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LFI et gilets jaunes

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Samedi 06/07/2019 • 0 commentaires  • Lu 1696 fois • Version imprimable


N’étant qu’un périphérique de la vie politique française c’est par l’article de Denis Collin que j’ai découvert le cas d’Olivier Tonneau que je ne connaissais pas. Alors que j’aurais pu écrire un article Adieu Mélenchon, éloge de France insoumise voilà que je découvre un texte qui dit exactement le contraire : Adieu France insoumise, éloge de Mélenchon. Comme Denis Collin j’ai été sidéré par le propos mais je délaisse l’aspect «démocratie» du texte pour l’aspect «gilets jaunes».

 

Voici le passage :

« Il était impossible en effet, de par la nature même du mouvement des gilets jaunes, que ceux-ci se reconnaissent dans la parole d’un chef, par définition suspect. La seule modalité possible de la rencontre aurait été qu’elle se fasse par la base, sur les ronds-points. C’est ce qui s’est fait dans une certaine mesure : mais jusqu’à quel point cette rencontre a-t-elle perdu de son ampleur du fait de l’érosion de la base militante insoumise ? Et jusqu’à quel point a-t-elle perdu qualitativement, parce que les insoumis ne pouvaient pas décemment prétendre que leur structure avait l’ouverture qui seule aurait convenu aux gilets jaunes ?

C’est un paradoxe cruel que l’émergence des gilets jaunes, qui marque ce point «qu’ils s’en aillent tous» qui était depuis 2009 l’horizon de la stratégie politique de Mélenchon, ne lui ait pas profité. Mais là encore, il serait trop facile de critiquer a posteriori. D’une part, préparer l’outil à recevoir l’énergie populaire n’était pas aisé, pour les raisons susdites ; d’autre part, si Mélenchon avait de longue date prévu le phénomène, son émergence soudaine a néanmoins pris tout le monde de court. Même l’érosion de la base militante, imputable pour partie au sentiment de la base d’être exclue des processus décisionnels, était de toute façon prévisible, une fois la dynamique propre à une campagne présidentielle épuisée. D’ailleurs, le mouvement des gilets jaunes est lui-même trop composite, sa nature mal connue, pour qu’on puisse dire avec certitude qu’il n’aurait pas décuplé les tensions au sein de la France Insoumise s’il l’avait investie. »

 

Ce passage est typique du texte d’Olivier Tonneau : dire tout et son contraire ce qui conduit à noyer le poisson même si les poissons ont du mal à se noyer.

Oui la parole d’un chef n’était pas attendue par les gilets jaunes même quand celui-ci découvre par un hasard de l’histoire qu’Eric Drouet est un génie.

Sauf qu’à l’heure du vote beaucoup de gilets jaunes sont allés vers le FN-RN où la culture du chef est dans la tradition.

Disons-le, le mouvement des gilets jaunes, sur le fond et la forme, a déstabilisé tout l’arc politique et pas seulement Macron. Et vu de la base il est évident que comme pour le PCF, EELV, NPA et autres, il y a eu division entre ceux qui furent parti prenante dès le départ, et ceux qui plus ou moins à contrecœur ont pris le train en marche. Or ce point pas plus que les autres n’a fait débat dans LFI. En écoutant Mme Garrido on a appris que Clémentine Autain a fait retarder d’une semaine le soutien de LFI aux gilets jaunes or la question n’était pas celle du soutien ou pas, mais du débat autour de la nature de ce soutien. J’ai entendu dix fois des membres de France insoumise constatant que les revendications des gilets jaunes recoupaient celles de l’Avenir en commun constater cependant que cette convergence ne produisait pas un soutien politique à LFI. Aussi on peut dire : après une si grande lutte populaire un score de 6% est une catastrophe !

Mais cette catastrophe sur ce point, n’est lisible que si on analyse en face l’attitude du FN qui n’a jamais eu à appeler au soutien des gilets jaunes.

A « l’Assemblée représentative » Mélenchon n’a eu que ce mot contre le FN-RN : «Il est arrivé en tête et ça n’a rien changé». Et comme toujours, il n’a pas tort même s’il se trompe ! Oui le FN-RN avait dit : si nous sommes en tête Macron devra démissionner. Or non seulement tout a continué comme avant mais… en pire quand on voit les réformes sur le tapis. Sauf que ce constat de Mélenchon ne mène nulle part car l’électorat FN-RN est solide et considère que les exagérations de Marine entrent dans le jeu politique !

Si LFI avait fait 6% et le FN-RN 12% la défaite aurait été moindre mais là, Macron a gagné en démontrant que le FN-RN est le seul adversaire à sa hauteur ! Je le répète depuis la naissance du PG, ce courant politique s’est dispensé d’une analyse approfondie de la nature de l’’extrême-droite car pour lui c’est une bulle qui va se dégonfler. Et en 2019, vu que la première place du FN n’a rien changé, la bulle va donc se dégonfler… Il est frappant de constater que tout succès du FN-RN est pour cette mouvance l’annonce de son déclin ! (je précise cependant que le FN en soi n’a rien gagné avec les dernières européennes, malgré les suites des gilets jaunes).

Il est frappant de constater dans la longue analyse d’Olivier Tonneau l’absence de toute référence au Front national ou même au mot national. Certains pour taper sur Mélenchon le montrent entouré de drapeaux tricolores comme Marine Le Pen, d’autres font de l’usage du drapeau une simple astuce politique. Là encore sans débat serein mais ferme le manque de perspective politique global devient grave.

Mais l’essentiel du texte tient au rapport entre organisation à la base des gilets jaunes et organisation à la base de LFI. Avec cet écart : les gilets jaunes ont fait la preuve de la même inventivité que les groupes d’appui à Mélenchon avant la présidentielle et qui a été perdue ensuite… comme est perdue aujourd’hui l’inventivité des gilets jaunes ! Dans les deux cas une inventivité populaire est possible mais comment passer à la construction d’une force démocratique ce qui renvoie à l’article de Denis Collin. J-P Damaggio 

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