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Union sacrée contre la dette?

Par Denis Collin • Lutte de classes • Dimanche 04/09/2011 • 6 commentaires  • Lu 2233 fois • Version imprimable


 Le 18 août 2011, en lisant la presse, on pouvait apprendre ceci :

« Dans une déclaration commune, l'intersyndicale (CGT, CFDT, FSU, Unsa et SUD) "demande la tenue d'une véritable concertation sociale avec le gouvernement et le patronat pour examiner les mesures à prendre pour soutenir la croissance, soutenir l'emploi et réduire la dette, tout en garantissant la cohésion sociale. »

L’AFP ajoute que les syndicats représentés réclament  « des réponses nouvelles priorisant l'emploi, la cohésion sociale (...), la réduction des inégalités (...), la maîtrise des déficits publics. »

Sur la même ligne, on annonçait bientôt une journée d’action prévue pour le 27 septembre dans l’Éducation Nationale.

Entre ces informations et beaucoup d’autres de la même eau, il y a un lien. Les grandes organisations syndicales, à l’exception de Force Ouvrière, appellent à l’union sacrée derrière le gouvernement Sarkozy-Fillon pour faire face à cette calamité naturelle que serait la dette publique.

En effet, la revendication d’une « concertation sociale » pour déterminer les moyens de réduire la dette et l’exhortation à la « maîtrise des déficits publics », c’est exactement la ligne du gouvernement : union sacrée face à la dette. En s’associant à la démarche du gouvernement et du patronat, les organisations syndicales signataires demandent donc aux salariés de faire un effort pour régler les problèmes du capitalisme en crise. Il s’agit d’un nouveau pas vers l’intégration des syndicats à l’État.

 

On se rappelle qu’une des premières grandes mesures « sociales » de Sarkozy a été de réviser les règles de la représentativité syndicale, en vue de privilégier la CGT et la CFDT et de marginaliser les organisations syndicales qui traîneraient les pieds dans la voie du « syndicalisme d’accompagnement ». Sarkozy avait évidemment été soutenu par Thibaud et Chérèque. Lesquels avaient ensuite largement contribué à faire passer la nouvelle réforme des retraites en diluant la mobilisation dans des journées de grèves et des journées d’action « saute-mouton », refusant avec obstination l’appel à la grève générale interprofessionnelle jusqu’au retrait de la réforme. L’appel indirect à soutenir le gouvernement dans la lutte « contre la dette » s’inscrit dans cette logique.

Alors que tous les syndicats de l’enseignement dénoncent les conditions catastrophiques de la rentrée, la FSU en appelant à l’action pour le 27 septembre, c’est-à-dire trois semaines après la rentrée, signifie clairement qu’elle laissera le gouvernement faire sa rentrée dans le calme. La FSU, signataire du communiqué unitaire d’août, est bien, elle aussi, inscrite dans le dispositif de l’union sacrée pour l’austérité.

Ajoutons, pour compléter le tableau, que les élections professionnelles dans l’enseignement (élections des délégués aux CAP et CTP) se tiendront à la va-vite à la mi-octobre et qu’elle se feront par la voie informatique avec des procédures suffisamment compliquées pour décourager les électeurs les moins motivés ou les moins informés. On s’attend à une baisse importante de la participation dans un contexte où les nouvelles règles de représentativité favorisent clairement le syndicat majoritaire, la FSU… La boucle est bouclée. Alors que FO est devenue la deuxième force syndicale de la fonction publique, il s’agit de tenter de marginaliser une fédération qui défend avec constance le statut des professeurs, la laïcité, et les disciplines scolaires.

On notera avec un brin d’ironie que SUD, dont les liens avec le NPA ne sont un secret pour personne, s’est joint au concert de ceux qui veulent se concerter avec le patronat et le gouvernement pour maîtriser la dette. Ces bons révolutionnaires approuvent ainsi la ligne défendue avec constance par François Hollande et, à voix un peu plus basse parfois, Martine Aubry. De même, quand on sait que nombre de dirigeants de la CGT et de la FSU sont membres ou sympathisants du « Front de gauche », on pourra mieux apprécier le radicalisme verbal des déclarations de campagne électorale.

On ne doit donc pas se laisser prendre au piège de « l’unicité » syndicale et des « intersyndicales » qui ont si bien joué leur rôle d’étouffoir l’an dernier sur la réforme des retraites. L’unité à construire, c’est d’abord celle de toutes les victimes de la politique d’austérité, laquelle n’est que la conséquence de la défense acharnée du capitalisme en crise. Face aux revendications du capital, prêt à dévorer la société tout entière pour garantir son taux de profit, la question du rassemblement de tous, travailleurs salariés, travailleurs indépendants, jeunes, autour de cahiers de revendications est posée. C’est à la mesure de cette tâche que l’on pourrait apprécier les déclarations des uns et des autres dans le contexte électoral qui s’annonce.

 

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Commentaires

Merci par Anonyme le Lundi 05/09/2011 à 00:32

Un papier que je diffuse , à très vite . Amicalement


Re: Merci par Eric Taillandier le Lundi 05/09/2011 à 00:34

Merci à La Sociale !


par bordes le Lundi 05/09/2011 à 19:49

Et les bêtises syndicales continuent........
Alors que je suis chômeur par la volonté d'un très grand groupe aéronautique français et toujours syndiqué à la CFDT, je ne peux m'empêcher de me remémorer l'appel lancé en 2002 par ce dernier qui concernait à voter Chirac plutôt que Le Pen, ce qu'évidemment j'avais fais à l'époque car comme l'avais dis un certain général à son époque:
"Mieux vaut la chienlit que........."
Nous sommes sans arrêt bernés par tout ce qui nous entoure, il est grand temps que le Front de Gauche remette de l'ordre dans ce systême médiaco-polito-syndical ultra pourri
Merci à vous
Cordialement
Christian


Jounées de dupes par regis le Mardi 06/09/2011 à 03:08

Bien entendu vous avez raison. La Fsu et ses comparses avec leur journée fort décalée, « l’intersyndicale » Thibault, Chérèque et consorts, avec la leur, pas le même jour. Journées sur lesquelles il faudrait être imbécile pour se faire une quelconque illusion va aussi contribuer à chasser du champ syndical tout ce qui n’est pas idéologue de la « gôche » (authentique ou non, le capital les reconnaîtra tous). Vider les syndicats de leur contenu de classe, approfondir la désyndicalisation, écoeurer, faire constamment des démonstrations d’impuissance, de la loi d’airain du pot de terre contre le pot de fer, qu’il n’y a pas d’autre alternative que de rembourser servilement la dette créée par le capital, comme, hier ils combattaient pour que soit interdit de revendiquer haut et fort le RETRAIT de la loi sur les retraites.

Il faut clairement dénoncer ces manipulations qui font qu’en bas un certain nombre de salariés croient agir pour leurs revendications car qui va crier en guise de slogan « maîtrise des déficits publics » ou « véritable concertation avec le gouvernement pour réduire la dette » ? Ce sont pourtant des objectifs issus du communiqué commun…

Des objectifs réactionnaires contraires aux revendications.


Lien croisé par Anonyme le Mercredi 21/09/2011 à 07:47

l'existence determine la conscience : " Un excellent article sur le site La Sociale :"


Lien croisé par Anonyme le Vendredi 07/10/2011 à 16:48

Dans la PRESSE - Dans le WEB : "Lire la suiteUnion sacrée contre la dette?Lire la suite"



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