau... et que l'Amérique avait le devoir de se défendre. À l'occasion, Noam Chomsky parle d'“abêtissement de toute une population“.

Conclusion. Donc, la notion de fake news n'a absolument aucune pertinence, ni théorique - elle n'aide pas à comprendre le fonctionnement réel de la presse -, ni pratique - elle n'aide pas à agir.

Or, au moment où il faudrait donner son congé à ce bavardage, au moment où il faudrait récuser l'expression de „fake news“, tu donnes une liste de „fake news“ du Gouvernement actuel (!?). Tu valides ce que tu voulais invalider ; ce faisant, tu tombes dans le piège le plus grossier. Théoriquement, tu donnes quitus et consistance aux „fake news“ en donnant une série d'exemples de „fake news“. Pratiquement, en indiquant le chemin que les luttes pour la liberté de la presse doivent engager : d'abord, lutter contre les „fake news“, soit le chemin d'une impasse politique.

Dans un ouvrage majeur, Philosophie du langage, Milhaïl Bakthine écrit : „Le langage est l'arène où se joue la lutte des classes.“ N'est-il pas urgent que ladite gauche réinvestisse le champ de la lutte des classes pour de vrai ?

Bon courage

Gilbert Molinier


par gilles le Dimanche 14/01/2018 à 22:06

Lors de ses voeux à la presse, le 3 janvier 2018, Emmanuel Macron s'est fendu d'une nouvelle promesse: afin de protéger la démocratie, il va légiférer sur la liberté de la presse et faire voter une loi contre les "fake news".

 
Comment ? Vous n'étiez pas au courant ? Et oui, on vient de l'apprendre, la France est menacée par un nouveau fléau dévastateur: une épidémie de fake news. Comme ces nouvelles épidémies qui nous valent maintenant d'injecter 11 vaccins à nos nourrissons pour le plus  grand profit des laboratoires pharmaceutiques, pardon pour leur sauver la vie, une loi sera donc votée pour nous protéger de ceux qui remettent un peu trop en question les thèses officielles véhiculées par les médias aux mains de quelques milliardaires amis du pouvoir.
 
Cette annonce a néanmoins déclenché un tollé chez tous les journalistes qui se respectent car ils y voient clairement une volonté du pouvoir de mieux contrôler l'information. Tout le monde l'a bien compris, sous prétexte d'empêcher des médias étrangers d'influencer l'opinion publique française, Macron veut en réalité mettre au pas l'ensemble de la profession et contrôler la diffusion des informations qui pourraient mettre en difficulté le pouvoir.
 
Face à la levée de boucliers unanime, Macron a donc envoyé ses petites mains assurer le service après-vente. Parmi eux, on retrouve Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement qui enchaîne les plateaux télés et radios. Le 6 janvier, sur ONPC de France 2, il évoque le sujet en affirmant: "les informations les plus partagées sont souvent des informations totalement fausses". Il appuie son argumentation en évoquant ... les groupes terroristes. Bouh, vous avez compris ? Vous avez peur maintenant, non ?
"Si demain un milliardaire étranger ou un groupe terroriste avec des fonds importants décidaient de sponsoriser des contenus diffamant tel ou tel candidat, ils peuvent librement le faire sur les plates-formes alors qu'un candidat, aujourd'hui, vous ne pouvez pas, vous, sponsoriser vos propres contenus sur le web..." (sic) (1)
Ah oui, c'est nouveau, ça vient de sortir, pour 2018, les groupes terroristes arrêtent les attentats. Ils se consacreront désormais aux fake news, d'où l'importance d'une loi.
Comment ? Vous pensez que les hommes politiques se foutent de notre gueule ? Vous avez bien raison.
 
Benjamin Griveaux est un ancien socialiste qui a participé activement à la campagne de Dominique Strauss-Kahn en 2006. En 2012, il a même fait partie du cabinet de Marisol Touraine, ministre socialiste de la santé du gouvernement Valls. Cet illustre ex-socialiste a publié un livre intitulé: "salauds de pauvre". Si vous observez attentivement la couverture, vous découvrirez le nom de l'éditeur: Fayard et juste au dessus un logo avec une mention: "Fondation Jean Jaurès".
 
Attention, la manipulation ne fait que commencer.
 
Que se passe-t-il le 7 janvier ? 4 jours après l'annonce de Macron, le lendemain de l'argument massue du porte-fake news ? La Fondation Jean Jaurès, tiens, tiens, la même qui a sponsorisé le livre de Benjamin Griveaux, sort une "étude" intitulée: "le conspirationnisme dans l'opinion publique française" dont la principale conclusion, reprise en boucle par l'ensemble des médias mainstream est la suivante: "8 français sur 10 croient à au moins une théorie du complot". Quelle coïncidence, non ? Pour être parfaitement rigoureux, cette étude a été commanditée par la Fondation Jean Jaurès mais également par un site aux faux airs anglo-saxons: "Conspiracy Watch", site internet fondé en 2007 par Rudy Reichstadt,... membre de... non ? et si.. membre de la Fondation Jean Jaurès...
 
Intéressons-nous donc à la Fondation Jean Jaurès.
Officiellement, la Fondation Jean-Jaurès se décrit à la fois comme "un think tank, un acteur de terrain et un centre d’histoire au service de tous ceux qui défendent le progrès et la démocratie dans le monde." En réalité, la Fondation Jean Jaurès est un think tank fondé sous l'impulsion de Pierre Mauroy, ancien premier ministre de François Mitterand. On trouve dans son conseil d'administration bon nombre de socialistes comme Jean-Marc Ayrault, Vincent Peillon ou Bruno Le Roux, mais plus surprenant, devinez qui occupe jusqu'en mai 2017 le poste de secrétaire général ? Gérard Collomb... Aujourd'hui ministre de l'intérieur de Macron. Pour la petite histoire, avec Gérard Collomb qui est toujours membre du Conseil d'Administration, on trouve également au poste d'administrateur, monsieur Christophe Carol, qui aussi est chef du bureau des associations et fondations au ministère de l'intérieur. Bonjour le conflit d'intérêts. (2)
Côté financement, ça vaut aussi son pesant de cacahuètes. La Fondation Jean Jaurès se vante d'être indépendante. Ah bon ? Le budget voté le 21 décembre 2016 est de 2 730 000 €. 1 000 000 d'euros de recettes proviennent  des services généraux du premier ministre" et 878 000 € proviennent de subventions publiques. Autrement dit, l'Etat finance la Fondation Jean Jaurès à hauteur de 70% de son budget. Les ressources propres: publications, dons... ne représentent que 6% des recettes.

fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Jean-Jaur%C3%A8s#Budget


Bref, la Fondation Jean Jaurès est une véritable "organe d'influence", une officine de propagande d'Etat qui n'ose pas dire son nom.
 
Ca y est ? Vous comprenez mieux la manipulation ?
 
Bien évidemment, tous les médias vont reprendre en boucle les informations de la fameuse étude censée démontrer que les Français sont des adeptes inconditionnels des fake news et du conspirationnisme. Libération, qui appartient, comme L'Express, l'Expansion, BFM et RMC à Patrick Drahi, le milliardaire Franco-Israélien, fait la une sur le sujet en titrant son édition du 9 janvier: "Complotisme: le côté obscur de la France".  Le soir même, Europe 1, propriété du milliardaire Arnaud Lagardère consacre un débat au fake news. Bref, tout le monde s'y met et ne parle que de ça ou presque pendant plusieurs jours.
 
Voilà, la boucle est bouclée. Aucun journaliste n'aura remarqué la supercherie, ou du moins, aucun ne s'est intéressé au véritable commanditaire de l'étude.


Enfin, pour tous ceux qui l'auraient oublié, la plus grande, la plus énorme, la plus gigantesque des fake news jamais inventée n'est pas l'oeuvre d'un journal, d'une télévision ou d'une radio, c'est l'oeuvre d'un Etat. En l'occurrence, l'Etat américain, sous l'administration Bush. Rappelez-vous, c'était le 5 février 2003 devant les Nations-Unies à New-York. Pendant 80 minutes, Colin Powell se livre à un véritable réquisitoire contre l'Irak, il montre des photos satellite, il brandit un flacon d'anthrax et explique que Sadam Hussein est en train de fabriquer une bombe nucléaire. (4)
On connaît la suite, le 20 mars 2003, les forces armées américaines envahissent l'Irak qu'elles occuperont pendant 8 ans avant de se retirer le 18 décembre 2011, pour un coût estimé à 3 000 milliards de dollars. 10 ans après, à l'occasion de la publication d'un livre, Colin Powel avoue à propos des armes de destruction massive que "Saddam Hussein ... n'en possédait pas un gramme". Et oui, tout cela n'était qu'un énorme mensonge destiné à justifier l'invasion américaine et le pillage du pétrole irakien. Juste une fake news en fin de compte.
Et si vous pensez que seuls les américains sont capables de manipuler ainsi les peuples, rappelez-vous de l'affaire du sang contaminé ou du nuage radio-actif de Tchernobyl qui avait touché toute l'Europe mais s'était miraculeusement arrêté aux frontières de la France.
 
En résumé: le 4 janvier, Macron annonce une nouvelle forme de censure contre les médias; les jours suivants, le porte-parole va expliquer sur les plateaux que c'est indispensable pour se protéger, par exemple des groupes terroristes et le 7 janvier, une officine de propagande financée par l'Etat nous pond une étude qui démontre que nous sommes tous atteints de complotisme aigu et que, par conséquent, une cure de désintoxication s'impose. Diffusée en boucle par tous les médias, cette "étude" vient clore le débat et faire taire tous ceux qui s'étaient pourtant offusqués quelques jours plus tôt de l'annonce d'une nouvelle mesure liberticide.
 
Voilà un parfait exemple de manipulation de l'opinion publique par l'Etat lui-même.
 
Jamais personne n'aura autant de moyens médiatiques, humains, financiers et politiques permettant de réussir de telles manipulations. Tous les producteurs de "fake news" devraient s'en inspirer et tous les journalistes devraient s'en rappeler.
 
Chapeau bas, monsieur Macron. Opération parfaitement réussie. Personne ne vous arrivera jamais à la cheville en matière de manipulation, sauf bien évidemment monsieur Bush.


(4) http://www.ina.fr/video/2205136001007

 


Source du texte précédent par gilles le Dimanche 14/01/2018 à 22:32

Je donne la source originale que j'ai copié-collé en commentaire :

philippealain.blogspot.fr/2018/01/fake-news-et-complotisme-comment-letat.html


L'analyse de Jacques COTTA et celle de Philippe ALAIN convergent avec la mienne, il s'agit d'une manipulation des hautes sphères de l'État contre la démocratie et la liberté d'expresion, une subtile opération psychologique qui vise à la censure et à l'autocensure sous couvert de lutter contre les fausses nouvelles.



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