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La couleur du foot français

Lettre genevoise 27

Par Gabriel Galice •  • Mardi 17/05/2011 • 2 commentaires  • Lu 1502 fois • Version imprimable


Nos voisins français ont le génie de querelles insolites. Le pays s’enflamme depuis une semaine autour d’une question inattendue : manque-t-il des joueurs de « couleur blanche » dans leur équipe nationale de ballon au pied ? Fini le slogan glorieux d’une équipe black-blanc-beu. 

La France récolte les fruits de ses expéditions coloniales. L’éthique de responsabilité consiste à prévoir et gérer ce type de situation historique. Les relations anciennes de l’Allemagne avec la Turquie, du Royaume-Uni avec le Commonwealth, conduisent à des effets analogues sinon identiques, les modèles d’intégration n’étant pas les mêmes.

Sans doute la question essentielle est-elle celle de la promotion sociale permise par le football. Un pauvre d’un pays pauvre, de banlieue défavorisée, peut devenir riche d’un pays riche en une ou deux décennies. Un talentueux joueur sera tenu pour un génie et ses revenus financiers pourront faire pâlir d’envie un professeur en Sorbonne, un chercheur de pointe et même un présentateur de télévision. Le football est le miroir de nos valeurs actuelles. Ces messieurs ont droit à des voitures de luxe, à des prostituées de haut vol, à des hôtels cinq étoiles et autres friandises. Relire Kant sur le prix et la valeur ferait du bien.

Un auteur vient de juger des mérites respectifs des footballeurs chanceux et des grands patrons du CAC 40. Dans Le patron, le footballeur et le smicard. Des rémunérations indécentes (Editions-Dialogue.fr, 2011, 306 p., 19,90 euros), Philippe Villemus considère que les patrons se rémunèrent eux-mêmes en s’affranchissant du marché auquel les footballeurs, eux, sont soumis. Argument qui, en passant, fait la part belle au bien-fondé de l’offre et de la demande, sans s’attarder sur les intermédiaires de surcroît. Le trafic des être humains est un marché lui aussi. Il n’est pas soumis au libre arbitre ? C’est là une autre question. Les téléspectateurs abusés et médusés ont-ils leur libre arbitre ? A quel besoin ou désir répond le succès des compétitions footballistiques ? N’est-ce pas un relent (marchandisé) des affrontements archaïques entre bandes, phase préhistorique antérieure à la constitution des tribus (lire De l’origine de l’inégalité parmi les sociétés de Jared Diamond) ?

Le sport en général, le foot en particulier, a une couleur et une odeur : celle de la concurrence, du fric. Nos voisins français préfèrent contempler les arbres que considérer la forêt.

Gabriel Galice – 11 mai 2011


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Commentaires

Shootons plus loin avec notre ballon et sortons du terrain. par gilles le Vendredi 27/05/2011 à 09:54

Au-delà de la vertu suisse que vous semblez vouloir souligner et qu'il faut bien reconnaître puisqu'avec la colonisation les français de l'époque ont trahis les idéaux d'égalité, de liberté et fraternité. Pour prendre quelques exemple récents :
Les États-Unis en Irak en 2003 ou maintenant la France, le Royaume-Uni, les États-Unis en Libye, la France en Côte d'Ivoire ne tiennent pas compte des avertissements de Robespierre : « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution. Personne n'aime les missionnaires armés; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis. »


Il ne faut pas compter sur les médias français possédés par des groupes (Bolloré, Bouygues …) qui ont des intérêts que je pourrais qualifier de néo-coloniaux en Afrique pour expliciter au peuple français les enjeux économiques, politiques et culturels de leur domination. Ces mêmes groupes d'intérêts ont les moyens financiers, éditoriaux d'influer fortement sur le résultat électoral des élections françaises afin que leur candidat défendent leurs intérêts.

Voir par exemple l'article « Côte d’Ivoire : Faut-il juger Sarkozy pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ? »

Jusqu'à aujourd'hui, je pourrais me tromper, que l'on me fournisse un contre-exemple, mais il me semble qu'en Afrique toute émancipation, toute autonomie politique, monétaire a été entravée par une intervention militaire, un coup d'État venu des anciennes puissances ou des nouvelles puissances néo-coloniales. D'où une économie africaine peu centrée sur les besoins de la population et surtout liée à la prédation des matières premières plutôt qu'au développement industriel et scientifque. Ce qui pourrait expliquer l'attrait de certains jeunes hommes africains pour une carrière rémunératrice dans clubs de football en Europe Occidentale.


Le modèle suisse en matière de politique étrangère par gilles le Vendredi 27/05/2011 à 10:27

En fait, pour les raisons que j'ai expliquées, les régions où l’Occident s’ingère le plus sont les moins développées. Si on respecte leur souveraineté, ces régions pourront se développer, tout comme l’Asie l'a fait et l’Amérique latine le fera sans doute. La politique d’ingérence est un échec pour tout le monde.

La politique d’ingérence nécessite un budget militaire important. Sans le soutien des États-Unis et leur budget militaire délirant, la France et la Grande-Bretagne ne se seraient pas engagées en Libye. La Belgique encore moins. Mais tous ces moyens mis à disposition ne tombent pas du ciel. Ce budget est basé sur des emprunts à la Chine qui entraînent des déficits US et toutes sortes de problèmes économiques. On y pense rarement.
 De plus, on nous répète tout le temps qu’il n’y a pas d’argent pour l’éducation, la recherche, les pensions, etc. Et subitement, il y a une grosse somme qui tombe pour faire la guerre en Libye. C’est une somme illimitée car on ne sait pas combien de temps cette guerre va durer ! On dépense par ailleurs déjà de l’argent en pure perte en Afghanistan.
La Suisse est, selon moi, un bon exemple. Les citoyens suisses sont armés pour défendre leur démocratie comme le recommande Robespierre dans son discours « Sur l'organisation des gardes nationales ». La Suisse consacre son budget militaire uniquement à la protection de son territoire. Les Suisses ont une politique de non-intervention cohérente car leur armée ne peut pas, par principe, quitter le territoire. On peut bien sûr critiquer la politique suisse sur d'autres plans (banques ou immigration). Si tous les pays renonçaient à l'ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, comme le fait la Suisse, le monde irait beaucoup mieux.



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