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Olympe de Gouge dans "L'Humanité"

Par Jean-Paul Damaggio • Histoire • Dimanche 16/08/2009 • 0 commentaires  • Lu 2407 fois • Version imprimable


Par un article de Geneviève Fraisse, un portrait d’une page vient de rappeler aux lecteurs de l’Humanité l’histoire d’Olympe de Gouges sous le titre : « Olympe de Gouges, sa place est au Panthéon ! ». Le titre trahit un peu l’article puisque la question du Panthéon est seulement évoquée en conclusion par cette phrase : « Depuis vingt ans, les féministes réclament l’entrée d’Olympe de Gouges au Panthéon, monument des grands hommes. Il est sûr que sa Déclaration des droits de la femme est non seulement un geste historique remarquable, mais aussi l’invitation à une pensée rigoureuse de l’universel. »

De cet article je retiens plutôt cette phrase au sujet du fait qu’Olympe de Gouges se « réclame du centre et non de la gauche radicale : « C’est un paradoxe désormais bien connu que les plus révolutionnaires ne sont pas les plus féministes. C’est vrai pour aujourd’hui comme pour hier ; je sais ne pas plaire en écrivant cela. »

En conséquence, et si la radicalité politique d’Olympe de Gouges c’était plus une pensée rigoureuse de la politique qu’une pensée rigoureuse de l’universel ? Pour le dire autrement : plutôt que de noter d’un côté la grandeur de sa déclaration des droits de la femme et de l’autre sa position centriste, l’essentiel n’est-il pas, pour étudier Olympe, de voir comment elle articulait ces deux positions ? L’intérêt d’une telle étude permettrait de comprendre sans doute pourquoi persiste encore le fossé entre révolutionnaires et féministes (je suis d’accord avec G. Fraisse) et inciterait à repenser globalement le politique.

C’est à cette question que les Editions La Brochure ont décidé de s’attaquer en publiant déjà deux ouvrages au sujet de la Montalbanaise : ses deux premiers écrits politiques, et trois textes qui la présentèrent en 1860, 1900 et 1926[1].

Dans l’introduction au premier, René Merle note bien la question pour les textes de 1788 : « Olympe n’en préconise pas moins l’entente entre les Ordres et non l’affrontement. Les premiers signes avant-coureurs de la révolte sociale lui font deviner combien serait tragique un affrontement civil. » Nous sommes à ce moment loin de la déclaration des droits de la femme de 1791 mais déjà le positionnement politique est ferme et double chez elle : du côté du peuple mais pas au prix de risquer la guerre : le politique comme art du possible ?

Dans le court texte de Raoul Verfeuil, Montalbanais comme Olympe, qui fut en 1920 fondateur du parti communiste d’où il est exclu deux ans après (exclu par là même de la mémoire communiste), il trace un portrait d’Olympe en trois chapitres : l’écrivain, la révolutionnaire, la féministe. Bien sûr Verfeuil retrouve en elle son idéal personnel du révolutionnaire : personne « au grand cœur », « désintéressée », « généreuse », « patriote », « courageuse ». Il conclut ainsi : «J’ai montré qu’elle n’avait pas toujours déraisonné comme certains le laissent entendre : à plusieurs reprises, elle fit même preuve d’un sens politique avisé. Nous allons voir maintenant qu’elle eut des hardiesses d’opinions peut-être téméraires à l’époque, mais qui, obscurément, ont peut-être contribué pour une part, comme je l’indique au début de ces pages, à la naissance et au développement du féminisme d’aujourd’hui. »

Tout comme il me paraît fondamental de lier chez Olympe sa modération politique et ses engagements novateurs, il ne faut pas rompre le lien entre sa position féministe et son sens du politique. Pour dire que la question est permanente : Geneviève Fraisse parle de sa dénonciation de l’esclavage qui suscita en effet la contre-offensive des « négriers »… alors que la pièce de théâtre est d’une grande modération !

Pour le moment j’étudie l’importante postérité d’Olympe de Gouges en Amérique latine et je constate qu’on y braque, après la France, les projecteurs sur la féministe. Lire Olympe GLOBALEMENT c’est peut-être une façon de redonner un sens social au féminisme, et donc à la politique des démocrates. 15-08-2009 Jean-Paul Damaggio



[1] Olympe de Gouges, Lettre au Peuple et Remarques patriotiques, introduction René Merle, 2009, 106 pages 2009, 10 euros.

Mary-Lafon, Edouard Forestié, Raoul Verfeuil, Trois présentations d’Olympe de Gouges, 148 pages, 2009, 15 euros


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