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Réflexions de Jean-Louis Ernis au sujet du 17 novembre, et réponse de Jacques Cotta...

... A la suite du papier "Le 17 novembre, blocages, manifestations, mécontentements et unité…"

Par Jean-louis Ernis • Actualités • Jeudi 08/11/2018 • 2 commentaires  • Lu 1083 fois • Version imprimable


Pour ma part, je suis plus que réticent quant aux actions spontanées, sans raisonnement de fond, via les réseaux sociaux. Ce mouvement du 17 novembre me fait penser à « Nuit debout » dont on attend toujours la suite et aux « Bonnets rouges » dont le résultat est que nos routes sont envahies de poids lourds de 44 tonnes y compris les routes de campagne.

La hausse des carburants est essentiellement due à la hausse des taxes fixées par le gouvernement.
Bien évidemment, l’écologie punitive doit être proscrite et combattue.
Mais que ferions-nous dans le cas d’une hausse du prix du baril due à des tensions politiques entre les pays producteurs ?

Avec ce qui se passe au Moyen-Orient sur le plan religieux, nous sommes peut-être à la veille d’une crise de grande ampleur, qui ferait exploser le prix de l’énergie fossile.
Le problème de fond est celui de l’éloignement du travail du domicile, consécutivement à la désindustrialisation de notre pays. Où en sont « les appelants du 17-11 » sur la question des trajets de plus en plus longs pour aller au travail ?

La République sociale ne sera pas sauvée par des actions de ce genre, dont les réseaux, qualifiés de sociaux, sont l’outil privilégié !
Les « appelants du 17-11 » ne sont-ils pas ceux qui promeuvent la fumeuse « économie collaborative » qui détruit le principe du salaire socialisé et fiscalisé, pilier de ce qui reste de notre modèle social ?

Par ailleurs, un mouvement appuyé par l’extrême droite, même si les « appelants du 17-11 » ne l’ont pas voulu, n’est pas sans risque. Quant à la FI, elle est de plus en plus incompréhensible.

Pour le 17, très peu pour moi.

Jean Louis Ernis
Le 5 novembre 2018

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Réponse

Le 17 novembre intervient dans un contexte particulier qui lui donne une signification particulière. Nous sommes en réalité loin des questions mises en avant, notamment par Jean Louis Ernis dont je connais la détermination et la sincérité, ou encore par les porte-voix du gouvernement qui tentent d’en minimiser la portée: les « taxes » sur lesquelles il serait possible de débattre à perte de vue, « l’écologie », volontariste ou punitive, le contexte international et les tensions qui jouent sur le prix du baril, tensions politiques, économiques, militaires ou religieuses…

Tous ces arguments sont déjà mis en avant par Emmanuel Macron et son gouvernement pour remette en cause la mobilisation du 17. La prise de position de Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan devraient servir selon les communicants de l’Elysée de repoussoirs efficaces. Mais rien n’est moins sûr, car au départ, l’exaspération du peuple, indépendamment des sollicitations officielles, est à un niveau qui rend imprévisibles les réactions populaires. Et c’est cela qui inquiète les uns, c’est cela qui encourage les autres.

Disons clairement les choses: aucune des véritables questions qui mériteraient discussion ne sont aujourd’hui au coeur du 17 novembre. Cela confirme d’ailleurs que dans leur grande masse les citoyens ne partent pas de questions idéologiques comme des militants pourraient le faire -pas toujours à raison- mais partent de la situation concrète dans laquelle ils se trouvent. Ne pas pouvoir se chauffer, ne pas pouvoir rouler, ne pas pouvoir s’éclairer, tel est le point de départ. A bas les taxes est le premier point d’arrivée. C’est ainsi que le mouvement concret se constitue, et c’est dans ce mouvement qu’il s’agit d’aborder les questions qui sont absentes: les salaires des uns, les profits des autres, le ruissellement et son échec, l’emploi sacrifié, les fonctionnaires virés et les services publics supprimés… Et pour rester au niveau de la voiture, les compagnies d’autoroute privatisée hier, qui devraient être re nationalisées sans rachat au compte de la collectivité… Tiens, renationalisation: parlons de l’énergie en général, de l’électricité et du gaz, bien commun élémentaire dont on ne devrait pas supporter le coût de l’actionnariat qui rend les factures impayables… Et si on parle de nationalisations, parlons de l’UE qui en interdit le principe, donc de la nécessité d’une rupture avec ces institutions politico-financières au service exclusif du capital financier…

L’amalgame des mécontentements possible le 17 novembre permettrait de faire éclore un certain nombre de ces questions, dès lors que le plus petit dénominateur commun de toutes les critiques, insatisfactions et mobilisations se nomme Emmanuel Macron… Voilà pourquoi si je ne peux partager le « très peu pour moi » de Jean Louis Ernis. Je n’accepte pas d’assimiler cette exaspération générale à la présence du RN notamment. Je ne peux me résoudre à dire qu’il fait chaud pour la seule raison que Marine Le Pen indique qu’il fait frais, lorsqu’il fait -10°….

Jacques Cotta
Le 7 novembre 2018 

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Commentaires

Réponse de Jean-Louis Ernis par la-sociale le Dimanche 11/11/2018 à 10:08

 J’espère que Jacques ne me confond pas avec les macronistes sinon ce serait à désespérer du débat sincère.

Il faudrait alors également considérer que Clémentine Autain serait, elle aussi, macroniste !

J’ai entendu Mélenchon à Lille dire qu’il avait des camarades décidés à participer au 17 et d’autres qui refusaient.

Je ne l’ai pas entendu soupçonner les réfractaires de pro-macronisme.

Ne confondons pas l’attitude de celles et ceux qui tentent de réduire l’action du 17 pour des raisons de protection de la majorité et l’attitude de celles et ceux qui considèrent que ce type d’action ne réglera rien sur le fond.

En fait, nous sommes sur l’un des débats de fond.

Certains estiment que la fin justifie les moyens, dîner avec le diable n’est pas un problème, c’est une question de longueur de fourchette.

Le problème est qui tient la fourchette ?

Puis il y a les autres, dont je fais partie, pas de compromis possibles sur les valeurs de la République sociale et laïque.

Hier, c’était Hollande, avant-hier Sarkozy, aujourd’hui Macron, et demain ?

Pendant ce temps la mondialisation capitaliste poursuit son « œuvre » de destruction des démocraties, comme le disait si bien Jean Jaurès.

Je le répète, la République ne sera réhabilitée que par un militantisme de terrain et permanent quels que soient les évènements. 

Il faut assister aux exécutifs, ils sont publics, les analyser et s’organiser en conséquence, la loi de juillet 1901 le permet. C’est comme cela que le peuple reprendra confiance en la politique et non par d’opportunistes « coups de bélier »

 


Re: Réponse de Jean-Louis Ernis par jcotta le Dimanche 11/11/2018 à 18:41

Cher Jean Louis,
Si je te pensais "macronien", ce qui serait ton droit le plus légitime, je te le dirais. Il n’y a aucun second degré dans ma réponse. 

Tu écris:
« Ne confondons pas l’attitude de celles et ceux qui tentent de réduire l’action du 17 pour des raisons de protection de la majorité et l’attitude de celles et ceux qui considèrent que ce type d’action ne réglera rien sur le fond ».

Tu as raison, des motivations différentes peuvent aboutir à la même conclusion, comme des chemins différents peuvent mener à un point identique. Cela me fait penser à la bataille sur la réforme constitutionnelle de 2005, à la distinction à laquelle nous invitaient certains entre le « Non de gauche » et le « non de droite ». Mais comme on peut le constater, le non, c’était le non, et l’important était son succès.
Là c’est pareil. Chacun est libre et on verra bien ce que donnera le 17. Mais il y aura ceux qui y sont, pour des raisons sans doute diverses, et ceux qui n’y seront pas, pour des raisons également différentes. Le décompte ne donnera pas les macroniens, les non macroniens, les centristes, les UMP, les RN, etc…

Je n’ai jamais prétendu que le 17 au soir, quoi que ce soit sera réglé sur le fond. Juste que si les mécontentements s’accumulent et se rejoignent, aussi divers soient-ils, cela peut modifier les relations politiques dans le pays, fragiliser la macronie, mettre un coup d’arrêt non seulement aux taxes, mais également à une politique de liquidation de toutes les conquêtes qui nous sont chères. Je veux bien admettre le fait que par exemple, un coup d’arrêt mis à la liquidation de l’assurance maladie ne règle rien sur le fond et que le capital reviendra à la charge, et pourtant nous ne pouvons être indifférents à ce qu’un coup d’arrêt soit imposé.

Tu dis:
« Hier, c’était Hollande, avant-hier Sarkozy, aujourd’hui Macron, et demain ? ».

Je ne sais pas ce que donnera le 17. On verra bien. Et ceux qui ne seront pas là arriveront le 18, ou plus tard en fonction, si nécessaire. Donc je ne vois pas en soi une véritable question à polémique.
Par contre sur l’argument que tu mets en avant, je ne marche pas. Faudrait-il en conclure que tant que le capitalisme ne sera pas renversé, nous n’aurons que des gouvernants qui ne laissent aucun espoir. Vision très gauche en apparence: renversons le capitalisme. Mais très droitière sur le fond, puisqu’elle justifie qu’il n’y aurait rien à faire que de subir.

Enfin tu dis:
« Je le répète, la République ne sera réhabilitée que par un militantisme de terrain et permanent quels que soient les évènements. »

Là je suis bien d’accord avec toi.
En attendant ce qui se passe sur le terrain peut en fonction de la situation valoir 10 programmes… C’est la raison pour laquelle je me dis qu’il n’y a rien à perdre dans le 17. On verra bien.

Bien à toi
Jacques



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