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Le bloc nationaliste-populiste en Europe : un épouvantail à moineaux

Chercher une solution du côté de Mme Le Pen et ses alliés, c’est vouloir s’aveugler soi-même

Par Denis Collin • Actualités • Vendredi 17/05/2019 • 4 commentaires  • Lu 1564 fois • Version imprimable


Les médias, relayant la propagande macroniste, tentent de faire croire qu’il existe en Europe une sorte de « bloc » « nationaliste » et « populiste » dont l’irrésistible poussée devrait être enrayée par les « progressistes ». Mme Le Pen et le RN en France, Salvini et la Lega en Italie, l’AFD en Allemagne, Orban en Hongrie, le PIS de Kaczinsky en Pologne, le FPÖ autrichien (au pouvoir en coalition avec la démocratie chrétienne), le PVV de Gert Wilder ou le FvD hollandais, Nigel Farage en Grande-Bretagne, voilà quelques-unes des figures plus ou moins représentatives de ce mouvement. Tous ces gens sont d’ailleurs soupçonnés d’être manipulés par le nouveau génie du mal, Vladimir Poutine, à moins que ce ne soit par l’ami de Trump, Steve Bannon. Contre eux il y aurait à mener une bataille digne des grands affrontements du Seigneur des Anneaux. Mais ce n’est qu’un conte pour les enfants. Mais nombreux sont ceux qui sont intéressés à ce que la révolte populaire se tourne vers ces épouvantails à moineaux.

 

Tout d’abord, il est parfaitement absurde de parler d’un « bloc » des nationalistes. Par définition, ces nationalistes défendent leur propre bourgeoisie nationale contre les autres bourgeoisies nationales. Ainsi le FPÖ autrichien défend-il becs et ongles l’intégration dans l’Union Européenne et exige que l’Italie redresse ses comptes sous peine d’être réduite au sort qu’a subi la Grèce. Entre Salvini et le FPÖ les relations sont peut-être quelque peu tendues ! Notons également que la plupart de ces « nationalistes » n’a aucune envie de quitter l’UE ni même la zone euro : ni Salvini ni Marine Le Pen ne défendent une telle rupture avec l’UE et Victor Orban est un bon européiste à sa manière d’autant que la Hongrie (comme la Pologne) est un des gros bénéficiaires de l’aide européenne. L’AfD défend l’UE mais voudrait transformer la zone euro en plusieurs zones différentes, une proposition confuse qui à l’épreuve du pouvoir consisterait tout simplement à maintenir l’euro. Le FvD devenu en mars 2019 la première force politique des Pays-Bas se prononce pour la tenue d’un référendum sur l’appartenance à l’UE et réclame une extension de toutes les formes de démocratie directe et un plus grand contrôle sur l’administration. Le RN de Marine Le Pen est au fond un parti « libéral », opposé à l’augmentation du SMIC et favorable à la baisse des « charges sociales » (une position assez proche de celle des LR de Wauquiez alors que la Lega de Salvini est entrée dans une coalition avec le M5S qui applique une politique de type « social-démocrate » à l’ancienne.

Ainsi, les divergences entre ces différents partis qui reflètent les différences des intérêts nationaux interdisent à tout jamais qu’ils puissent se coaliser pour changer quoi que ce soit dans l’UE. Ils ne sont unis que sur un seul point : le refus de l’immigration, refus d’ailleurs aussi inefficace que braillard (en Italie, Salvini n’a que peu ralenti l’immigration). Au demeurant, ce qu’ils proposent est globalement ce que pratiquent les divers gouvernements européens, mais sans trop le proclamer. Par ailleurs ces partis ne sont pas vraiment « souverainistes » et guère patriotiques. Par exemple, ils ne contestent pas l’influence américaine en Europe. Salvini est, comme l’essentiel de la classe politique italienne, favorable au maintien des bases américaines sur le sol italien (huit bases très importantes). C’est la même chose en Allemagne où les 26 bases US n’apparaissent dans aucun programme politique ! L’appartenance à l’OTAN et la soumission à Washington font partie des dogmes intouchables de ces partis dits « nationalistes ».

Faisons un sort particulier à Salvini. Il se prétend patriote italien alors qu’il est à la tête d’un parti dont l’origine est sécessionniste et violemment opposée à l’Italie du Sud. La transformation de la « Lega Nord » en « Lega » est cependant, pour essentiel purement cosmétique. Salvini s’était laissé aller à des tirades grossières et violentes contre les « terroni », ce mot péjoratif qui désigne les Italiens du Sud et qu’on pourrait traduire en français par « cul-terreux ». Une jeune fille de Salerno, feignant de faire un selfie avec le vice-premier ministre en a fait une vidéo « virale » avec l’interpellation « Alors nous ne sommes plus des cul-terreux de merde ? » (« Non siamo più terroni di merda ? »). Tout un mouvement s’est déclenché contre Salvini : aux balcons et aux fenêtres fleurissent les banderoles faites dans des draps contre le chef de la Lega et ce mouvement commence même à atteindre le nord du pays. Bref, Salvini est tout sauf l’incarnation du patriotisme ou du nationalisme italien. Un autre exemple complète ce portrait. De nombreux Italiens se sont opposés au TAV (train grande vitesse entre Lyon et Turin), notamment en raison du coût pharaonique des travaux et des dégâts environnementaux dans le Val Susa. Les classes dirigeantes et les partis à leur botte y sont cependant favorables et Salvini fait partie de ce front, au nom de la libre circulation en Europe ! Le M5S au contraire refuse le TAV et soutient que de telles sommes seraient mieux investies dans les transports ferroviaires du Sud qui sont toujours d’une lenteur désespérante. On sait aussi que le gouvernement s’est interrogé sur le maintien de l’Italie dans la zone euro et les économistes du M5S avaient commencé de préparer la sortie d’une monnaie italienne, mais c’est la Lega qui s’est fermement opposée à ce projet. Donc dans le gouvernement italien, l’européiste, c’est Salvini. Salvini n’est en rien un « souverainiste ».

Le rapprochement RN-Lega est significatif. Marine Le Pen et Salvini sont d’accord sur l’essentiel : maintien dans l’UE, maintien dans la zone euro (c’est d’ailleurs le motif de la rupture avec Philippot). Tout le reste est de la rhétorique qui ne peut tromper que les gogos.

Ajoutons qu’aucun de ces partis « nationalistes » ou « populistes » n’est proprement fasciste. Ils ne s’appuient pas sur des bandes armées, ils ne remettent pas en cause le pluralisme, et ils sont plutôt pour l’affaiblissement de l’État, comme tous les libéraux. Ils sont volontiers autoritaires (en Pologne ou en Hongrie) mais finalement nos « progressistes » leur font une rude concurrence sur ce terrain. Il est bien moins dangereux de manifester en Italie ou même en Hongrie qu’en France. À Rome on peut injurier le vice-premier ministre sans aucun risque, alors qu’il n’en va plus de même à Paris. Produits de l’ébranlement des États-nations sous les coups de la mondialisation, tous ces partis sont seulement réactifs mais ne remettent jamais en question les causes profondes des effets qu’ils déplorent. Cela explique qu’ils peuvent capter une partie des suffrages populaires en s’appuyant d’ailleurs sur l’effondrement et même la quasi-disparition des partis ouvriers traditionnels.

Du même coup on mesure la vanité et l’absurdité du discours dit « progressiste » que véhiculent le centre, la gauche et la classe médiatique dominante. Il ne s’agit pas de s’attaquer à un mal réel mais de concentrer les énergies contre un épouvantail. Pendant que nos chevaliers à la triste figure combattent les moulins à vent lepénistes ou salvinistes, le capital continue de prospérer. En ce qui nous concerne, nous ne reprochons pas à Le Pen ou à Salvini d’être « nationalistes » et encore moins « populistes », puisque chez eux la nation et le peuple ne sont que des postures démagogiques. Nous défendons la nation parce qu’elle est le seul cadre dans lequel la question de l’émancipation ouvrière peut être sérieusement posée. Nous défendons le « populisme » non au sens de la démagogie grossière des soi-disant « populistes » mais parce que le peuple, ce sont tous ceux d’en bas (qu’ils soient de droite ou de gauche) dont l’intérêt premier est de renverser la domination du capital. Bref, aux luttes fantomatiques contre les fantômes, nous opposons résolument la lutte des classes et nous savons que notre vieille amie la taupe continue de creuser.

Le 17 mai 2019 – Denis Collin

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Commentaires

Le 26 mai sanctionnons Macron par Jean-Paul B. le Samedi 18/05/2019 à 17:26

 Bonjour,
nous ne sommes ni aveugles ni sourds et savons bien que le RN (surtout de puis le départ de Philippot) est un faux-ami des classes populaires (refus de sortir de l'UE,acceptation de l'Euro,contre l'augmentation du SMIC,etc.).
  Cependant le 26 mai nous n'élirons ni le Président de la République,ni les députés,donc l'analyse du scrutin et de ses risques éventuels mérite une étude plus fine que le simple rejet automatique de l'éventualité d'un vote pour le RN.
  L'élection européenne, dernière élection nationale avant 2022,arrive au bout du mouvement social le plus légitime et le plus long depuis de nombreuses années. Permettre à la liste de Macron (cette pauvre Mme Loiseau n'existant pas!) d'arriver en tête sous de fallacieux prétextes (extrême-Droite,voter pour nos idées,le RN est pire que Macron,etc.) c'est le re-légitimer alors qu'il est plus que nécessaire de le SANCTIONNER pour la politique inégalitaire qu'il conduit depuis son élection.
  Quelle liste peut nous permettre probablement de l'empêcher de gagner cette élection pour ensuite affirmer que le Peuple lui a donné quitus pour son action et un chèque en blanc jusqu'à la fin du quinquennat? 
  Bien comprendre cette problématique devrait nous permettre de voter pour la liste RN sans nous déshonnorer. 
  Pour ma part c'est ce que je ferai!



votez facho pour éliminer l'autre facho au pouvoir... la bonne blague! par Serge_Gomond le Dimanche 19/05/2019 à 01:46

 en voilà une idée qu'elle très mauvaise! c'est du niveau du "café du commerce", avec des si et des y'a qu'à... on ira vachement loin avec de tels raisonnements débiles!
et à ce propos, puisque vous abordez le volet "stratégie toute en finesse",  votre raisonnement, c'est plutôt du lourd, du très lourdingue...
Depuis les évènements "Gilets jaunes" ont débutés (c'est-à-dire depuis le mois de novembre 2018, jusqu'à aujourd'hui, mai 2019) l'autre, le macron, nous sort qu'il n'y aurait pas de solution politique pour les Gilets jaunes, la bonne blague! 
D'ailleurs, il se goure complètement le locataire de l'Elysée, il y en bien une de solution politique, c'est: Maintenant macron tu dégages!, et fissa... non seulement on ne le regrettera pas, mais on se débrouillera bien mieux sans lui!, et dans ce cas de figure, pas besoin d'user ni d'abuser de finesse!,
Ne pas voter pour un système complètement obsolète (le RIC vaut beaucoup mieux que toutes ces pantalonnades électoralistes) c'est non seulement être salement en retard  sur son siècle, (d'au moins dix mille ans), notre siècle, le XXIème siècle, et soit dit en passant, m'sieur "le conseilleur", pour oser imposer un tel décalage au peuple français, décalage non seulement avec le siècle mais aussi décalage avec le monde réel (c-à-d., le monde tel qu'il est vraiment..., c'est aussi le votre m'sieur "le conseiller"), c'est d'une connerie monumentale, et en même temps, la  preuve irréfutable d'une profonde débilité! macron est BIG Débile Profond; et afin de bien mettre les points sur les i, loin, bien loin de vos conseils ineptes, m'sieur "le conseilleur", en France (la France du XXIème siècle, et plus précisement la France de 2019), nous sommes au "mieux" sous un régime autoritaire (car macron, (sous couvert de sauver les institutions républicaines et la France) utilise à des fins personnelles et pour assoir ses propres desseins, n'a pas hésité une seule seconde à soumettre *la justice (une bonne partie de la magistrature), les préfets et la police (bien que certain-nes ont su et pu résister à leur hiérarchie), pour les instrumentaliser et les mettre à son seul service (il a bien essayer avec l'armée, mais ça ne c'est pas passé comme l'aurait souhaité macron, parce qu'une partie de la hiérarchie (pas les généraux et autres briscards du même tonneau) a salement rué dans les brancards!, et son coup de vice a heureusement lamentablement capoté...) tout ce tintouin pour imposer ses délires de "grandeur", et en même temps, essayer désespérément de s'accrocher au pouvoir, comme le morbac au pubis; cette instrumentalisation de la justice, de la police, du corps préfectorales, ainsi que certains corps de l'armée, à son propre service, c'est du fachisme! et d'ailleurs à ce sujet, depuis quelques mois déjà, nous sommes en régime fachiste!, 
et selon votre avis (toute en finesse bien entendu...), nous devrions choisir entre la peste et le choléra!, c'est tout simplement délirant!
Si vous voulez vraiment vous instruire, et apprécier à leurs juste valeur les analyses et autres textes politiques, ce site regorge d'articles et d'analyses politiques, tout en finesse d'esprit, et toujours plein d'originalité, comme vous n'avez pas idée! Alors, allez-y, prenez le temps de lire, vous n'avez que l'embarras du choix, m'sieur "le mauvais (très mauvais) conseilleur" et je reste bien poli et bien aimable avec vous!, mais la patience à ses limites, et comme le disait Pierre DAC: passé les bornes, il n'y a plus de limite!


* la presse, on n'en parle même pas, puisqu'une poignée de milliardaires ce l'est appropriée, et lui fait divulguer leurs ordres!

 


Re: votez facho pour éliminer l'autre facho au pouvoir... la bonne blague! par Jean-Paul B. le Dimanche 19/05/2019 à 19:07

 Affichez bien vos "beaux principes" et surtout laissez bien tranquilement Macron arriver en tête le 26 mai,
ensuite vous aurez largement le temps de reparler des conséquences de vos choix!


Re: votez facho pour éliminer l'autre facho au pouvoir... la bonne blague! par Anonyme le Lundi 20/05/2019 à 19:49

Quand un dirigeant utilise les intitutions de la République à des fins de répression, il fait preuve, pas seulement d'autoritarisme et d'autocratie, mais il fait les premiers pas vers l'instauration et l'institution du fascisme. Il a allègrement outrepassé ses pouvoirs de président d'un pays. Comme il est souligné parmi les opinants, y-a-t-il besoin de recourir à la mafia ou à des hommes de main dans l'ombre pour mériter le labal fasciste? Je crois que son cynisme le dit mieux que tout.
Nous devons comprendre que chacune de ses apparitions en public doit servir sa propagande. Martelée depuis son élection. Macron est continuellement en campagne électorale. Aux questions sérieuses, attendons nous à de la diversions en guise de réponse, quitte à créer des évènements tragiques pour détourner les citoyens de leur combat contre lui et contre son programme anti-peuple (je renonce au terme impopulaire qui souligne insuffisamment les violences assénées aux Français).

J'aime beaucoup les analyses de Jacques Cotta, mais à certaines conditions, il est exaspérant de s'en tenir aux analyses d'experts. L'absence d'alternative, l'épuisement des moyens sur le terrain, la trahison des syndicats, la confusion ou l'hésitation des partis de gauche dans ses proclamations de lutte, poussent les gens à se saisir des moyens - même criticables, même déshonorants - sur le terrain. En l'occurrence, le succès de RN, comme premier round du combat. öe second, je n'en doute pas, sera de reléguer RN à une simple composante sans pouvoirs exclusif.

Par contre, je  rejoins l'analyse de Jacques Cotta à certain moment, celui, par exemple, sur le Parti de Gauche, sur la France Insoumise et sur les discours de J-L Mélenchon. Mais c'est vouloir que ce dernier se métamorphose après son départ du PS avec ce lourd héritage de toujours vouloir gérer le capitalisme néo-libéral avec une pincée de social. Ces hommes et femmes du PS, sont comme marqués à vie par le désir insatiable de puissance voire Laurent Fabius qui disait NON au TCE en 2005, se retrouve, aujourd'hui chez Macron, au Conseil Constitutionnel. La plupart d'entre eux sont recyclés dans les pouvoirs en place.

Aux dernières présidentielles, si Mélenchon avait mené le combat pour sortir la France de l'UE, de l'OTAN, de l'EURO. les aurait-il gagnées?
Oui! Il les aurait gagnées. Pour ma part je le crois.
Les Français étaient à un cheveux de pouvoir renvoyer l'imposteur Macron dans les cordes. Le cheveux en question était celui sur l'Union Européenne.
Mélenchon avait tergiversé et nous a tenu en haleine pour rien depuis lors. Ce qui explique le désamour de ceux, nombreux, qui ont fait campagne pour Mélenchon. Moi-même. je l'avais faite à Genève auprès des travailleursfrançais en Suisse, très motivés à empêcher l'ingénu fasciste d'accéder à la tête du pays.

Nous avons actuellement le même dilemme avec ledit "Accord Cadre" sollicité par l'UE dont les négociations avec le Conseil Fédéral (gouvernement) ont été maintenues secrètes jusque là. Nous savons que les syndicats, en dépit d'une petite couche de cométique en quelques revendications non contraignantes et rapidement concédées, vont vendre cet accord auprès des citoyens instruits, bien éduqués et cosmopolites. La  majorité PS et VERTS dans les parlements y sont favorables et ils laisseront la droite plaider ce petit sacrifice à faire - la souveraineté populaire avec sa démocratie directe - pour le bonheur de nos multi et trans-nationales.

Je ne voudrais pas monopoliser l'espace qui nous permet de nous exprimer, ici. Mais la question à aborder, c'est pourquoi ne pas réclamer l'abolition des places boursières qui exercent une influence et un pouvoir suprême sur tous les gouvernements? De même la question de la puissance économique privée comme une essence naturelle qui ne peut être limitée par les états, dit de droit. Comment ces législations ont-elles abdiqué? Et pourquoi admettent elles qu'une poignée d'individus vole tout un peuple, tous ses patrimoines (au pluriels, parce qu'ils sont à la fois matériels et immatériels). Un président qui vend un bien national sans se référer au parlement devrait être traduit devant la justice par le peuple pour gestion déloyale et prise d'intérêts illégitimes et illégaux.



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