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Meurtres, terrorisme, immigration… Et si on parlait enfin social

En publiant mon dernier livre « Un CDD sinon RIEN », je pensais pouvoir apporter quelques éléments au débat de la campagne présidentielle… Mais pour le moment, les questions sociales qui concernent les français sont largement laissées de côté par les principaux candidats… jusqu’à quand pourront-ils encore les éviter?

Par Jacques Cotta • Actualités • Mardi 27/03/2012 • 1 commentaire  • Lu 2451 fois • Version imprimable


Après les meurtres de Montauban et de Toulouse, après l’assaut du Raid, commentateurs, éditorialistes, responsables de la majorité, du Front national, du PS, du centre, sans oublier la « gauche bien pensante »… ont redoublé d’énergie pour que la discussion sur l’immigration, le racisme ou la « sécurité », comme en 2007, éclipse tous les thèmes qui pourtant constituent la préoccupation première des français. Les propos de nos concitoyens confirment en effet les sondages[1]. Les thèmes qui retiennent leur attention et qui devraient être déterminants dans leur choix électoral sont le pouvoir d’achat, le chômage, la croissance économique, la dette, la pauvreté et la précarité, l’école, l’éducation…. L’insécurité et l’immigration viennent loin derrière. Pourtant, tous ces sujets qui tournent autour du travail, des salaires, de la protection sociale, des retraites, des services publics sont pour l’instant occultés. Les principaux candidats, depuis des semaines, préfèrent vanter l’action de la police, condamner la délinquance, fustiger l’assassin qui a commis des actes monstrueux, jouer sur les peurs… Comme la campagne électorale serait doucereuse si pouvaient être évacués les licenciements qui tombent par milliers, l’augmentation de la pauvreté, le développement de la précarité…
Patatras ! Après plusieurs jours d’un débat rêvé pour l’UMP et le Front national, voila que la vie rattrape les candidats les plus rétifs à la question sociale. La publication des chiffres du chômage ramène tout ce beau monde à la réalité du monde du travail.
 
Nicolas Sarkozy ou le moral dans les chaussettes…
Curieux le président candidat, dont la déclaration en dit long sur son moral et sur celui des troupes. Sur France info, sans donner de chiffres, il se montre satisfait par … « un léger ralentissement de la hausse du chômage en France ».
Et pour enfoncer le clou, histoire de tenter la transformation d’une débâcle sociale en victoire électorale, il annonce « une amélioration de la situation, avec une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs ».
Ainsi donc, l’objectif affirmé n’est pas d’enrayer le chômage, de retrouver l’emploi, de sortir de la misère sociale les millions qui s’y trouvent, mais comme l’indique le ministre Xavier Bertrand, de «contenir les hausses mensuelles».
Sur le fond, le chômage a augmenté pour le dixième mois consécutif en France en février pour atteindre son plus haut niveau depuis octobre 1999[2].
Le déclin se poursuit. La pauvreté s’accroit. Les difficultés se multiplient… Inexorablement, mais moins vite que ce que le gouvernement pouvait le craindre. D’où la satisfaction présidentielle…

Les chiffres sont trompeurs
Ainsi les dernières statistiques indiquent une augmentation de quelques milliers de chômeurs seulement, seront-on tenté de dire pour respecter la parole du président candidat.
Mais la réalité est d’autant plus alarmante qu’on regarde au-delà des premiers chiffres publiés. Il apparait en effet une montée importante de la précarité avec une forte augmentation du nombre de personnes ayant peu travaillé. Selon Philippe Askenazy, économiste et chercheur au CNRS, les chiffres publiés sont « le signe d’une augmentation de l’hyperprécarité, avec une multiplication des contrats à durée déterminée très courts, parfois d’une semaine seulement ». Ainsi, la hausse des demandeurs d’emploi de catégorie B (ayant travaillé moins de 78 heures au cours du mois) est de 2,4% par rapport au mois de janvier.
Le ralentissement de la catégorie A, +0,2% de demandeurs d’emploi sans aucune activité, cache en effet une accélération de la catégorie B, les demandeurs d’emplois qui ont pu bénéficier de quelques heures de travail.
Derrière les chiffres se trouve la logique d’un système qui fait du coût du travail la principale variable d’ajustement de la crise.
Réduire le coût du travail, comme le préconise le président candidat, passe inévitablement pour les entreprises par une remise en cause du salaire d’abord, direct ou différé, du travail et des statuts ensuite. Ainsi, avec 1 million de chômeurs supplémentaires en 5 ans et la destruction de 800 000 emplois industriels, la barre des 10% de chômeurs est en voie d’être franchie.
Au demandeur d’emploi qui se présente à une agence de Pôle emploi, la réponse invariable qui tombe est, dans le meilleur des cas, contenue dans la formule : « Un CDD sinon RIEN » ! Trois embauches sur quatre en effet dans les entreprises de plus de dix salariés se font sous CDD. Et pour les salariés, la conséquence inscrite dans l’augmentation de la précarité est une paupérisation accrue qui a vu passer, en 5 ans, le nombre de « pauvres » de 7 millions à 8 millions 200 000…. Pour la plupart, il s’agit en réalité de travailleurs pauvres, soit qu’ils sont exclus de toute relation de travail car rejetés dans les bataillons de chômeurs sans emplois, soit qu’ils travaillent en CDD, quelques heures seulement, en Intérim, voire à temps complet, mais avec des salaires de misère….

Les parades électorales
Concernant les questions clés du travail et de ses conséquences, le salaire, la protection sociale, etc.…, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, mais aussi François Hollande et les autres candidats se sont mués en chefs de revue menant leur parade électorale à la porte des entreprises menacées.
Parmi tous les prétendants à la présidence de la république, le président candidat est sans doute le plus exposé. Il a en effet théoriquement « un bilan à défendre » et des comptes à rendre sur les décisions qu’il peut encore prendre. De plus, c’est bien entre autre la « valeur travail », thème expérimenté en 2007, qui lui a valu son élection. Tout le monde a en mémoire les engagements de Gandrange, et ce qui en est advenu… Mais l’histoire ne se répète pas, sinon en farce. Ainsi, ce sont les CRS qui ont eu pour tache d’accueillir les sidérurgistes de Florange venu interpeler le président de la république à son local de campagne. Et assez vite, comme les ouvriers de « Fralib[3] », ceux qui ont eu le loisir d’entendre les engagements du président candidat pour soutenir les ouvriers menacés de perdre leur emploi et leur entreprise, et qui y ont cru, ont été assez vite désillusionnés…

Poursuite ou rupture ?
La perpétuation du système et la recherche d’un « aménagement humain du capitalisme » risquent fort de ne pouvoir rien contre l’attaque frontale que subit le travail et contre les conséquences dont pâtissent les ouvriers et salariés.
La baisse du coût du travail, l’établissement d’une TVA dite « sociale » pour l’occasion, l’exonération des « charges » c'est-à-dire de cotisations sociales, le transfert de ces cotisations sociales –c'est-à-dire du salaire différé- des entreprises sur le dos de la collectivité, les emplois aidés, la remise en cause de la protection sociale et de la sécurité sociale dont le « marché » est lorgné avec voracité par les fonds de pensions, les banques, les actionnaires et le capital, le recul toujours plus important des retraites, les plans multiples de privatisation, …, bref, toutes les recettes à la sauce grecque prévue pour l’ensemble des peuples européens ne peuvent qu’accélérer le déclin général et engager la société vers une dislocation politique et sociale.
Alors ? Conciliation ou rupture ?
Lorsque des entreprises délocalisent pour trouver « un travail à bas coût », c'est-à-dire sous payé ou encore surexploité au profit d’actionnaires avides de marges toujours plus importantes, l’état, les pouvoirs publics, les forces sociales doivent-ils accepter ? La réquisition ne devrait-elle pas être un droit, sinon un devoir pour préserver la production sur le territoire national et l’emploi avec ?
Lorsque les gros actionnaires, fonds de pensions, banques, compagnies d’assurance menacent des milliers de salariés alors qu’ils se sont déjà rémunérés à de multiples reprises au delà de toute prévision, le droit d’expropriation sans rachat ne devrait-il pas être inscrit au profit de la collectivité, des ouvriers, des salariés ?

Il est question de la finance pour produire, créer, aider les entreprises et les ménages. Mais cela ne nécessite-t-il pas que l’état se dote des moyens pour assumer sa politique, que les banques qui seraient nationalisées lui donnent les moyens recherchés ?
Lorsque nous sommes confrontés à une concurrence basée sur la surexploitation du travail –en Chine, en Indes, ou venant d’autres pays- n’est-il pas urgent de mettre en place des barrières douanières permettant de nous protéger ? De même vis-à-vis de pays qui dans l’Europe jouent le dumping social ou fiscal, n’est-il pas légitime de prendre les mesures nécessaires ?
Au nom de « l’Europe » il serait interdit de faire preuve d’indépendance et il ne serait possible que de livrer les peuples aux diktats de la troïka –FMI, BCE et commission européenne- pour les étriller, comme le peuple grec l’a été. La question posée est donc celle de la souveraineté nationale permettant la défense des intérêts du peuple français. La réponse n’est-elle pas celle d’une Europe des nations libres et souveraines, coopérant dans un respect mutuel, agissant conformément à l’intérêt des peuples ?
La rhétorique d’une « Europe sociale » à laquelle se raccroche « la gauche de la gauche » ne sous-entend elle pas que cette Europe, bâtie autour de la commission européenne, de l’Euro et des intérêts du capital financier, pourrait être infléchie, organisée, orientée dans l’intérêt des peuples ? Et penser cela est-il raisonnable ?
La question de l’Euro à la lumière des situations grecques, espagnoles, portugaises… et française comme monnaie unique n’est-elle pas posée de fait ?
Partant du sujet vital de l’emploi et de ses conséquences, le salaire, la protection sociale, les retraites, la possibilité de vivre, tout simplement, j’ai voulu aborder ces questions et quelques autres dans « Un CDD sinon RIEN »
En espérant que ce débat se mène car il concerne nos vies, la vie collective, la société que nous voulons ou ne voulons pas construire...


Jacques Cotta
Mardi 27 mars 2012




[1] Voir le sondage exclusif BVA pour le « Parisien » et « Aujourd’hui en France » réalisé le 26 mars 2012.


[2] Selon les indications données par le ministère du travail et par Pôle emploi, dont les chiffres sont inférieurs à la réalité du terrain, notamment par la non prise en compte de tous les radiés des listes, le nombre de demandeurs d'emplois s'élèverait à 4 547 300.


[3] Fralib, filiale d’Unilever, est confronté depuis septembre 2010 à la volonté de la direction générale de fermer l’usine de Gémenos dans les bouches du Rhône. Pour la troisième fois, les salariés sans le soutien attendu des pouvoirs publics, seront devant la justice le 4 avril pour contester une procédure de licenciements qu’ils jugent illégale…

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Commentaires

Parler des sujets qui fâchent par nouvellon jean claude le Mardi 03/04/2012 à 11:13

Parler de la misère, des gens à la rue, de la régression sociale, de la dette... pourquoi parler des sujets qui fachent, cela ne rapporte pas de voix.



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