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Podemos, trois tendances et quelques miettes

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Lundi 26/12/2016 • 0 commentaires  • Lu 908 fois • Version imprimable


L’Espagne préfigure une part du destin de l’Europe. Pas parce que le pays est géré à présent en commun par le PSOE et le PP : l’Allemagne a depuis longtemps ouvert la voie à une telle coopération, mais à cause de la féodalisation capitaliste. Par la puissance des Landers l’Allemagne peut, elle aussi, paraître émiettée mais, la réunification l’a prouvé, les forces régionales n’effacent pas mais renforcent les forces nationales.

Pour l’Espagne la configuration est différente et l’émiettement est signe de décomposition.

Est-ce que la naissance de Podemos pouvait inverser la tendance ? Ce fut un des espoirs de départ : un parti à la fois national et respectueux des régions du pays semblait capable, au nom de l’anticapitalisme et de la démocratie, de soigner les plaies connues. Par exemple il se positionna contre l’indépendance de la Catalogne mais pour le droit de la région à voter pour ou contre cette indépendance. Position d’équilibriste indispensable pour éviter que la question «nationale catalane» ne vienne effacer la question sociale et politique de l’Espagne.

Sauf que la vie étant plus forte que les volontés, le temps qui passe fait subir à Podemos la loi des tendances profondes du pays dont celle de l’émiettement. On pouvait penser que le mouvement sortait renforcé d’une stratégie qui s’est révélée correcte : toute alliance avec le PSOE était impossible puisque le PSOE préférait l’alliance à droite.

Or il n’en est rien et le parti vient de subir une séance dramatique où l’affrontement des tendances a pris une ampleur sans égal dans le passé, un affrontement qui fait malheureusement penser à la situation du …. PSOE !

De quoi s’agit-il ? Podemos prépare le renouvellement de sa direction nationale et pour ne pas répéter le mode de scrutin «centraliste» de l’élection précédente, un vote interne a été réalisé pour en choisir un nouveau.

Cette question de «comment voter dans un parti ?» n’est pas typique à l’Espagne mais touche tous les partis qui fonctionnent vraiment (je veux dire des partis de plus de 100 000 membres et démocratiques).

Dans Podemos elle a pris une tournure cruciale avec un résultat si serré qu’il décrit une fracture grave.

Pour comprendre il faut se souvenir que Podemos est un parti à forte dimension internet. Comme pour le mouvement 5 étoiles le site internet est la force de frappe majeure or si vous allez sur le site, qui est mis en avant à haute dose ? Pablo Iglesias. Le même Pablo Iglesias est celui qui s’active largement dans les médias traditionnels, aussi un des débats pour l’élection des responsables tient à cette personnalisation.

L’élection de la direction du parti à Madrid avait déjà marqué les esprits avec une lutte entre les représentants d’Iglesias et ceux de Íñigo Errejón. La victoire d’Iglesias a été obtenue sur le fil et depuis, pèsent des doutes sur l’impartialité de l’organisme responsable de l’élection.

Voici les résultats du dernier vote : Sur 99.077 votants il y a eu 866 blancs (0,87%) avec en conséquence 98.210 votes valides (99,12%).

1. DesBorda: 40.830 votos (41,57%)

2. Recuperar la Ilusión: 38.419 votos (39,12%)

3. Podemos En Movimiento: 10.313 votos (10,5%)

Je retiens les trois propositions majeures car pour les 36 autres elles ont moins de 2%. Pour 2000 voix la stratégie Iglesias pouvait perdre. Le titre DesBorda de sa proposition signifie qu'on gardait l'ancien système "Borda" et qu'on le modifiait à la marge (listes non bloquées).

Íñigo Errejón proposait de récupérer l'illusion c'est-à-dire de fonder un autre système de vote avec un effort particulier sur la "commission des garanties démocratiques" en charge de vérifier le fonctionnement électoral, une commission où les candidats le sont à titre individuel, et sans lien avec d'autres mandats, et pour l'assemblée du parti une plus forte dose de proportionnelle.

La troisième liste plus propre à la tendance d'Andalousie où Teresa Rodriguez a été largement confirmé à son poste se veut plus à gauche que les deux autres mais sans se positionner pour un camp plus que pour un autre.

J-P Damaggio


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