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Equateur : Lenin face à Stalin !

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Mercredi 15/02/2017 • 0 commentaires  • Lu 198 fois • Version imprimable

Le parti Alliance Pais a désigné Lenin Moreno pour succéder à Rafael Correa. Tout indique à une semaine du scrutin qu'il peut être élu ce qui change de la tendance générale aux Amériques. Les affaires de corruption ne sont pas absentes du pouvoir en place mais restent sous contrôle avec des mesures rapides. La droite divisée entre Cynthia Viteri et Guillermo Lasso a des difficultés (l'argument majeur c'est comme toujours la baisse des impôts). Par contre, ce pouvoir de gauche a une forte contestation sur sa gauche. Je l'ai déjà évoquée dans cet article : ICI ou ICI.

 

Stalin Herrera Revelo est une des figures de cette contestation représentée dans cette élection par Paco Moncayo. Etrangement, comme aux USA avec Bernie Senders, Moncayo est le plus âgé des candidats !

Rafael Correa a gagné six élections entre 2007 et 2014 avec une popularité de 70%. Pour Stalin Revelo, en 2014 apparurent les premiers signes d'affaiblissement même si la victoire fut large car il a perdu dans des villes bastions. Face à cet affaiblissement le pouvoir a eu tendance à criminaliser les protestations. De plus, plusieurs lois ne sont pas allées dans un sens progressiste comme la loi sur l'eau et la loi sur les terres. Comme pour tout pays producteur de pétrole, la chute des prix n'a pas facilité la redistribution base de l'hégémonie exercée par Alliance Pais.

Une des contradictions classique de la gauche en Equateur comme partout concerne la question de son unité. Rafael Correa a permis de rassembler mais en retour, suivant les effets de l'usure du pouvoir, ce point positif a eu tendance à se changer en point négatif quand le président a pris de plus en plus de mesures personnelles, éliminant ainsi la créativité politique venant d'autres secteurs de gauche. Ce constat ne vise pas à minimiser les bonnes mesures prises entre 2007 et 2014 (la réforme institutionnelle, la protection de l'industrie locale, le bien-être public, les infrastructures, le développement des droits, la souveraineté alimentaire, les USA chassés de la Base de Manta) mais à prendre la mesure de la nouvelle situation.

 

Le discours du candidat gouvernemental tente de surévaluer les mesures positives antérieures ce qui renforce indirectement les espoirs de la droite qui peut plus aisément évoquer les difficultés actuelles. Du côté de la gauche critique donnée à 10% environ, comment articuler un projet nouveau sans rejeter tout le bilan antérieur ?

La réponse ne peut pas être linéaire : les bonnes réformes ont eu des effets contre-productifs car elles ont en même temps renforcé les moyens des élites d'où ensuite les blocages. Cette dialectique est le cœur des difficultés des politiques de gauche. Par exemple, améliorer les ressources des plus pauvres pour leur assurer une sortie de la misère, c'est célébrer "la société de consommation" qui bénéficie au système capitaliste si les politiques ne sont pas globales, si elles ne touchent pas aux deux bouts de la chaîne.

Face à ce constat Paco Moncayo a décidé de fonder son programme sur quatre piliers :

- le développement de la production

- la démocratie sociale

- la démocratie politique et territoriale (l'Equateur a des territoires totalement différents)

- la viabilité financière du projet (pour répondre à l'accusation de démagogie)

Ces quatre points sont traversés par un même objectif : lutter contre la corruption.

A suivre pour les résultats du premier tour le 20 février. J-P Damaggio

 


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