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Pérou : Présidentielle des extrêmes

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Vendredi 15/04/2011 • 0 commentaires  • Lu 1626 fois • Version imprimable


Cette fois les résultats du premier tour sont là : le candidat de gauche Ollanta Humala avec 32% des suffrages arrive en tête, et Keiko Fujimori, fille de l’ancien président, avec 23% sera son adversaire du second tour, le 5 juin. Autant dire que les huit semaines qui viennent, vont être très animées au Pérou car les modérés sont dans l’embarras. Comment choisir entre les deux candidats ? Ollanta a troqué les habits de Chavez us&és en 2006 (c’est un milit aire qui a fait un mini-coup d’Etat contre Fujimori) pour ceux de Lula, et Keiko veut assurer la revanche de son père emprisonné, comme Montésinos, pour les pires malversations.

Mirko Lauer dans le journal de gauche la Republica montre l’embarras de la droite : d’un côté elle accuse la politique anti-sociale du gouvernement en place d’avoir conduit à ce résultat, et d’autre part elle prône une politique encore plus anti-sociale, quand, à l’opposé, Ollanta a bâti sa campagne, à la manière d’Obama, sur une politique de Sécurité sociale accessible à tous.

Les autres candidats perdants sont tentés d’adopter un discours : « Tout sauf Ollanta », mais l’un d’eux, l’ancien président Toledo qui a permis la chute de Fujimori, ne peut se résoudre à cette simplification, et Vargas Llosa lui-même, le premier à avoir été victime du Japonais en 1990, a émis l’hypothèse de voter pour Humala (dont auparavant il avait dit tant et tant de mal) suivant le type de campagne de second tour, car il n’est en aucun cas question pour lui de soutenir celle qui va remettre en piste les anciens dictateurs ! Mais pourquoi ce succès de Keiko ? S’agit-il seulement d’une tendance péruvienne ? Un masochisme local ? J’opte plutôt pour un témoignage de plus du pourrissement général de la politique, non seulement dans les sphères mafieuses des pouvoirs mais au sein du peuple.

Humala a un projet social classique dont les officines du Parti des Travailleurs du Brésil a assuré le marketing. Keiko n’a qu’un souci, sataniser son adversaire comme son père avait satanisé Vargas Llosa en 1990 ! Puis on verra la suite…

Humala présent au second tour de la précédente présidentielle a démontré depuis (il a fondé le Parti nationaliste), que son combat est un combat d’idées. Keiko se bat seulement pour le poste, pour les places, pour le pouvoir et certains préfèrent des retombées personnelles à des retombées sociales pour tous.

La descendante de Japonais, contre un homme lié plus sérieusement que Toledo au monde indigène, c’est aussi une particularité de cette élection qui risque de relancer diverses variantes du racisme classique de ce pays.

 

Le journal modéré El Comercio nous renvoie à une analyse qui elle aussi peut interroger au-delà du Pérou. Si les deux candidats arrivés en tête sont idéologiquement opposés, ils sont tous deux porteurs des aspirations… populaires que leurs discours ont pu capter. Fujimori a gardé beaucoup d’appui dans le peuple car il a su jouer de la méthode forte pour contrer le terrorisme, une méthode qui lui a permis d’atteindre son heure de gloire quand il mata les insurgés de la prise d’otages de l’Ambassade du Pérou en 1997. En réalité, les couches les plus populaires avaient jusqu’à présent accepté de se plier au jeu électoral classique mais cette année, avec l’utilisation par Ollanta et Keiko des méthodes de marketing qui touchent généralement le peuple pour des raisons commerciales, elles ont choisi « les mal notés » du système officiel. En réalité cette polarisation peut ne devenir qu’un effet jetable comme beaucoup de produits proposés à notre consommation. C’est si vrai que partout, ensuite – et Lula en a fait la démonstration – les politiques appliquées sont très éloignées des promesses. L’élection du président devient un événement en soi et rien d’autre.

 

Le peu de cas qui est fait de l’élection législative, qui définir pourtant les rapports de force dès à présent (elle se tient en un seul tour), prouve bien que nous sommes au-delà de la politique spectacle, pour atteindre le seul spectacle ; et dans un campagne le bon acteur devient le gagnant. Demain Ollanta peut battre Keiko Fujimori et découvrir qu’au Congrès le président n’est autre… que son frère qui est devenu Congressiste. Profitons-en pour observer que le parti du président sortant Alan Garcia, l’historique APRA, se retrouvera avec très très peu de députés (les comptes ne sont pas tout à fait terminés).

13-04-2011 Jean-Paul Damaggio

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