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Modeste contribution aux cérémonies de la commémoration du 10 mai

Par Denis Collin • Actualités • Mercredi 11/05/2011 • 6 commentaires  • Lu 1839 fois • Version imprimable


Depuis plusieurs jours, la commémoration des trente années de l’accession de François Mitterrand à la présidence de la république fait la « une » des médias, toutes catégories confondues. On y pourra voir, à juste titre, cette manie des anniversaires qui occupe tant nos esprits, tournés que nous sommes vers la rumination incessante du passé parce que nous sommes incapables de dessiner un avenir. Toutes les années en « 8 » sont déjà l’objet des commémorations décennales de mai 68 et donnent lieu à des flots de bavardages qui ne font généralement qu’obscurcir la signification des événements…

 

Le ton est donné : l’accession de la gauche au pouvoir en 1981 a été aussi le moment de sa conversion au réalisme. « Changer la vie » : Moati affirme qu’il s’agissait là d’un slogan « métaphysique ». Il n’est pas possible de changer la vie et le vrai bilan de l’expérience de 1981, celui sur lequel la grande majorité des commentateurs s’accorde est qu’on ne peut pas « rompre avec le capitalisme » et encore moins construire un « socialisme à française ». Enrobez tout cela de sociologie à quatre sous et vous avez la teneur de ce qui se raconte aujourd’hui.

L’histoire de « l’horrible décennie » quatre-vingt reste à écrire, encore que Jacques Cotta et moi-même l’ayons esquissée dans un ouvrage toujours utile, L’illusion plurielle, pourquoi la gauche n’est plus la gauche ? (JC Lattès, 2001). Toujours est-il qu’il revint à la gauche et au PS en particulier d’organiser la « grande transformation » de cette décennie, c’est-à-dire la liquidation du keynésianisme et la mise en place d’un nouveau mode de gestion du capitalisme. Quelques années après les promesses d’une rupture du capitalisme « en cent jours », on devait s’atteler au « sale boulot » selon les mots même de Laurent Fabius au moment où le gouvernement de la gauche avec le CFDTiste Chérèque à la manœuvre parachevait la liquidation de sidérurgie lorraine et plus généralement organisait l’explosion de la vieille classe ouvrière. Il devait revenir aux dirigeants « socialistes » de célébrer « la France qui gagne » au moment même où la gangrène du chômage ravageait les classes populaires, précipitant toutes ces couches laborieuses qui avaient fait la victoire du 10 mai 1981 dans l’abstentionnisme ou le désespoir lepéniste…

Évidemment, si aujourd’hui fleurissent les discours sur le 10 mai 1981, c’est que nous sommes à la veille d’une nouvelle élection présidentielle et les socialistes pourraient l’emporter en mai 2012. Le niveau catastrophique de la popularité de l’actuel Président leur laisse de bons espoirs de ce côté-là. Pourtant, rien n’est réellement réglé. L’arrivée de DSK dans une Porsche à 120 000 euros est venu rappeler combien le PS est souvent devenu le parti du fric, un parti, dans certaines de ses fractions, qui n’a rien à envier en matière de « bling-bling » à l’hôte de l’Élysée. Sans doute est-il injuste de faire payer au PS dans son entier les gaffes, les comportements de diva et les âneries politiques de l’actuel directeur du FMI. Mais personne n’oblige le PS à attendre DSK comme le sauveur suprême. Au-delà des conflits de personnes et de l’invraisemblable affaire des « primaires » qui pourraient bien être la grande chance de Nicolas Sarkozy, il y a une question d’orientation politique. Même les bonnes idées de la convention pour l’égalité sont restées confinées aux quelques socialistes qui se sont investis dans cette affaire. En pratique les socialistes, en bons européistes, restent globalement inaudibles : comment croire quoi que ce soit des vagues promesses faites ici et là quand on accepte comme indépassable l’Europe de Maastricht à Lisbonne, l’Europe de l’euro et des plans d’austérité en Grèce (gouvernement « socialiste »), au Portugal (gouvernement « socialiste ») et ailleurs ?

Les causes politiques demeurent qui ont conduit à la décomposition des années 80 et à la désaffection de l’électorat populaire, surtout ouvrier, à l’égard du PS et plus généralement de toute la gauche. On doit constater amèrement que seule Marine Le Pen a un discours (seulement un discours !) tourné vers la défense des ouvriers et des travailleurs indépendants puisque seule elle met radicalement en cause l’européisme et la mondialisation. Que ce discours soit incohérent et démagogique, peut-être. Mais où est le discours mobilisateur qui pourrait la contrer ?


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Commentaires

par BACQ le Mercredi 11/05/2011 à 14:02

??? et là hélas tout passe, casse, lasse, classe sociales et luttes remisées dans les poubelles de l'histoire
"...L’histoire de « l’horrible décennie » quatre-vingt reste à écrire, encore que Jacques Cotta et moi-même l’ayons esquissée dans un ouvrage toujours utile, L’illusion plurielle, pourquoi la gauche n’est plus la gauche ? (JC Lattès, 2001)..."
Rappel bizarre ou anachronique de la parution 2001 d'un livre lu en son temps avec bilan global à posteriori ? mais 2001 c'était quand même bien si je sais encore compter "Vingt ans" après le 10 mai 1981? ce soir là tant étaient dans les rues pour crier leur gaité et leur espoir, ils avaient raison mais aussi se méfiaient et puis en 2001 restaient quelques-unes de mes connaissances affiliés et encartés au PS, au PC, au MDC, dans ces ""partis se proclamant de la classe ouvrière, de la lutte de classe, du socialisme et communisme à venir, reste à faire pour 2011 le bilan de ces affiliations et des dés déjà pipés, l'histoire ne se répète jamais de même façon mais là le front unique existe toutes tendances confondues sans rivages à gauche ni à droite tout se ressemble et s'assemble encore plus, les médias rapportent les paroles de quelques chefs râleurs qui jouent le jeu du désaccord pour nous faire avaler de nouvelles couleuvres...RSA encore ces jours ci au devant de l'actualité...travail gratis 20h par mois comme au bon vieux temps en certains pays..
"Reprise" 1968 Tapie et ses piles W-M ou plutôt reprise dans le sujet du jour au jour le jour :1981 Vinrent très vite et tragiques "Les illusions perdues". 2001: oui mais il en aura fallu du temps court ou long pour tenter d'expliquer le pourquoi du comment nous aurions été dupés ou trop naifs ou plutôt réformistes ? Les prémisses étaient visibles :le programme "commun" de la "gauche" et ses bagarres de chefs, est-ce que quelque chose a changé 30 ans après ? Il est toujours si facile ou comode d'analyser la situation des classes laborieuses et de leurs soi-disant "représentants" à Contre-temps. Les choses ne changent que rarement et surtout ne changent que si les rébellions et grèves de masse existent et effraient la classe miroir de l'impériailsme stade suprême du capitalisme, 1936! mais ça n'a pas duré, "environnement" durable hostile Espagne, Portugal, Italie, Allemagne, etc.Le POUM fini...je n'ai plus le temps de relire et finir "La recherche du temps perdu", à +


par pm le Vendredi 13/05/2011 à 23:22

 


tirer les leçons par pm le Samedi 14/05/2011 à 00:25

 Il est toujours intéressant de réfléchir sur le passé. Toute l'habileté de Mitterrand, homme de droite, digne représentant de l'incurie de la IVe république et sabreur du peuple algérien pendant la guerre d'indépendance, a été de se hisser à la tête de la gauche social-démocrate pour parvenir au pouvoir. En 1971, à Epinay, il appelait à la "rupture avec l'ordre établi capitaliste". La déclaration est restée célèbre. On connait la suite.
Toujours en 1971, Pierre Broué publiait "Révolution en Allemagne". Lisez ou relisez les premiers chapitres. Ils décrivent la social-démocratie allemande d'avant 1914. Broué s'interroge sur les raisons de la trahison du 04 août. Les députés sociaux-démocrates allemands votaient les crédits de guerre et se rangeaient définitivement du côté de l'ordre établi" que Mitterrand devait dénoncer 57 ans plus tard. Avant la guerre, dans un lent processus qui dura des années, les dirigeants du mouvement ouvrier allemand s'étaient intégré. Ils étaient devenus des professionnels de la politique ou du syndicalisme, attachés à leur fonction qui leur donnait une position sociale. De nos jours, on parlerait d'"ascenseur social". Broué met bien en exergue le changement structurel du SPD qui conduit finalement naturellement au 04 août. 
Pouvait-il en être autrement en 1971 dans le parti frère français? Non car le PS d'Epinay, réduit numériquement, était composé principalement d'élus locaux qui aspiraient à revenir au pouvoir. On peut disserter longtemps sur la nature du PS, "parti ouvrier bourgeois" selon l'une des terminologies d'usage. Toujours est-il qu'en 1971, il fallait bien chercher pour trouver un ouvrier au PS. 
De nos jours pourra-t-il en être autrement dans des partis dont les dirigeants sont "démocratiquement élus à vie" et les cadres intermédiaires des permanents, véritables professionnels de la politique devenus complètement incapable de se réinsérer dans une vie professionnelle? La fonction militante devient un statut social. La défense des principes s'efface devant sa préservation. 
Le renouveau du mouvement ouvrier passe par l'instauration d'une véritable démocratie. Celle-ci passe elle-même par l'introduction de principes simples tels que le non cumul des mandats (y compris au sein des partis politiques et des syndicats) et la limitation de la durée des mandats. Il faut dissocier l'exercice de la responsabilité politique de l'intérêt personnel au risque de voir se répéter l'histoire sans fin du 04 août 1914. 


tontonmania par merle le Mardi 17/05/2011 à 11:55

 Pour info, amicalement,

René Merle – Forum Association 1851

 

À propos de la Tontonmania

 

En 1997, alors que, suite aux victoires municipales de l’extrême droite, les Provençaux étaient stigmatisés par les Belles Âmes germanopratines, nous avons créé, à quelques-uns, l’Association 1851 pour le 150ème anniversaire de la Résistance républicaine au coup d’État. Notre propos était de rappeler que la plus belle, la plus digne de nos traditions régionales était cette espérance d’une République laïque, démocratique et sociale, et de faire vivre au présent cette espérance.

Sans jamais s’engager dans la mouvance d’un courant politique, et dans le respect des divers engagements de ses adhérents, l’Association a toujours maintenu ce cap.

Il est sans doute nécessaire de le confronter aux réalités nouvelles d’aujourd’hui. 

Le Forum de l’Association étant un espace de liberté, il est bien clair que je ne m’y exprime qu’à titre personnel.

 

Quand nous avons fondé cette Association, en 1997, nous mesurions combien était menacée la vieille aspiration citoyenne et démocratique de notre « Midi rouge ». À la désaffection à l’égard du politique, marquée par des taux d’abstentions impressionnants, s’ajoutait la montée en force électorale de l’extrême droite : jusqu’alors petitement nourri par les rescapés du maurrassisme et les nostalgiques de l’Algérie française (nombreux dans notre Sud-Est), ce vote se gonflait en milieu populaire d’une forte poussée xénophobe, et d’un ras-le-bol à l’égard des partis dits de gouvernement (de gauche et de droite). Mais aucune doctrine cohérente ne fédérait ces votes de défoulement, sinon la proclamation nationaliste couverte de la flamme tricolore.

Il n’en va plus de même aujourd’hui. Et c’est bien ce qui doit nous interpeller. Car dorénavant, servie par une intense publicité médiatique, c’est de l’aspiration à la République démocratique et sociale, de la défense des « petits » contre les privilégiés que se revendique l’extrême droite : la pesante tutelle européenne, ouvrant la porte à d’impitoyables concurrences, le chômage de masse, le cynisme des grands possédants et la désespérance sociale d’une partie des classes populaires, ne peuvent que faire chambre d’écho à cette démagogie.

Jusqu’à présent, et malgré « l’incident électoral » de 2002 (qui nous fit plébisciter Jacques Chirac !!!), la « gauche de gouvernement », confortée par la fidélité résignée de son électorat (le vote utile !), et par ses succès municipaux, européens, régionaux, ne semble guère avoir pris la mesure de la nouvelle donne politique, et encore moins de ses responsabilités dans son avènement.

Ainsi, en ce beau mois de mai, nous avons eu droit à une déferlante tontonmaniaque, qui n’avait rien d’innocent, avec bise de BHL à Martine Aubry, larmes de Charrasse, brochettes d’Attali pour les vétérans, et, sucre sur les poires, ce concert vide de contenu, financé par deux richissimes hommes d’affaire et patrons de presse.

C’était à la Bastille, face à la colonne qui porte les noms des insurgés morts au combat en juillet 1830, fils du peuple de Paris qui s’étaient levés pour une République que beaucoup espéraient sociale : ils ne savaient pas que leur sacrifice serait aussitôt confisqué par les gérants de l’Ordre et du capitalisme.

Comment ne pas voir là un symbole, celui de la trahison, couverte de « réalisme », et renouvelée de génération en génération par ceux-là même qui, cajolant et utilisant les espérances populaires, n’ont en fait qu’un but : la jouissance du pouvoir et le service des puissants ?

Au-delà du rappel d’acquis sociétaux, et notamment la suppression de la peine de mort (qui a dû soulager la conscience de l’ex-ministre envoyant à la guillotine tant de patriotes algériens), les tontonmaniaques se sont bien gardés de dresser le vrai bilan de leur grand homme.

Celui qui avait dénoncé « le coup d’État permanent » de la Cinquième République, celui qui était venu s’incliner devant le monument des Mées aux Insurgés de 1851, a, en vrai monarque « républicain », conforté définitivement le système hyper-présidentiel. Et pour s’y maintenir, n’a pas hésité à jouer de la promotion du F.N afin d’affaiblir la droite concurrente.

Celui qui promettait de « rompre avec le capitalisme » a, dans le cadre d’un européanisme renforcé, ouvert grandes les portes au néo-capitalisme du fric facile, à la concurrence à outrance, aux privatisations, aux atteintes aux services publics, au démantèlement des « forteresses ouvrières », à la mise en place, au nom de la « liberté d’expression », d’un appareil de décervelage télévisuel et radiophonique domestiquant le citoyen, etc. etc.

Dans cette France où l’avenir est barré à tant de jeunes, cette France du chômage de masse, des délocalisations industrielles, des petits métiers de la précarité, de l’artisanat courageux et menacé, qui est aussi la France de la télé pourrie et décervelante, de l’individualisme rongeur, de la disparition des solidarités traditionnelles, la plupart des électeurs qui déclarent soutenir l’extrême droite en 2012 n’ont sans doute pas connu les années Mitterand, et peut-être ne savent-ils même pas qui il fut.

Il n’empêche. Comme l’écrit Denis Collin dans un très éclairant article publié sur le site La Sociale, « Les causes politiques demeurent qui ont conduit à la décomposition des années 80 et à la désaffection de l’électorat populaire, surtout ouvrier, à l’égard du PS et plus généralement de toute la gauche. »  [1]

Ceci devrait nous inciter, dans nos initiatives actuelles pour rappeler le souvenir des Insurgés de 1851, et de leurs valeurs, à ne pas fossiliser le beau triptyque de « République laïque, démocratique et sociale » en formule creuse, mais à la nourrir de vraies perspectives pour aujourd’hui et pour demain.

 

[1] http://la-sociale.viabloga.com/news/modeste-contribution-aux-ceremonies-de-la-commemoration-du-10-mai

 

 


Lien croisé par Anonyme le Jeudi 02/06/2011 à 13:01

FORUM : "n’empêche. Comme l’écrit Denis Collin dans un"


Lien croisé par Anonyme le Mercredi 24/08/2011 à 09:52

René Merle - À propos de la Tontonmania - Le blog de rené merle : "http://la-sociale.viabloga.com/news/modeste-contribution-aux-ceremonies-de-la-commemoration-du-10-mai"



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