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L'OMC à Buenos Aires : TLC UE-Mercosur

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Mercredi 13/12/2017 • 0 commentaires  • Lu 900 fois • Version imprimable


Depuis que le président Trump s'élève contre les traités de libre commerce les rencontres de l'OMC sont passées au second plan. Pourtant celle qui se déroule en ce moment à Buenos Aires avec les représentants des 164 pays membres, n'est pas négligeable d'autant qu'elle est présidée par le président de l'Argentine qui en matière de néo-libéralisme est en pointe. Le discours que Mauricio Macri vient de prononcer à l'ouverture n'a pu que satisfaire les puissantes multinationales présentes. "Diminuer les obstacles au commerce c'est la meilleure façon de lutter contre la pauvreté" a-t-il martelé. Alors vive les partenariats public-privé qui n'ont rien de partenariats ! Allez savoir pourquoi il a aussi rappelé la place importante que les femmes doivent avoir dans l'économie : "Il n'y a pas de croissance économique si elle n'inclut pas la moitié de la population."

 

La perte de vitesse de l'OMC se traduit notamment par son incapacité, depuis plus de quinze ans, à faire commencer le grand cycle de négociations, dit "de Doha", mais aussi à régler les désaccords entre certains membres et la Chine, entrée dans ses rangs en 2001. Mais cette fois va-t-on aboutir à la signature d'un nouvel accord Mercosur-UE ?

 

Les présidents des pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), se sont réunis avec des représentants de l'Union européenne pour fixer l'éventuelle date de la signature à la fin du mois.

Ancienne ministre argentine des Affaires étrangères et ex-directrice du cabinet de Ban Ki-moon à l’ONU, Susana Malcorra va donc présider la 11e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Buenos Aires. Voilà ce qu'elle pense :

« C’est clairement une période difficile. Le commerce se trouve à un carrefour. Certains le voient comme le diable à l’origine de tous les problèmes. D’autres croient que se refermer sur soi-même est un moyen de survivre dans cette période d’incertitude. Il y a un lien entre ce que le commerce vous procure, ce que les disruptions technologiques provoquent, et il y a une confusion entre les deux. Tout cela crée une atmosphère dans laquelle certains acteurs majeurs qui sont à la base de la création de ce modèle [l’OMC] commencent à s’en distancier. C’est ce qui rend le climat actuel compliqué. Cela dit, même les pays qui sont le plus sur la défensive reconnaissent que l’OMC est utile. »

 

Des opposants se font entendre. La décision de l'Argentine de refuser l'entrée du pays à plusieurs militants et ONG pourtant accrédités n'a pas refroidi les manifestants qui sont restés non violents. Le Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel est à la tête de ce mouvement avec des centaines d'élus, des dirigeants syndicaux, des économistes et des organisations sociales. Ils ont publié un long communiqué commun qui explique leur refus en particulier du TLC Mercosur-UE qui en France ne fait pas l'ombre d'un débat (tout comme le TLC avec les pays côté Pacifique d'Amérique latine qui a été signé il y a six ans et y compris par Rafael Correa juste avant qu'il ne quitte le pouvoir).

Ils dénoncent le secret qui concerne les négociations, secret qui n'a pas été évoqué dans l'Union européenne comme si pour le CETA il y a problème, mais pas pour le Mercosur. Or l'évidence saute aux yeux : ce sont les mêmes puissances multinationales qui pèsent le plus.

Le Venezuela de Chavez qui a fait tout son possible pour entrer dans le Mercosur a finalement été écarté ce qui pour les mouvements sociaux est un signe inquiétant. Par contre, l'Uruguay participe sans problème aux dites négociations et semble prêt à signer.

Sur quoi porte ce traité ? Sur douze chapitres : le commerce des biens, les règles sur l'origine des produits, les moyens sanitaires et phytosanitaires, les obstacles techniques au commerce, la défense commerciale, les services, les achats gouvernementaux, les douanes, la propriété intellectuelle, le développement soutenable, les tribunaux de conciliation, la défense de la compétitivité.

De nombreux mouvements s'opposèrent à l'ALCA (accord de libre commerce des Amériques) et ils arrêtèrent ce processus. Mais il faut le reconnaitre contre l'accord Mercosur-UE le mouvement est moindre. La déclaration signée par les organisations comprend treize points qui s'appuient sur les combats classiques des opposants aux traités de libre commerce : défendre la production et la souveraineté nationale, non pas au nom d’un repli mais au nom du fait que les puissantes multinationales ne regardent que leurs intérêts particuliers sans respecter les coutumes, les droits et les originalités de chaque pays. De plus l’accord entre Mercosur et UE est de nature à mettre en cause l’intégration des économies au sein du Mercosur, ou aux relations sud-sud.

Pour développer la protestation il faudrait pouvoir présenter le bilan de l’accord entre UE et les pays andins (Chili-Pérou-Equateur-Colombie) mais le sujet ne donne lieu à aucune étude, y compris du côté des démocrates en Europe. Jean-Paul Damaggio


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