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Socialistes: où est la gauche?

Avant le congrès de Reims du Parti Socialiste

Par Denis Collin • Actualités • Dimanche 28/09/2008 • 3 commentaires  • Lu 1861 fois • Version imprimable


Au moment où le combat des grands chefs du PS (Aubry, Delanoë, Royal) bat son plein et où les manœuvres et trahisons entre des courants, défendant à un cheveu près la même ligne politique, occupent les médias, il serait nécessaire de procéder à une analyse critique de la motion C de Hamon, Emmanuelli, Lienemann, Filoche, Mélenchon, Dolez, etc., la seule motion qui se veut une alternative aux orientations de la « bande des trois », la seule motion qui prétend renverser le cours catastrophique suivi par le PS depuis de nombreuses années, la seule motion qui affirme rassembler la gauche du parti. On laissera ici de côté les arrière-pensées qui ne prennent même pas la peine de se dissimuler et que tant Hamon que Filoche expriment très franchement : avec la motion C, il s’agit de « peser » dans la composition de la nouvelle majorité qui sortira du congrès de Reims, autrement dit d’avoir assez de billes en poche pour négocier avec Martine Aubry…

Analyser ce texte long en détail demanderait beaucoup de temps, tant il y aurait à relever d’implicites discutables, de silences éloquents, de petits glissements progressifs où d’une position apparemment « de gauche » on prépare en fait une motion « Aubry-compatible », c’est-à-dire compatible avec l’européisme et l’atlantisme de Martine Aubry et de ses amis. Par exemple, quand la motion signale, à juste titre, l’extraordinaire régression qu’a subie le salaire dans le partage capital/salaire du revenu national (on est passé de 78% pour les salaires en 1981 à moins de 67% en 2004), nous sommes gratifiés, pour illustrer ce propos, d’un graphique éloquent qui montre que le retournement se situe en 1982, que la pente est très raide pendant les deux septennats de Mitterrand et que le gouvernement Jospin de 1997 à 2002 n’en en rien enrayé ce phénomène. Autrement dit les politiques de la droite et de la gauche, sur le plan fondamental, celui de la plus-value et donc de l’exploitation capitaliste ont eu les mêmes résultats. Ceci aurait mérité au moins quelques réflexions critiques, car constater qu’il n’y a pas de différence importante entre Mauroy 82 et Sarkozy 2008, cela devrait contraindre normalement tout socialiste honnête à faire son examen de conscience.

Il y a aussi dans ce texte d’incroyables bourdes. Ainsi à propos de la politique de l’immigration, la motion propose une politique alternative à celle de Sarkozy, à l’exemple de « nos camarades espagnols » (page 34). Le problème est que, s’il est vrai que l’Espagne a procédé jadis à de massives régularisations de sans-papiers, depuis deux ans, il y a eu un retournement complet. Avant de féliciter « nos camarades espagnols », les rédacteurs aurait pu prendre connaissance d’un fait public : l’an passé l’Espagne a procédé à 56000 reconduites à la frontière contre « seulement » 28000 en France ! Et de fait, la politique migratoire de l’Espagne est aujourd’hui une des plus restrictives d’Europe. Ce « détail » témoigne tout simplement de la légèreté – c’est le moins qu’on puisse dire – avec laquelle ce texte a été écrit.

Je voudrais me concentrer ici sur un seul point, la politique européenne. La motion C propose de « réorienter la politique européenne » : on peut réorienter un bon véhicule qui va dans la mauvaise direction. Mais il aurait été préférable de se concentrer sur la nature de la construction européenne. Car la politique actuelle de l’UE n’est pas une déviation par rapport à une bonne « Europe sociale » (cette chimère de la gauche socialiste). La banque indépendante, l’euro fort, le libéralisme économique, ce ne sont pas des nouveautés mais l’application stricte du traité de Maastricht (que la plupart des signataires ont approuvé en son temps). Réorienter la politique européenne, c’est ni plus ni moins que dynamiter l’UE. Ainsi que la motion affirme « La France doit exiger un moratoire immédiat sur les libéralisations en cours », posons la seule question intéressante : si les 26 autres veulent continuer les « libéralisations », le premier ministre Hamon enverra-t-il l’UE au diable et retournera-t-il au monopole postal ? Il en est de même de toutes les propositions concernant l’UE comme celle-ci : « Activer le tarif extérieur commun au niveau européen ». Tout cela n’est qu’un catalogue de vœux pieux puisque fondamentalement la motion C, qui déploie des efforts touchants pour faire croire à son européisme angélique, reste dans le cadre de la discipline des 27. Du reste, au début de la motion, pour ceux qui ne comprendraient pas, il est précisé que le nationalisme constitue un danger majeur auquel la crise actuelle nous confronte. Autrement dit, l’UE « réorientée », oui ! L’État-nation, jamais ! Ce qui est parfaitement cohérent avec le reste du texte et notamment toute la partie consacrée à la politique étrangère qu’il n’est qu’une bouillie fade destinée à faire passer l’à-plat-ventrisme devant l’OTAN : le texte critique bien le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN mais se garde bien de dire que le président Hamon fera sortir la France de ce commandement intégré et même de l’OTAN.
Élaboré par le concile des grands chefs de cette petite gauche, Dolez et Mélenchon étant sommé de le prendre tel qu’il est, ce texte, loin de traduire le renouveau de la gauche du PS, en montre au contraire la décomposition politique et morale.


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Commentaires

Alors, que fait-on ? par DIDIER le Mercredi 01/10/2008 à 11:46

Cher Denis,

Comme bien souvent, je partage ton analyse.
Je te lis depuis longtemps et si je t'ai bien compris:
- point de salut au sein du PS. Ton article le démontre une fois de plus;
- trop de bavardages  et une position erronée sur la construction européenne chez les altermondialistes;
- un regard bienveillant et sympathique pour le Parti Ouvrier Indépendant, mais pas plus d'avenir qu'avec le MPPT et le PT qui l'ont précédé.

Alors, que fait-on ?

A propos que devient " Devoir De Résistance" ?


Re: Alors, que fait-on ? par c_berthier le Jeudi 02/10/2008 à 12:50

En effet, que fait-on?
Quand, en plus on conteste les regroupements de militants et groupes épars signataires de l'appel "Politis" et que :
( réponse à Christian Piquet ) : 

1 - le peuple, la classe salariée ne voient pas aujourd'hui la gauche et ses partis avec les yeux de 1905, de 1920, de 1945, de 1968 et de 1981. La division, les promesses non tenues, les grèves, les pétitions, les AG...tournantes, 2002 sont passés par là.

2 - Pis en 2007, les partis de toute la gauche se sont arrangés pour présenter une candidate anti-revendication et pour perdre une présidentielle imperdable. Leur utilité est en question.

3 - Quelque minoritaire nous soyons dans ces partis, nous sommes vus comme responsables pour partie. La confiance ne reviendra que preuves en mains. Et d'abord une attitude unitaire en faveur des revendications et de la reconquête de nos acquis.

4 - Quelque petit soit le parti, sa croissance et son influence en sont limités par le recrutement comme par les départs par impatience ou frustration de l'unité non réalisée et les combats non gagnés.

5 - De plus les citoyens rejoignent leurs partis ou y restent, moins par attachement à ceux-ci, que parce que ça leur semble le moyen le moins inefficace de contribuer à la création d'un grand parti unitaire aujourd'hui inexistant. 

6 - Cette attente est directement opposée aux projets de ceux qui vivent de et dans les partis existants qui vivent, pour partie, de leurs divisions et de leurs différences. Tu le dis de façon plus idéologique que moi.

7 - Pour autant, les milliers de groupes, fractions, tendances et réseaux ont permis la victoire du NON en 2005 et, parmi les centaines de milliers d'élus la mise en coupe réglée des collectivités locales, organismes de HLM, de retraite, de formation montent un sentiment de révolte contre "ceux d'en haut" qui "attendent leurs Mercedes de secrétaires de la CES".

8 - L'appel Politis regroupe bien cette aspiration à la préparation unitaire à un affrontement victorieux contre Sarkozy et donc "la France d'en haut" et de Bruxelles.

9 - Mais il ne s'agit pas de fonder un nouveau parti comme le dévoye la LCR en prétendant que l'appel Politis est une machine anti-NPA. C'est le voleur qui crie "au voleur". L'affrontement de classe contre Sarkozy, pour les revendications, n'aura pas la politesse d'attendre que les partis, quels qu'ils soient, aient réglé leurs problèmes!..."


Lien croisé par Anonyme le Jeudi 02/10/2008 à 10:30

La Bataille socialiste : "[1] Pour une critique plus générale de la motion C, lire Denis Collin sur le site La sociale. Il conclut ainsi: “Élaboré par le concile des grands chefs de cette petite gauche, Dolez et Mélenchon étant sommé de le prendre tel qu’il est, ce texte, loin de traduire le renouveau de la gauche du PS, en montre au contraire la décomposition politique et morale.”"



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