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Quelques leçons de notre histoire… si l’histoire peut donner des leçons

Par la-sociale • Débat • Lundi 09/02/2026 • 0 commentaires  • Lu 57 fois • Version imprimable


Il y a beaucoup de choses à dire de l’Ukraine. Beaucoup de choses déplaisantes, comme la corruption des classes dirigeantes, les usines à bébés, l’importance des groupes qui se réclament du nazisme ou de Bandera, auxquelles il faut ajouter les manipulations et les manigances de la bureaucratie et des gouvernements européistes. À quoi il faut encore ajouter l’instrumentalisation de la « cause ukrainienne » contre les nations d’Europe.

Il y aurait aussi beaucoup de mal à dire de Poutine qui ne risque pas, lui, d’avoir une commission anticorruption sur le dos. Sans oublier le fait que Poutine n’est peut-être, à certains égards, qu’un moindre mal comparé aux cinglés panslavistes qui le poussent aux fesses.

Nous, simples citoyens, notre pouvoir d’action est limité, surtout depuis que la Commission s’est autonomisée, s’est dotée d’un « ministère des affaires étrangères » en la personne de la folle Kaja Kallas, et décide des investissements militaires à effectuer en se contrefichant des parlements nationaux. Nous ne pouvons faire qu’une chose, réclamer la paix, immédiatement, sans condition, arrêter le bain de sang du pire conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais nous devons aussi faire un effort de retour sur notre propre histoire. Car si les haines nationales alimentent les conflits à l’est de l’Europe, c’est le prix qu’il nous faut payer maintenant de ce que fut le stalinisme, c’est-à-dire le « socialisme réellement existant », le plus ravageur des systèmes totalitaires que nous ayons pu connaître. Je dis le plus ravageur, car il n’est non seulement rendu coupable de massacres épouvantables, mais aussi parce qu’il a attaqué à la racine tout idéal émancipateur. Le nazisme fut une horreur, mais il n’a jamais prétendu faire le bien d’une humanité libérée de ses chaînes. Au contraire, il a toujours dit avec une certaine franchise ce qu’étaient ses buts. Le système soviétique au contraire, fait le pire en prétendant faire le meilleur. Perversité suprême. Quelque part, Trotski dit qu’on pourrait croire que Staline avait copié Hitler, si ce n’était l’inverse ! Affirmation terrible, mais vraie, mais dont il faudrait tirer toutes les conséquences. Dès le départ, le parti bolchevik, « pour de bonnes raisons » montre que les ouvriers et les classes populaires en général n’ont pas leur mot à dire : les bolcheviks n’ont même pas 25 % des voix à l’Assemblée constituante, qu’à cela ne tienne, on dissout la constituante : première mise en œuvre de l’aphorisme brechtien : le gouvernement mécontent de son peuple dissout le peuple. Avant-garde révolutionnaire, les marins de Cronstadt sont bientôt tirés « comme des lapins » parce qu’ils se réclament du mot d’ordre bolchevik « tout le pouvoir aux soviets ». Sur le front, pendant la guerre civile, Trotski inaugure ce que fera Staline pendant la Seconde Guerre mondiale : on tire dans le dos des soldats qui ne font pas preuve de suffisamment d’héroïsme face à l’ennemi. Quand Trotski se rend compte, péniblement, du monstre issu de la révolution, il est trop tard et ses écrits, à côté de traits acérés et d’analyses pertinentes, tentent de sauver le bolchevisme et l’URSS du naufrage, en parlant « d’État ouvrier dégénéré » pour cette forme moderne et industrielle du « despotisme asiatique ».

On passera sur les grandes purges, sur le goulag, sur l’épouvantable « collectivisation » de l’agriculture, sur la surveillance permanente, les procès dégoûtants, sans oublier les intellectuels occidentaux venant au secours de la « patrie du socialisme », non seulement les Aragon et Eluard, mais tant d’autres encore. Mais il faut s’arrêter aussi sur les autres peuples victimes du système soviétique. La première invasion de la Pologne a lieu de février 1919 à février 1921. Le « droit de peuples » se révèle ainsi comme un slogan creux dans la propagande soviétique. En Ukraine, les cavaliers de Makhno, plutôt d’inspiration anarchiste, seront liquidés après avoir aidé les bolcheviks contre les « Blancs ». En Géorgie, le géorgien Staline se comporte comme un « argousin grand-russe », selon les propos mêmes de Lénine.

La Seconde Guerre mondiale commence par le dépeçage conjoint de la Pologne par Staline et Hitler. Comment oublier cela ? Comment oublier Katyn : le NKVD massacre des milliers d’officiers polonais, des étudiants, des médecins, etc.(autour de 20 000) ? Comment oublier l’invasion de la Finlande et l’annexion de fait des pays baltes en conséquence du pacte germano-soviétique.

Mais la guerre se termine aussi tragiquement. Alors que Staline avait désarmé la Russie en décapitant l’Armée rouge en 1938-39 et crut jusqu’au dernier moment à la sincérité du Pacte germano-soviétique, le peuple soviétique (les Russes, mais aussi tous les autres peuples [1]) se sont soulevés dans la « grande guerre patriotique », suivant en cela les traces du peuple russe de 1812-1814 qui anéantit la « grande armée » de Napoléon. Mais ensuite l’Armée rouge se manifestera par des exactions et des cruautés, que la guerre terrible qu’ils avaient dû mener expliquait, mais qui furent encouragées par l’état-major et qui feront presque oublier les nazis. Quand Varsovie se soulève, Staline ordonne à ses armées de laisser les nazis écraser le soulèvement et raser la ville. Partout dans l’est de l’Europe, en quelques années, la libération du joug nazi va laisser la place à la chape de plomb stalinienne, avec ses exécutions, ses purges massives et ses révoltes populaires noyées dans le sang.

Remarquons en passant que cette histoire reste largement escamotée dans toute une série de cercles intellectuels européens. Des historiens (sic) comme Mme Lacroix-Riz, s’emploient à réhabiliter le stalinisme. Des « vieux stals » tiennent volontiers l’armée de Poutine pour le prolongement de la « glorieuse Armée rouge » qui « a libéré l’Europe ». Et même chez ceux qui n’ont pas la nostalgie des années de la guerre froide, l’URSS et ses successeurs continuent de bénéficier d’une coupable indulgence.

Si on n’a pas tout cela en tête, on ne comprend rien à ce qui se passe aujourd’hui. Les haines nationalistes sont détestables, mais on doit en comprendre les causes, avant de juger. Que ces haines soient manipulées par les fauteurs de guerre est une chose, mais cela n’empêche nullement qu’elles aient de bonnes raisons. Le problème, ce ne sont pas « les Russes » : ce malheureux peuple a subi tant de décennies d’une monstrueuse tyrannie ,suivies du chaos et de l’effondrement économique de la période Eltsine, si bien que l’oligarchie de Poutine semble bienveillante… nonobstant cette guerre contre le « peuple frère » d’Ukraine. En outre, la haine des Russes, devenue une passion triste en Occident, est à la fois injuste (nous, Français, nous avons bien appris ne plus haïr les Allemands), raciste en son fond (les Russes auraient une nature d’esclaves, « slaves », comme les Grecs pensaient que les Perses étaient esclaves par nature) et elle fait le jeu de Poutine et des tenants de l’Eurasie contre l’Europe. Le russophobie est une arme de destruction massive au service des oligarques du Kremlin !

On sait que l’Ukraine est un pion entre les mains de l’impérialisme américain et de ses séides européens, qui n’ont rien à faire du sort de cette nation, on sait que les pays de l’OTAN voulaient pousser Poutine à la faute, sûrs qu’ils étaient de leur supériorité prétendue, mais Poutine a commis une faute politique (il s’est laissé pousser à la faute) et une violation du droit international en envahissant l’Ukraine [2], quoi que l’on pense par ailleurs des dirigeants ukrainiens actuels - on rappellera seulement que Zelensky avait été élu sur un programme de paix, qu’il s’est empressé de trahir sous la pression européenne et singulièrement anglaise. Quant à la « dénazification » prétendue de l’Ukraine, à part Poutine, il n’y a que l’Union européenne qui se sente autorisée à annuler ou truquer des élections qui ne lui plaisent pas...

Il faut la paix et cette paix devrait être non pas un simple armistice, mais le point de départ d’un vaste accord en Europe, scellant une confédération de peuples souverains, « de l’Atlantique à l’Oural ». C’est sans doute un peu utopique, mais nous n’avons pas d’autre choix que cette utopie réaliste si nous ne voulons que l’Europe s’effondre complètement et sa civilisation avec elle.

Le 26 janvier 2026

Denis COLLIN

PS : Ayant été assez longtemps trotskiste, je ne m’exonère nullement des erreurs de jugement que j’ai pu commettre trop souvent.


[1Si une fraction de la population ukrainienne ouvrit grand les bras aux troupes nazies et parfois se joignit aux pogroms contre les Juifs, c’est aussi en Ukraine que sont nés les premiers groupes de partisans luttant contre les nazis. Le principal mouvement de collaboration avec les nazis fut l’Armée Vlassov qui était russe


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