S'identifier - S'inscrire - Contact

Woerth, capital et travail

Lettre genevoise 10

Par Gabriel Galice •  • Dimanche 04/07/2010 • 1 commentaire  • Lu 2090 fois • Version imprimable


La presse suisse s’ébaudit de l’affaire Bettencourt-Woerth. La Tribune de Genève du 2 juillet 2010 enquête et fulmine. La première page annonce : « Genève au centre de l’affaire Eric Woerth », tandis que la page trois indique « Un « Genevagate » menace Mme Bettencourt et les Woerth ». D’ordinaire discrets, des gérants de fortunes parlent. « Eric Woerth, qui avait fait de l’évasion fiscale sa priorité, nous a longtemps fustigés comme des ennemis numéros un (…) Mais savez-vous qu’au même moment, sa femme Florence, l’une des gérantes de fortune de Liliane Bettencourt, était vue très souvent dans le « familiy office » de la milliardaire française, qui se situe à deux pas de l’hôtel d’Angleterre ». Le compte de Vevey serait de 65 millions d’euros, celui de Genève de 16 millions. Sous la signature d’Elisabeth Eckert, le journal évoque Pierre Condamin Gerbier, responsable UMP à Genève et gérant de fortunes. Il avait organisé « le dîner de gala au Crowne Plaza, puis au Caviar House, avec les plus grandes fortunes françaises exilées en Suisse romande, en mars 2007 lorsque Woerth était venu collecter les fonds pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy ». L’éditorial de Jean-Michel Cuenod, correspondant à Paris, se demande carrément : « Que vaut la parole de la France ? » : « Un jour, la Suisse est balancée sur le banc d’infamie. Un autre, elle est courtisée pour le financement des campagnes électorales ». La main gauche du ministre Erich Woerth ignore ce que fait la main droite de trésorier de l’UMP, Eric Woerth. Rien que de très banal au fond, sous le régime de la démocratie de marché capitaliste. Le capital fonctionne à la contradiction, le marché à la concurrence et la démocratie aux accommodements. D’un point de vue helvétique, l’originalité est d’avoir mis les banquiers et gestionnaires de fortune suisses sous pression pour amuser la galerie et bluffer le populo, en s’attirant les foudres des intéressés, un tantinet rancuniers. Dans son style plus sobre, le quotidien zurichois Neue Zürcher Zeitung du 27 juin, titre « Frankreichs Saubermann im Zwielicht » (Le Monsieur propre français en clair-obscur) avant d’évoquer en Liliane Bettencourt, héritière de l’Oréal, « la femme la plus riche d’Europe ».

Le Courrier de Genève du 26 juin titre « Affaire Bettencourt : les soupçons s’accumulent France - Un procureur proche de Nicolas Sarkozy est suspecté d’avoir favorisé Liliane Bettencourt, la milliardaire mécène de l’UMP. Malaise » Avec en photo le procureur Philippe Courroye, qui « avait en main tous les éléments pour lancer une enquête fiscale en bonne et due forme ». Ite missa est.

J’écrivais en février, dans ma Lettre genevoise n°4, dénonçant la tartufferie des contempteurs de la Suisse : « Il convient de balayer la neige devant sa porte et de ne pas faire prendre les vessies des affaires pour les lanternes de la morale ». La neige a fondu mais le balayage devant sa propre porte reste hygiène nécessaire.

L’affaire met à jour la privatisation de l’Etat, corollaire de la régression du bien public. La France le vit sur son registre, l’Italie sur un autre et ainsi de suite.

Mais Woerth est passé du ministère du budget à celui du travail, en charge du dossier des retraites. L’ « honnête homme » (Claude Guéhant, secrétaire général de l’Elysée dixit) serre la ceinture des salariés et s’affiche généreux avec les grandes fortunes. Le total de la fraude fiscale s’élève à une fourchette de quelque 30 à 40 milliards par an en France (le ministre semble l’avoir encouragée), soit au bas mot 2% du PIB. De quoi équilibrer les comptes des retraites ou du budget général.

Bref, Eric Woerth et ses collègues, président et ministres, ne donnent pas le sentiment de tenir équilibrée la balance entre le capital et le travail. Faut-il s’en étonner ?

Gabriel Galice – 4 juillet 2010
 

 


Partager cet article


Commentaires

Avoir une attitude juste ? par J F LAMBERT le Mardi 06/07/2010 à 16:25

Dans nos systèmes démocratiques, nos élus sont là, en principe, pour administrer le bien public. 
Non seulement ils sont souvent conciliants, voire complices, avec un système financier cannibale dont les effets sont désastreux pour nos systèmes sociaux donc pour la façon dont nous souhaiterions "vivre ensemble". Mais en plus ces élites profitent de leur position pour ménager voire ne penser qu'à leurs seuls intérêts... Leur défense est étonnante. Attention vous faites le jeu des partis populistes ou extrêmistes... Ce n'est pas le premier cas dans l'histoire mais avouons que cela devient démobilisant !  



Archives par mois


La Sociale

Il Quarto Stato