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Que signifie LKP ? Témoignage

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Dimanche 08/03/2009 • 2 commentaires  • Lu 2675 fois • Version imprimable


Un ami arrivant de Guadeloupe me dit : « tu devrais aller sur le site du LKP pour bien lire l’ensemble de leur plate-forme revendicative extrêmement riche et pratique ? » Je n’avais pas eu ce réflexe, me contentant du slogan répété par les médias, « relèvement immédiat d’au moins 200 euros » et je le regrette. En ouvrant le site, pour la première fois depuis très longtemps j’ai une alerte de virus. Ce mur étant franchi, j’ai choisi aussitôt : nos revendications (ka nou vle). Et je n’ai pas été déçu…

Pour être franc, ce qui m’a décidé à partir un peu pour cette France là, c’est une autre information que l’ami m’a donnée : les négociations pouvaient être suivies en direct à la radio, instrument populaire de communication.

En d’autres occasions, pour la dernière révolution en Equateur, pour les luttes en faveur de la régularisation des sans papiers aux USA, j’avais noté l’influence populaire de la radio. Si mes souvenirs sont bons Solidarnosc avait également obtenu que les négociations soient conduites en direct. Cette simple décision technique, retransmettre en direct les négociations, c’est un moyen très clair de faire vivre la plate-forme revendicative, et donc de développer le mouvement social. Ce point est aisément renouvelable. Il m’est arrivé suite à une manif de rencontrer un préfet et j’ai été sidéré par les propos ridicules des autorités et celui peu convaincant des responsables syndicaux, un peu comme dans une pièce de théâtre aux rôles convenus à l’avance. Je suis sûr que si des micros étaient exigés pour que la foule entende en direct, tous les préfets refuseraient de recevoir des délégations.

 

LKP, Liyannaj Kont Pwofitasyon est-ce un modèle d’organisation renouvelable ?. Quarante six associations se sont uni derrière un texte populaire incarné par un leader. Et la grève fut lancée pour obtenir satisfaction. Dans la démarche, chacun des mots est essentiel : unis, peuple, texte, leader, grève. Unis : on trouve tous les syndicats et deux partis politiques, Les Verts et le PCG, avec la grande diversité du mouvement associatif. Texte : il est construit en dix points qui expriment cette diversité. Il s’agit de : Niveau et conditions de vie, éducation, formation professionnelle, emploi, droits syndicaux et libertés syndicales, services publics, production agricole, aménagement du territoire, Kilti, arete pwofitasyon. Peuple : est-ce seulement les blancs riches contre les noirs pauvres ou l’inverse ? Non, d’après l’ami qui était présent, et je vais y revenir. Leader : sans tomber dans la culture du chef, le mouvement a besoin d’un responsable qui puisse faire l’unanimité, responsable à qui on a reproché d’être un fonctionnaire. Grève : elle devient très forte à partir du moment où les quatre points précédents sont réalisés, elle est le pouce d’une main qui a bien ses cinq doigts.

Ayant peu lu la presse française je ne sais si par exemple dans le premier chapitre elle a mentionné le point sur l’environnement : « contamination des terres par la chlordécone : définition des mesures sanitaires pour protéger les populations des zones contaminées e indemnisation des victimes professionnelles et civiles ». Daniel Mermet a fait une émission sur la question.

Au chapitre emploi voici la première ligne : «Priorité d’embauche pour les Guadeloupéens ». Est-ce que dans les négociations le point a été vraiment abordé et sous quelle forme ? D’où la question : qu’est-ce qu’un Guadeloupéen ? Globalement le social l’a emporté sur l’opposition île/métropole et le mouvement n’a pas fait avancer la revendication d’indépendance.

L’ami de retour de Guadeloupe a insisté sur l’évolution du rapport des forces : la lutte sociale a permis de montrer que côté élus, côté patronat, elle pouvait semer la division dans leurs rangs quand le LKP lui, restait unis. Des élus socialistes ont pu vérifier qu’en quarante jours le mouvement social a pu obtenir des avancés qu’ils demandaient depuis des années sans succès. Parmi les patrons, il y a les petits, ceux qui vivent de la consommation des habitants, ceux qui supportent mal le poids des orientations dominantes : tourisme et canne à sucre. Tous ne sont pas avec les mêmes intérêts. L’union du LKP a permis une rencontre entre les couches populaires et les classes moyennes. La revendication phare de 200 euros pour les bas salaires aurait pu démobiliser ceux qui n’étaient pas concernés mais la solidarité a fonctionné. Autour de 1900 il n’était pas rare dans les entreprises de voir des ouvriers très qualifiés dire aux patrons : « nous ne demandons rien pour nous mais si vous ne relevez pas les bas salaires, c’est la grève ! » Ce phénomène se produit aujourd’hui en Chine. Le patron est alors obligé soit de céder soit de remplacer des ouvriers décisifs dans son organisation. Les ouvriers très qualifiés, par cette générosité avaient conscience de défendre aussi leurs intérêts car si le bas de l’échelle ne monte pas, leur situation ne pourra s’améliorer.

Le LKP c’est tout ça, toute cette union public/privé, cette union classe pauvre/classe moyenne, et en résumé c’est une prise de conscience politique car si on ne fait pas tout tenir ensemble, alors on s’enferme dans des pièges automatiques. Il a été question par exemple de la redécouverte du marché local mais à mon sens elle tient au fait que pendant la grève on a le temps de faire de la cuisine à la place de l’achat d’un paquet de mousseline. Gagner du temps libre c’est un autre rapport à la consommation sans qu’il y ait là d’automatisme. Ne pas lier les deux et tant d’autres choses, c’est rater l’avenir. Je crois l’expérience renouvelable, même à plus grande échelle, si chacun mesure avec sérieux l’implication populaire qu’elle porte. Il faudrait prendre par exemple le chapitre service public et celui sur l’éducation pour voir comment il a pu être construit, pour développer la réflexion de tous. Simplement, je considère que comme la lutte a été relativement victorieuse, fait qui ne s’est pas produit depuis longtemps pour un mouvement social, le sujet ne peut pas être clos avec la signature de l’accord.

 

 


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Commentaires

par Serge_Gomond le Lundi 09/03/2009 à 22:54

Ce qui est écrit là, est fort intéressant, deux réflexions tout de même. Quand on utilise le terme de "classe pauvre", pour désignés des gens démunis, c’est gênant pour ceux que l’on affuble de ce qualificatif et c’est absolument faux. Dans un futur article, qui sera bientôt proposé au médiateur de notre site, ce sujet y sera traité dans l’une des notes supplémentaires et voici ce qui est écrit :

un homme riche, pour un homme fortuné. Ce n’est pas un hasard si on laisse supposé que les gens friqués sont "riches"; cela laisse supposé que celui qui a du fric, a la possibilité d’acheter tout ce qui lui plait (il a du fric), alors qu’en réalité et pour ne prendre que ce simple exemple, en ce qui concerne la durée de vie, l’homme fortuné ne pourra pas acheter le temps nécessaire à sa prolongation, ce n’est pas une marchandise ni disponible, ni monnayable … La richesse d’une personne c’est en général ce qui désigne ce que les gens fortunés ne peuvent acheter ; tout ce qui n’est  pas consommable ou monnayable (la gratuité, la générosité, la fraternité etc.).

Il vous suffit d’inversé les termes pauvres pour le remplacer par riches, et fortunés pour le remplacer par démunis ; mais la réflexion de fond reste la même. Certaines personnes démunies ont fait de gros efforts pour obtenir du temps libre afin d’essayer de s’enrichir dans différents domaines, et développer ainsi leurs connaissances. Tout le monde en profite, par exemple sur notre site, si leurs interventions peut en améliorer la qualité ?


Re: par Serge_Gomond le Vendredi 13/03/2009 à 15:11

et vice versa riches par pauvres etc.



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