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Européennes : Le maître et SON opposant

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Mercredi 10/06/2009 • 2 commentaires  • Lu 1212 fois • Version imprimable


Pendant des siècles le maître ne supportait pas le moindre opposant, d’où la culture du complot et de la révolution de palais pour ceux qui souhaitaient quelques changements. Avec le 18éme siècle est née l’idée de la fin du maître tout puissant, et de droit divin par dessus le marché. Au cours du 19éme siècle la mise en place de la démocratie a pris deux directions opposées, à partir de deux révolutions opposées. Aux USA la domination globale du capitalisme sur toute la société, après la guerre de sécession, a permis au système d’imposer définitivement la forme politique adaptée, deux partis pour une alternance. En Europe, le développement de la démocratie a devancé l’instauration de la domination capitaliste globale, ce qui a fait du système politique un imbroglio toujours en mouvement. Le bipartisme est devenu l’ambition générale des Maîtres mais les Européennes elles-mêmes nous confirment cet échec : les modèles européens en la matière étaient Allemands et Britanniques, or le bipartisme y explose en quatre partis. Il semble que ce soit plutôt en Italie (34% t 26% pour les deux premiers) et Espagne (42% et 38% pour les deux premiers) que le bipartisme fasse des progrès.

Pour la France, l’idée de l’UMP c’était de constituer un des deux partis dominants. Mais qui sera l’opposant admis à jouer le jeu de l’alternance ? Contrairement à ceux qui pensent que le but de Sarkozy c’est de tout manger, je considère que son sens politique lui impose de se trouver une opposition officielle. Il ne s’agit pas d’une pratique nouvelle dans nos mœurs politiques : depuis toujours les partis se plaisent à avoir des relais dans diverses organisations (y compris quand ils sont petits). J’insiste, il ne s’agit pas pour les Maîtres, de comploter, mais d’être informé. L’action ne se déroule pas dans des cercles étroits mais sur la place publique.

Pour les Européennes, Sarkozy a préparé depuis longtemps SON opposant circonstanciel et il ne s’agit pas de simples manœuvres tactiques. Tout a commencé par la récupération du mot « Grenelle » dans le cadre du « Grenelle de l’environnement » qui n’avait rien d’un « Grenelle » et si peu « d’environnement ». L’homme clef de l’opération avait envisagé un moment d’être candidat à la présidentielle d’où un livre en commun avec Pierre Rabhi. Il préféra laisser la voie libre à son ami Sarkozy en échange de ce fameux « Grenelle ». Le capitalisme vert qui se met en place n’est pas une façade qu’il s’agit de repeindre mais une réorganisation générale du système, comme il y en eut d’autres quand on est passé à la domination du chemin de fer puis à celle de la route.

Nicolas Hulot peut être content (pour ses liens avec Sarkozy ils étaient lisibles dans des communiqués communs qui se font plus rares). Le projet HBC (Hulot-Bové-Cohn-Bendit) lancé dans Libération et Le Monde (très unis sur ce point) avec Noël Mamère aux commandes, a fonctionné au-delà des espérances. C’est dès le 28 mai 2008 que l’info est divulguée sur Libération par Matthieu Ecoiffier. Sylvia Zappi n’a pas été en reste pour offrir ses bons offices. Beaucoup d’écologistes furent médusés : l’anti-libéral Bové aux côtés du libéral Dany, ça serait donc possible ? L’opération démontre deux phénomènes indigestes pour les partis : l’espoir écologiste existe chez beaucoup de citoyens, et la fabrication du politique se fait par les médias. Sur ce point les Verts ont été un laboratoire idéal pour les maîtres des médias, depuis le jour où une campagne du Monde a empêché la candidature Lipietz, que les Verts durent remplacer pour la présidentielle de 2002 par Noël Mamère.

Parler « d’opération HBC » ne signifie pas que parmi les candidats et les électeurs il n’y a pas eu des personnes sincères, tout comme il y a eu autrefois beaucoup d’électeurs et de dirigeants communistes qui croyaient honnêtement au discours sur les merveilles de l’URSS.
C’est dans cette opération, que j’inscris la projection du film Home et le débat qui a suivi sur France 2. J’avais des petits pois du jardin à écosser alors je me suis mis devant la télé et, médusé, j’ai suivi jusqu’au bout l’émission. « Sauvons la planète », un discours généreux, unitaire, bon enfant, avec en passant, dans le débat deux ou trois coups de chapeau au « Grenelle de l’environnement » : j’ai entendu là le discours des écologistes formatés HBC, ou formatés « Alliance des écologistes indépendants » dont le score est aussi spectaculaire que les listes Cohn-Bendit. J’aurais souhaité une enquête sortie des urnes pour évaluer l’impact de l’émission sur le vote car j’ai pu expérimenter l’effet d’un émission télé : Rika Zaraï ventant le bon effet des betteraves rouges crues, deux jours après sur le marché les vendeurs de ce légume furent dévalisés, mais quatre semaines après, la vente est redevenue « normale ».

Il y a eu une polémique sur ce point, une polémique de mauvais perdants pensent certains et si je n’avais pas vu le film je serais d’accord avec ces derniers (voir la note importante pour alimenter la polémique). Or j’ai entendu la responsable de France 2 dire que la date était prévue depuis un an, tandis que Yann Arthus-Bertrand précisa que la date avait été fixée depuis deux ans ! Qu’ils se mettent d’accord pour se justifier ! De toute façon, dans les deux cas, tout le monde savait que ça serait à la veille d’une élection européenne, qui ne pouvait se tenir que le 7 ou 14 juin. Rappelons que le film est grassement payé par les multinationales les plus élégantes et que Arthus-Bertrand sévi parmi les écotartuffes depuis belle lurette. Bien sûr, c’est le public qui a fait le succès du film et non le film qui a fait le succès de Cohn-Bendit. Je note seulement une coïncidence. Cette polémique, une fois de plus, veut faire l’impasse sur toute réflexion concernant les médias et le politique, un point où, comme sur d’autres, Sarkozy a plusieurs longueurs d’avance. J’indique en passant que si la vague de droite et l’échec social-démocrate fut général en Europe, le succès des écologistes fut très français (les Verts passent en Europe de 42 députés à 48).

Après la victoire des Verts aux Européennes de 1989, Mitterrand décida d’inventer Génération Ecologie avec l’aide de Brice Lalonde, comme il inventa ensuite Tapie. Que le Maître se cherche un opposant ou un allié à sa mesure n’est donc pas nouveau ! Avec Sarkozy la formule prend cependant des airs de Second Empire et ne pas prendre conscience du phénomène (le maître et SON opposant) c’est schématiser un fonctionnement qui ne permet pas de se faire comprendre du plus grand nombre.

Que sortira-t-il du succès de HBC ? Comme pour le succès du NON en 2005, les lendemains risquent d’être amers. Jean-Paul Besset, l’élu bras droit de Nicolas Hulot dans cette opération, que Cohn-Bendit s’est gardé de nommer le soir des élections, va pousser pour une organisation écologiste qui soit un satellite de l’UMP, quand d’autres vont opter pour une organisation autonome, tandis que les troisièmes se voient déjà en satellites du PS. Cohn-Bendit a déjà annoncé la couleur au PS : on veut entre 15 et 30 députés aux prochaines législatives ! Une entente pour les législatives qui conditionne l’entente pour les régionales de 2010 (combien de présidents de régions ?) et qui fait sourire par avance Sarkozy, car l’heure des marchandages va continuer de fatiguer une bonne part de l’électorat de gauche qui va continuer de manifester son désespoir en s’abstenant.

10-05-2009 Jean-Paul Damaggio

P.S. Sans le moindre désespoir, je précise en toute transparence que j’ai voté blanc.

Note :
Ce message a été envoyé aujourd’hui à tous les fonctionnaires de la DDEA d’un département, par le directeur lui-même, aux employés :
« A la demande du Préfet, je vous transmets le message suivant :
Le Ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire a souhaité offrir la possibilité à tous les agents des services de l'État de voir le film "Home" de Yann Arthus-Bertrand, récemment diffusé sur France 2. Ainsi, une projection de ce film est organisée à la préfecture le vendredi 26 juin à 9h (grande salle à manger). Pour des raison pratiques, merci de vous faire connaitre auprès de l'unité communication de la DDEA. »


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Commentaires

par Serge_Gomond le Jeudi 11/06/2009 à 11:40

Jean-Paul Damaggio écrit : « …Rika Zaraï ventant le bon effet des betteraves rouges crues, deux jours après sur le marché les vendeurs de ce légume furent dévalisés, mais quatre semaines après, la vente est redevenue « normale ». … »

 

Denis Collin écrit : « …Quant à Europe-Écologie, c’est un produit contingent d’une situation exceptionnelle, qui n’a gagné que sur les décombres des illusions du PS et de Bayrou. Mais Europe-écologie n’existe pas… » ainsi que « …Bref, la nouvelle alliance de gauche, l’alliance arc-en-ciel que Cohn-Bendit appelle de ses vœux est morte avant d’avoir le jour. L’expérience italienne dit quel est l’avenir de ce type de coalition… »

 

L’effet "betteraves" risque encore une fois de se confirmer, et la stratégie court termiste du "grand stratège " faire long feu. De plus impossible pour lui d’évacuer pour la énième fois la réalité de terrain et cette évidence incontournable, l’alliance objective avec son frère siamois, le PS, et ce qui arrive à l’un risque fort d’arriver à l’autre.  


verts, pas rouges par regis le Vendredi 12/06/2009 à 03:24

Je ne peux être d’accord avec votre texte car il me semble reprendre la vieille antienne du président omniprésent, omniscient, omnipotent. Et si le pouvoir n’était fort que de la « complicité » (je n’avance pas le thème de la trahison…) et de la bêtise de ses adversaires ?

Qu’es-ce qui sépare, au fond, l’UMP de l’écrasante majorité de « l’offre politique » ? Où est l’audace de cette « opposition » ? Tous veulent réguler…le capital. Tous veulent « changer l’/d’Europe » c-a-d s’inscrire dans ce carcan. Ils oublient que Sarkozy aussi travaille à changer l’Europe en commençant par le pays dont il est président : attaques frontales contre le travail, OTAN…

Le mouvement syndical y contribue à sa manière avec les journées d’action d’ailleurs de moins en moins suivies.

Tous se conjuguent pour persuader qu’il n’y a pas d’alternative.

L’élection européenne : le peuple a compris que, quoiqu’il vote, il sera le perdant et comme le dit humoristiquement Denis Collin « les vieux riches ont voté ». Alors, dans ce cadre, il est possible qu’une manœuvre de diversion puisse produise un certain effet mais ne l’exagérons pas. Pensez vous qu’il en serait de même dans un cadre plus sérieux ?

Est-il aussi possible de rompre avec des pratiques économiques détruisant la planète sans remettre en cause le capitalisme et sa sacro-sainte propriété des moyens de production ?

C’est tout le problème des verts (ni rouges, ni blancs !).           



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