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Les élections grecques: un appel à tous les peuples d'Europe

Sirtaki, Flamenco, Java... Après la Grèce, l'Espagne, la France... A qui le tour?

Par Jacques Cotta • Actualités • Lundi 26/01/2015 • 3 commentaires  • Lu 2760 fois • Version imprimable


Après la victoire de Syriza en Grèce, les discours vont bon train sur la question de la dette. Sans jamais préciser de quoi il est question, les commentateurs de tout poil y vont de leurs pronostics et de leurs conseils. Renégocier pour les uns, rééchelonner pour les autres, payer pour les troisièmes… Quelle que soit la préconisation du moment tous se retrouvent sur une même ligne : que la Grèce –et les pays qui auront à se prononcer prochainement- demeurent dans le carcan de l’UE ! Voila qui semble l’essentiel… Pour tenter d’y voir clair, un bref retour sur les résultats, leur signification, et les réactions officielles est nécessaire. Cela d’autant que les résultats en Grèce pourraient permettre d’ouvrir une page nouvelle pour l’ensemble des peuples d’Europe. Une page heureuse en montrant que la volonté des peuples est plus forte que celle de l’oligarchie politique, économique, financière et médiatique qui gouverne, ou une page funeste dans le cas d’une capitulation face à l’UE qui serait interprétée inévitablement comme l’impossibilité absolue de se dresser contre l’Europe de Maastricht et des différents traités qui ont suivi.

Premier constat

Le peuple grec a exprimé sa volonté, nette, indiscutable. En lui donnant plus de 36% des voix, il permet à Syrisa de devancer de près de neuf points le parti conservateur de la Nouvelle démocratie dont les chantages classiques au chaos n’ont eu aucune prise sur la consultation électorale. Au cours de ses interventions, le premier ministre sortant Antonis Samaras n’a pas manqué de marteler que « Syriza ne sait pas ce qu'est l'Europe, ne comprend pas l'Europe (...), et va dresser l'Europe contre nous", évoquant une menace venue des marchés en cas de victoire de son rival. "Lorsque cela se produit, quelques jours suffisent à nous refaire plonger dans les déficits". Cette stratégie ne s'est pas avérée payante : avec un peu plus de 27% des suffrages, le parti au pouvoir est en recul par rapport au scrutin de 2012, où il avait obtenu près de 30% des voix.

Mais la déroute, la vraie, c’est le PASOK qui l’a rencontrée avec un peu plus de 4% des suffrages et 13 sièges contre 33 en 2012. Imaginez. Si des résultats comparables avaient lieu en France –ce qui ne saurait sans doute tarder avec la politique menée par le gouvernement Hollande Valls- le parti socialiste se retrouverait avec 28 députés sur 577. Un effondrement à l’italienne du parti social démocrate de Papandréou qui inaugura la politique d’austérité sous le diktat de la Troïka –l’UE, la BCE et le FMI- au lendemain de la crise des subprimes. Le PASOK paie ainsi l’addition d’une politique liée entièrement aux intérêts du capital financier, paie la note de la corruption, paie la note des accords avec les partis de droite. La Grèce préfigure la France. Les mêmes causes –une politique tournée vers les intérêts du Medef et du capital au détriment du travail, une corruption qui avec plusieurs ministres a atteint les plus hauts niveaux de l’état, et une politique soutenue par l’UMP- risquent fort dans les temps qui viennent de donner les mêmes effets. Lorsque la déroute se présente, elle est brutale. Ainsi le Pasok faisait encore 44% des voix en 2009, avant d’être le bras armé officiel de la Troïka…

Enfin l’extrême droite, hier centre d’intérêt quasi exclusif des médias, notamment des médias français. « Aube dorée », avec un peu plus de 6% des voix, se retrouve loin derrière dans les urnes, même si dans la rue il lui arrive de tenir le haut du pavé en faisant le coup de poing contre les étrangers…

FN – PS même combat ?

Dés les résultats connus, Marine Le Pen s’est félicitée. Incroyable ! Elle possède pourtant un parti frère du FN en Grèce qui s’est rétamé. Mais au monde d’Orwell, rien n’arrête les responsables politiques dans la volonté de brouiller les cartes pour tenter d’interdire au commun des mortels de comprendre la réalité des faits.

L’attitude de Marine Le Pen qui voit soudain en Syriza un objet de satisfaction n’a rien à envier à celle du parti socialiste, semblable dans la nature. Le parti frère du PS, le PASOK s’est effondré. Exit donc le PASOK, ce membre comme le PS de la deuxième internationale que présidait George Papandréou quand, premier ministre, il lançait les premiers plans d’austérité et déroulait le tapis rouge à la Troïka venue saigner le peuple grec en menaçant jusqu’aux fondations du berceau de la civilisation.

Ainsi, le PS, sans vergogne, s’est félicité, dimanche soir, « de la victoire des forces de gauche en Grèce », « une bonne nouvelle pour le peuple grec[1] ». Honte à eux qui avant l’élection refusaient de recevoir Alexis Tsipras alors qu’il parcourait l’Europe pour forger des alliances. « La ligne anti-austérité est aujourd’hui renforcée en Europe. Depuis 2012, François Hollande et les leaders sociaux-démocrates sont à l’œuvre pour réorienter l’Union européenne. Ils trouveront en Alexis Tsipras un nouvel allié », ose écrire l’officiel du PS dans un communiqué. Qui ajoute : « C’est unie que la gauche fera triompher l’Europe de la croissance, de l’emploi et de la solidarité. »

Quant à Jean Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, pas en reste, il se félicite en indiquant que « La victoire d’un parti de gauche est toujours une bonne nouvelle pour le Parti socialiste ». Puis ne craignant pas le ridicule, le voila qui affirme que « le PASOK fait mieux que 3% qu’on lui promettait. C’est toute la gauche qui progresse[2] ».

Parole, parole dit la chanson !

Marine Le Pen préconise sur le fond –même si elle s’en défend-la politique de la Troïka concernant l’essentiel des questions économiques et sociales.

Quant aux responsables socialistes, ils appliquent au lendemain de l’élection grecque, comme ils le faisaient la veille, la politique de la Troïka qu’ils représentent en France. Ainsi en est-il du pacte de compétitivité et des milliards offerts au capital au détriment du travail, ainsi en est-il de la loi Macron que déjà bon nombre de députés UMP disent vouloir adopter avec ceux du PS, ainsi en est-il de l’ensemble des mesures réactionnaires qui détricotent minutieusement ce qui constitue notre pacte social issu des années d’après guerre et du conseil national de la résistance, l’éducation, la santé, la sécurité sociale ou encore les retraites, sans parler des services publics dans leur ensemble….

Parlons sérieux

Derrière toutes les gesticulations demeurent des questions de fond qui concernent tous les peuples d’Europe.

1/La peuple grec s’est exprimée dans cette élection pour l’ensemble des peuples d’Europe. Il rejette la politique supranationale de l’UE qui nie les nations, veut les réduire, ratiboiser les états, en faire l’instrument exclusif du capital financier qui n’a ni frontière, ni drapeau.  Le vote grec s’inscrit dans celui que le peuple français avait exprimé en 2005 contre le traité constitutionnel et qui lui a été confisqué quelques années plus tard par la volonté du parti socialiste et de l’UMP.

2/Comme la confiscation nous avait frappé en 2007 toutes les tentatives vont avoir lieu pour tenter de dévoyer le vote du peuple grec. La première d’entre elle se fait déjà percevoir derrière tous les discours qui concernent la dette. Hier Angela Merkel pour faire pression indiquait que le peuple grec se mettrait en dehors de l’Euro s’il votait « mal ». Aujourd’hui les discours sont plus conciliants, mais pas moins fermes. Il s’agit d’entrainer la Grèce dans des négociations mortifères qui de fait conduiraient le nouveau pouvoir à bafouer la volonté populaire.

3/Le peuple a exprimé sa volonté d’en finir avec l’austérité et son désir de revenir sur les mesures qui l’ont durement frappé depuis des années.

4/La réponse qui sera apportée aura valeur d’exemple. Soit la voie sera tracée aux autres peuples d’Europe pour liquider l’austérité, soit la preuve par l’absurde sera faite qu’il est impossible d’aller contre l’Union Européenne. La question grecque dépasse donc de loin le Parthénon. Ce sont tous les peuples d’Europe qui sont concernés et qui ont intérêt à ce que soit déjoué le fameux chantage à la dette….

Au sujet de la dette

Les premières déclarations d’Alexis Tsipras étaient pourtant conciliantes. Il ne s’agissait pas pour le leader de Syriza de revendiquer l’annulation pure et simple de la dette –ce qui était évoqué au début de sa campagne- mais d’évoquer sa renégociation. Voulait-il faire la preuve qu’il ne sert à rien de chercher à amadouer l’ogre pour réduire son appétit ? Dés le lendemain des élections grecques, les réponses des différentes autorités au niveau de l’UE dégageaient en effet l’alternative : soit la soumission, soit l’épreuve de force.

« Impossible de restructurer la dette grecque en possession de la BCE. Syriza doit payer, ce sont les règles du jeu européen, il n’y a pas de place pour un comportement unilatéral en Europe », déclarait Benoît Coeuré, un des membres du directoire de la BCE pendant que Günther Oettinger, le commissaire européen à l’économie numérique, martelait « Le futur gouvernement grec devra respecter les accords conclus entre Athènes et ses partenaires de la zone euro ». C’est le président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, qui avait donné le ton : « J’espère que le nouveau gouvernement grec ne fera pas de promesses illusoires que le pays ne peut se permettre » alors que Christine Lagarde pour le FMI avait été dans les premières à mettre en garde, « Il n’est pas question d’accepter un effacement de la dette grecque, une question d’équité entre pays européens. Il y a des règles internes à la zone euro à respecter. On ne peut pas faire des catégories spéciales pour tel ou tel pays ».

Mais derrière ces accents guerriers, quelle est la réalité ? De quelle dette s’agit-il ? Qui la détient ? Tous se gardent bien d’aller dans ces « détails » car cela éclairerait d’une lumière crue les affirmations de toute sorte.

La dette appartient-elle à des particuliers, des salariés, des retraités, qu’il serait légitime de rembourser? De l’aveu général  ce n’est pas le cas. Elle est dans les livres de compte de la BCE, de grandes banques et d’institutions financières internationales. Celles-ci ont déjà encaissé le capital et ont augmenté la dette grecque des intérêts qu’ils ont exigés. Rayer la dette ne porterait préjudice à personne, sinon à ceux qui déjà se sont largement payés en dépeçant les grecs et en liquidant leurs institutions. Un coup de crayon suffirait à régler le problème. Mais un coup de crayon dangereux car lourd de signification politique. Il signifierait en effet que la politique qui a été menée depuis la crise des subprimes –et avant concernant la Grèce sous l’impulsion de l’UE et de la banque Goldman Sachs[3]- est une politique de voleurs, de voyous, de brigands. La contagion de la Grèce à l’ensemble des pays du sud de l’Europe –dont la France- serait alors directement à l’ordre du jour, au risque de voir l’édifice de l’UE exploser avec l’Euro…

Mais existe-t-il une autre solution ? Déjà se font entendre les conseilleurs en tout genre qui affirment que « quelles que soient les négociations engagées, les réformes structurelles devront se poursuivre ». Nous y sommes. Il faudra continuer à dépecer, à liquider les emplois publics, à diminuer les salaires, à maintenir l’amputation des pensions, à sacrifier la santé, l’éducation et l’ensemble du bien commun grec. Alors il sera possible de négocier.

On voit bien là que la voie est tracée. Si Syriza s’emploie à satisfaire le mandat que le peuple grec lui a donné, il n’aura pas le choix. Pour retrouver sa souveraineté nationale dans toutes ses dimensions -monétaire, culturelle, industrielle, …-et son honneur, le peuple grec et ses représentants n’auront d’autre solution que d’engager le bras de fer avec l’UE jusqu’à la rupture, traçant ainsi la voie à tous les peuples d’Europe…  Rompre avec l’union européenne pour établir une Europe des Nations libres décidées à coopérer librement pour le bien collectif.


Jacques Cotta
Le 26 janvier 2015

 

 



[1] Déclaration de Philippe Cordery, secrétaire national du PS à l’Europe.

[2] Le parisien du 26 janvier 2015

[3] Voir le documentaire « dans le secret du crime financier » de J. Cotta et P. Martin. France2.


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Commentaires

L'insécurité économique et sociale permanente par Serge_Gomond le Lundi 26/01/2015 à 21:26

Jacques Cotta écrit : « ...Mais derrière ces accents guerriers, quelle est la réalité ? De quelle dette s’agit-il ? Qui la détient ? Tous se gardent bien d’aller dans ces « détails » car cela éclairerait d’une lumière crue les affirmations de toute sorte. ... »

« ... La dette appartient-elle à des particuliers, des salariés, des retraités, qu’il serait légitime de rembourser? De l’aveu général  ce n’est pas le cas. Elle est dans les livres de compte de la BCE, de grandes banques et d’institutions financières internationales. Celles-ci ont déjà encaissé le capital et ont augmenté la dette grecque des intérêts qu’ils ont exigés. Rayer la dette ne porterait préjudice à personne, sinon à ceux qui déjà se sont largement payés en dépeçant les grecs et en liquidant leurs institutions. Un coup de crayon suffirait à régler le problème. Mais un coup de crayon dangereux car lourd de signification politique. Il signifierait en effet que la politique qui a été menée depuis la crise des subprimes –et avant concernant la Grèce sous l’impulsion de l’UE et de la banque Goldman Sachs est une politique de voleurs, de voyous, de brigands. La contagion de la Grèce à l’ensemble des pays du sud de l’Europe –dont la France- serait alors directement à l’ordre du jour, au risque de « voir l’édifice de l’UE exploser avec l’Euro… »

Serge Gomond : nous savons tous (ou presque) que depuis le début de cette affaire fumeuse de « dette des Etats membres de l’UE », il ne s’agit aucunement d’une "dette" quelconque entre deux parties, (par exemple : les peuples européens et la BCE ; où sous d’autres hémisphères c’est le FMI qui est à la manœuvre), mais d’une entourloupe politicienne qui consiste à faire croire aux peuples des Etats membres de l’UE, que leurs dirigeant(e)s (par inconscience ou négligence) se sont endettés jusqu’au coup, (d’où les réformes structurelles à la pelle..., vous aurez compris qu’il s’agit du saccage pur et simple du rôle régalien de l’Etat), et qu’ils-elles ne pourront jamais rembourser. Les dirigeant(e)s ne pourront pas rembourser la dette de l’Etat (à cause des réformes structurelles) : longtemps encore, voire très longtemps, et pour tout dire, jamais !... (sauf, évidemment, si les peuples en décidaient autrement). Car cette dette c’est un cheval de Troie, créé de toute pièce par l’idéologie néolibérale, pour soumettre les peuples, via LA crise "économique", (mais ils-elles en ont de toutes sortes et de toutes espèces en magasin), et tout le cortège de misères inhérent à l’instabilité sociale ainsi créée, baisse des salaires, rognage des retraites, des aides de l’Etat (sauf évidemment celles accordées au MEDEF et au "management" de la France), baisses sans fin des budgets sociaux, suppression ou réduction drastiques des budgets de la santé, de la culture, etc., etc. La dette n’est rien d’autre qu’un instrument idéologique entre les mains du pouvoir et de leur complices néolibéraux, afin de faire taire définitivement (?) le peuple, créant partout, (sauf dans les zones résidentielles ou protégées), et pour longtemps, l’insécurité économique et sociale permanente...


par Anonyme le Mardi 27/01/2015 à 22:01

Syriza : Alain Lamassoure (UMP) compare la Grèce à l'Irlande, qui "n'a pas gémi" et s'est "retroussé les manches"

Vers un Syriza irlandais ?

 
http://tempsreel.nouvelobs.com/l-obs-du-soir/20150127.OBS0975/vers-un-syriza-irlandais.html 


Lien croisé par Anonyme le Lundi 02/02/2015 à 20:21

Coralie Delaume : « La victoire sans appel de Syriza est une vraie preuve de sa : "Les élections grecques : un appel à tous les peuples d’Europe par Jacques Cotta"



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