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A bas la géopolitique!

Par Denis Collin • Débat • Lundi 01/03/2010 • 11 commentaires  • Lu 2200 fois • Version imprimable


Certains amis italiens et quelques Français appartenant à la gauche plus ou moins radicale sont devenus des spécialistes de géopolitique. Pour déterminer leur attitude dans les grandes questions de l’heure, ils se posent comme des généraux, penchés sur les cartes du monde, qui réfléchissent la configuration du champ de bataille et prennent position en fonction des rapports de forces entre les armées en présence. Beaucoup, par exemple, sont tout prêts à reconnaître quand on les pousse dans leurs retranchements que Poutine est un représentant des capitalistes russes, que la direction du PC chinois est composée de personnages peu recommandables avec qui ils ne partageraient ni un bon boeuf bourguignon ni une « bistecca alla fiorentina », mais, disent-ils il faut savoir où est l’ennemi principal. L’ennemi principal est la puissance dominante, les USA, défenseurs d’un individualisme bourgeois répugnant et faisant régner, eux et leurs complices sionistes, un ordre insupportable. Par conséquent, tous ceux qui, quelles que soient leurs raisons, s’opposent aux USA doivent être soutenus. Ainsi quand Poutine réaffirme la puissance russe face aux États-Unis, on devrait se tenir à ses côtés. Ils se réjouissent du fait qu’Ahmadinejad se soit maintenu au pouvoir car son renversement aurait renforcé les sionistes. Bien qu’elle soit la grande usine du capitalisme mondiale, la Chine est parée de vertus anti-impérialistes et on la soutient face au Tibet. Et ainsi de suite. Certains défendent l’unification européenne comme un moyen de résistance aux USA et en Italie, on trouve des marxistes qui manifestent quelque tendresse envers Berlusconi car ce dernier est la cible de la presse financière anglaise et qu’il soutient un projet gazoduc commun avec les Russes en opposition au projet Nabucco piloté par l’Union Européenne, projet qui vise à contourner la Russie pour assurer les approvisionnements européens en gaz. On spécule aussi pour savoir quelle partie de la bourgeoisie est la plus américanophile et quelle partie de la bourgeoisie, à l’inverse pourrait être soutenue contre l’ennemi principal.

 

Ces analyses sont bien connues de ceux qui ont un peu de mémoire : elles dérivent des élucubrations de Mao Tse toung, dans De la contradiction, un texte remis à l’honneur récemment par les stars du communisme médiatique, Zizek et Badiou. Le problème, c’est que, comme toutes les œuvres du génial « grand timonier », c’est de la bouillie pour les chats, un brouet idéologique qui n’a d’autre fonction que de servir de couverture pseudo-théorique aux manœuvres de l’appareil, passant d’une stratégie à une autre, suivant les circonstances. Il ne vaut pas la peine de perdre une minute à réfuter la pensée de Mao : que nos « communistes médiatiques » essaient de nous présenter ça comme des œuvres à méditer en dit long sur les promoteurs de cette entreprise.

Constatons d’abord que le concept d’ennemi principal contre qui il faudrait soutenir un moindre mal est totalement indéterminé. Chacun peut y mettre ce qu’il veut. Au moment de la guerre froide les partis sociaux-démocrates et les syndicats qui leur étaient liés considéraient que l’ennemi principal était le pouvoir soviétique et ses ramifications dans les pays capitalistes. Non sans raison, ils observaient que là où le système soviétique dominait les syndicats indépendants avaient disparu et la liberté politique n’était plus qu’un souvenir. Si l’on pense que le socialisme est inséparable de l’activité démocratique de la classe ouvrière, les pays capitalistes « démocratiques » étaient donc un terrain plus favorable à cette activité que les pays dits communistes et par conséquent il n’était pas absurde de soutenir le moindre mal capitaliste démocratique comme l’ennemi principal soviétique. Inversement, lorsqu’on pensait, comme les communistes de l’époque, que le bilan du socialisme en URSS était globalement positif et même très positif, il était naturel de soutenir l’URSS et ses alliés contre l’ennemi principal américain... Autrement dit, il n’est aucun « ennemi principal » définissable en dehors d’un accord sur les valeurs essentielles qui doivent être défendues. L’un de mes correspondants italiens, exprimant un point de vue assez largement partagé dans certains milieux de ce qui reste de « marxisme » et de « communisme » après l’effondrement du PCI et de ses successeurs, soutient que les USA sont l’ennemi principal parce qu’ils « sont les gardiens d’une culture individualiste et néolibérale qu’ils veulent exporter dans le monde entier. On ne peut pas en dire autant de la Chine, de la Russie et de l’Iran. » Comme j’ai eu l’occasion de dire ce que je pense du vocabulaire « libéral » et de l’antilibéralisme, je n’y reviens pas. Mais les États-Unis ne sont ni libéraux, ni néolibéraux, ni individualistes, ils sont capitalistes et ce qu’ils défendent ce sont les rapports sociaux capitalistes et la place du capital US dans le système capitaliste mondial. Évidemment, si on part de cette caractérisation, la seule exacte, alors tout le raisonnement sur l’ennemi principal ne tient plus. Car la Russie est un pays capitaliste, où une petite poignée de magnats, organiquement liés à l’État, défend sa position dans le système capitaliste mondial. Il en va de même avec la Chine (40% des membres du PCC aujourd’hui sont des petits ou des grands entrepreneurs et il est fréquent que, dans les assemblées du PCC, on ne trouve plus aucun ouvrier). Quant à l’Iran, seuls les naïfs ou les agents stipendiés croient que Ahmadinejad est un religieux motivé par des raisons religieuses. Les « gardiens de la révolution » sont étroitement liés à l’un des cliques du capitalisme iranien, la mafia qui contrôle le pays et se partage les prébendes. On pourra tout aussi aisément montrer que le « socialisme bolivarien » n’est rien d’autre qu’un enfumage idéologique à l’abri duquel se cache une fraction de l’appareil d’État et de la bourgeoisie qui veut contrôler le pétrole – on pourrait trouver au demeurant des rapprochements intéressants entre le « socialisme bolivarien » et le péronisme première époque.

Si on admet cette analyse, une analyse menée en termes de rapports sociaux et non en se prenant pour des petits Clausewitz, alors il ne reste plus pour désigner l’ennemi principal que des relents politico-idéologiques douteux. La dénonciation de l’individualisme est particulièrement mal venue. Que l’on dénonce l’égoïsme, le « chacun pour soi » de l’idéologie bourgeoise, cela va de soi – ou du moi cela devrait aller de soi. Mais reconnaissance de la valeur de l’individu est acquis de civilisation auquel nous devrions être attachés comme à la prunelle de nos yeux. Pour , si le capitalisme a eu un rôle historique progressif, c’est précisément en ce qu’il a préparé les conditions de l’émancipation de l’individu en l’arrachant aux relations aux relations patriarcales et féodales étouffantes. Sur ce plan d’ailleurs, ne fait que suivre Hegel et reprend presque à la lettre les passages connus des Principes de la philosophie du droit consacrés à la « société civile bourgeoise ». Inversement, on pourrait montrer assez facilement, en suivant cette fois les travaux de la « théorie critique » et notamment ceux de Marcuse que le capitalisme tend à broyer impitoyablement l’individu, pour en faire un être prévisible manipulable par le marketing et privé de toute possibilité d’autonomie. Je ne vois donc pas bien en quel sens on pourrait accuser le capitalisme anglo-saxon de propager l’individualisme et défendre la soumission de l’individu propre par exemple à la tradition chinoise.

On peut essayer de définir la notion d’ennemi principal à partir de la défense des positions stratégiques d’une nation ou d’une série de nations. Mais là les choses deviennent franchement inextricables. On trouve par exemple, chez les antiaméricains italiens, des partisans d’une union européenne plus forte ou d’une union eurasienne – nous voilà dans le monde imaginé par Orwell, opposant Oceana à Eurasia. Ce genre de thèse est de la pure science-fiction ! On se contente en fait de reprendre de manière acritique le discours de certains partisans de l’intégration européenne qui prétendent construire une « Europe forteresse » pour concurrencer « l’hyperpuissance » américaine. Mais ces constructions chimériques ne tiennent pas devant les réalités, la « réalité effective des choses » comme le dirait Machiavel. Les Européens de l’Est ont tendance, et on les comprend, à considérer que l’ennemi principal est la Russie, qui est traditionnellement la puissance qui les a opprimés – pensons aux Polonais dont le philo-américanisme et la bigoterie catholique sont des manifestations indéniables de leur sentiment national et de leur volonté d’être libres. Les vieilles puissances impériales comme la France et l’Allemagne se résignent mal à jouer les seconds rôles et sont à intervalles réguliers secouées de velléités de réaffirmer leur ancienne prétention. Tous les présidents français, sous une forme ou sous une autre ont cherché à jouer cette carte, y compris le plus « américain » d’entre eux, Nicolas Sarkozy. Les Anglais ont d’autres intérêts qui ne s’identifient pourtant pas avec ceux des USA – même si, par esprit satirique, on dit parfois que le Royaume Uni est le cinquante-et-unième État de l’Union. Il existe aussi des antagonismes entre tous ces États. Les Allemands ont une politique russe systématique, orientée par leurs intérêts économiques et ils considèrent volontiers la Tchéquie, la Pologne ou la Hongrie comme leur « Hinterland » ; ils sont en revanche méfiants et volontiers arrogants à l’égard des pays méditerranéens et leur attitude récente vis-à-vis de la Grèce a remis brutalement en lumière certains traits du « Volksgeist » allemand assez peu sympathiques. Ajoutons que chacun cherche l’appui américain dans les conflits qui l’oppose aux autres.

Donc « l’ennemi principal » n’a pas beaucoup de soucis à se faire avec la « forteresse Europe ». En ce qui concerne les autres adversaires potentiels de « l’ennemi principal » américain (ou plutôt états-unien) les choses ne vont pas mieux. Il existe une contradiction réelle entre la Chine et les États-Unis puisque, à bien des égards, leurs intérêts entrent en conflit quand il s’agit de la domination du monde – l’action de la Chine en Afrique devrait montrer à ceux qui en doutent que l’Empire du Milieu semble avoir compris tout l’intérêt de l’impérialisme moderne. Mais d’un autre côté, ils se tiennent tous les deux par la barbichette. Les principaux investisseurs en Chine viennent des États-Unis et considèrent la Chine comme l’endroit idéal pour abaisser les coûts salariaux et d’un autre côté les Chinois sont les premiers créanciers des États-Unis et le créancier n’a aucun intérêt à voir son débiteur mettre la clé sous la porte. Un peu de dialectique n’a jamais fait de mal à personne : le rapport Chine-USA est l’unité d’une contradiction ! Ceux qui voient dans l’Iran un ennemi irréductible des USA se trompent également. L’Iran a tout de même passé un accord stratégique implicite avec les USA sur la question irakienne. Ce sont les États-Unis qui ont débarrassé le gouvernement de Téhéran de son principal ennemi dans la région et ont installé à Bagdad un gouvernement chiite plutôt favorable à l’Iran. Pour diverses raisons que j’ai déjà esquissées, le gouvernement de Téhéran doit garder une posture anti-américaine et anti-occidentale, mais c’est une posture qui lui permet de garder la mainmise sur l’État iranien et de défendre les intérêts de l’une des fractions du capitalisme iranien. Donc il se joue une stratégie de la tension dans laquelle chacun cherche jusqu’où il peut tendre l'élastique mais sans que jamais il ne casse. Mme Clinton l’a d’ailleurs répété: les États-Unis n’ont aucun plan d’agression militaire de l’Iran. La tension dans la région sert leurs intérêts mais la guerre les desservirait.

On sait aussi que la politique internationale est souvent un billard à plusieurs bandes. Ainsi les États-Unis ont-ils largement contribué à la naissance et au développement des mouvements islamistes radicaux que les benêts de la gauche « radicale » ou « marxiste-léniniste » soutiennent comme anti-impérialistes. C’est le cas des Talibans contre qui l’OTAN fait la guerre en Afghanistan tout en cherchant un accord avec eux – c’est en fait le but réel de la guerre aujourd’hui: non pas défendre la démocratie ou les droits des femmes mais mettre sur pied un gouvernement avec les talibans qui soit compatible avec les intérêts des États-Unis. En Algérie, pendant plus de dix ans, le GIA a ensanglanté le pays avec le soutien de l’Arabie Saoudite et des États-Unis qui y voyaient un bon moyen d’en finir avec la présence française de l’autre côté de la Méditerranée.

Au-delà des contradictions entre puissances étatiques, toutes capitalistes, il existe aujourd’hui un capital transnational et une large fraction de la classe capitaliste de tous les pays considère qu’elle a bien plus d’intérêts communs avec les capitalistes des autres pays qu’avec ses propres ouvriers. C’est évidemment ce que pensent les capitalistes américains qui délocalisent en Chine, les capitalistes français ou allemands qui s’installent en Slovaquie ou en Roumanie, les capitalistes russes qui investissent en France ou en Grande-Bretagne et ainsi de suite. Il faut encore une fois un peu de dialectique : le capitalisme est un système à la fois national et mondial. Michel Beaud employait la formule de « système national-mondial hiérarchisé ». Les particularités nationales, aussi importantes soient-elles, sont aujourd’hui le mode d’existence du système capitaliste international – pour comprendre cela logique de Hegel reste incomparable. Nos géopoliticiens révolutionnaires raisonnent comme si nous étions encore dans le « concert des nations » qui régit les rapports entre les États européens après la guerre de Trente ans et le traité de Westphalie. Ils feraient bien, eux qui se veulent des réalistes, de considérer la réalité effective des choses. Les deux guerres mondiales, la « guerre froide » et la décolonisation ont profondément transformés les rapports entre les diverses fractions nationales de la bourgeoisie. Lorsque Gianfranco La Grassa nous explique que la seule possibilité d’une crise révolutionnaire réside dans les contradictions entre dominants, il oublie seulement que si ces contradictions menacent réellement de tourner à la crise révolutionnaire, les dominants se réconcilieront derechef face au danger d’une subversion de l’ordre social. C’est d’ailleurs pourquoi La Grassa ne croit plus qu’à un communisme aléatoire...

Le point de vue géopolitique, ultime avatar de l’esprit « guerre froide », est donc archifaux. Si on veut maintenir le cap vers une véritable émancipation sociale et politique (et non servir de masse de manœuvre à un maître ou à un autre), il faut partir des principes que l’on doit défendre. Comme il n’y a pas d’émancipation hors de la création d’un espace politique où la liberté puisse exister, le premier de ces principes est le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Ce qui signifie évidemment qu’on doit dénier aux grandes puissances le droit de se faire les gendarmes du monde. Si Cuba doit devenir démocratique, ce sera seulement par l’action des Cubains et non par celle des « marines » US. Si la démocratie doit advenir en Iran – et elle le peut et le doit – ce doit être par l’action du peuple iranien lui-même. Saddam Hussein, ce « fils de pute » des États-Unis méritait sans doute d’être pendu haut et court mais pas par les dirigeants USA qui l’avaient aidé à liquider le nationalisme socialisant et laïque et qui l’avaient soutenu contre l’Iran. La reconnaissance inconditionnelle du droit des nationalités s’applique aussi au Tibet ou à la Tchétchénie, à la Georgie ou à l’Ukraine …

En second lieu, pour garantir la paix, la meilleure solution est encore dans le fait que le peuple peut contrôler le gouvernement. C’est pourquoi la défense des gouvernements républicains s’impose. On devrait sans doute défendre Ahmadinejad si l’aviation US décidait de lui régler son compte. Mais on doit sans discuter être aux côtés du peuple iranien quand il veut lui régler son compte et établir une véritable démocratie. On doit cesser de justifier les gouvernements autoritaires ou tyranniques au motif qu’ils pourraient apporter plus de bien-être que les démocraties libérales. L’expérience montre que c’est faux. Et sur ce point quand Amartya Sen lie démocratie et développement économique et social, il a parfaitement raison. En France, les ouvriers ont une sécurité sociale, une retraite et l’école est gratuite, et en Chine il n’y a rien de tout cela. Et le problème numéro un de l’Afrique, ce sont les gouvernements tyranniques, appuyés du reste par les grandes puissances.

Si on maintient la perspective de l’émancipation sociale et politique, en se plaçant du point de vue des plus défavorisés, on doit définitivement admettre qu’un gouvernement républicain, garantissant les droits de la personne et disposant de recours contre le pouvoir est la solution la plus favorable. Seuls les gens qui vivent bien au chaud dans des pays démocratiques peuvent considérer avec mépris les libertés démocratiques « libérales », au demeurant bien menacées aujourd’hui même dans les pays de vieille tradition démocratique. La puissance des USA est certes un danger pour le monde, mais le premier allié que nous avons, c’est le peuple américain lui-même et l’anti-américanisme forcené est, de ce point de vue, non seulement absurde mais aussi parfaitement contre-productif.

Je reviendrai dans un prochain article sur une question qui est l’un des nœuds de cette affaire, la question d’Israël.

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Commentaires

par regis le Mardi 02/03/2010 à 02:52

On peut aussi considérer que ces prises de position nettes en faveur des peuples et de la démocratie pourraient bénéficier d’une écoute toute autre que les sornettes et autres acrobaties « dialectiques » de l’actuelle « gauche de la gauche » auprès du peuple qui, quoiqu’on en dise, ne s’en laisse pas si facilement conter.  


Re: le rôle des Etats-Unis dans le monde par Pascale le Mardi 02/03/2010 à 11:10

 Voici ma position. Veuillez excuser la sécheresse de mon intervention mais je tâche d'aller à l'essentiel.

Selon moi, l'impérialisme américain, secondé par les autres puissances capitalistes occidentales, est une menace pour la paix dans le monde et doit être dénoncé et condamné comme tel.

Que ce soit par intervention armée directe, sans ou le plus souvent dans le cadre de l'OTAN (Kosovo, Afganistan, Irak...), par intervention indirecte en fournissant des armes (une partie de l'Amérique latine), toujours par intervention indirecte en formant des cadres nationaux (par exemple dans le cadre des "révolutions colorées"), en soutenant financièrement et idéologiquement les "dissidents" tibétains ou cubains (j'en oublie des tas), encore indirectement en finançant des think tanks (rappelons-nous la CIA arrosant les 35 bureaux du "congrès pour la culture" dans le monde "libre", mais ça continue), donc que ce soit directement ou indirectement (j'ai limité la liste, il y en a tant et tant à dire), les interventions et ingérences des Etats-Unis sont multiples, perpétuelles, et contribuent à déstabiliser le monde. C'est une force énorme car l'Amérique est aidée, je le répète, par les autres pays capitalistes occidentaux, avec les contradictions que vous avez soulignées.

Face à cela, d'autres pays capitalistes résistent à ces ingérences. Mais l'impérialisme et le capitalisme, à l'aide d'une propagande éhontée propagée via les grands médias, encouragent également, par leur intolérance à tout ce qui échappe à leur sphère d'influence, le durcissement de régimes comme l'Iran, pour ne citer que le dernier en date, dont les dirigeants ont beau jeu alors de jeter leurs peuples dans l'acceptation plus ou moins bien cadrée d'un nationalisme antidémocratique et dangereux lui aussi.

Il est important de comprendre et faire comprendre cet engrenage qui menace constamment l'équilibre de paix sur la planète.

Ce n'est donc pas faire preuve d'antiaméricanisme primaire que de dénoncer et combattre cet état de fait, si on démonte les mécanismes du capitalisme en général et son idéologie.

Et il n'est pas question de stigmatiser le peuple américain, mais ses dirigeants, dont les membres élus ne sont d'ailleurs pas représentatifs, vu le taux d'abstention aux élections, tout comme je considère comme illégitimes les élus au Parlement européen (qui n'ont en outre pas grand pouvoir), étant donné la faible participation électorale.

Une fois cette constatation faite, il est essentiel que chaque peuple, dans son propre pays, prenne son destin en main, de la manière qu'il jugera la meilleure.

Et en France, puisque c'est le pays dans lequel je vis, on peut espérer alors construire une véritable République démocratique et sociale, celle dont rêvaient déjà les quarante huitards il y a de cela plus d'un siècle et demi maintenant. On a encore du boulot.


Commentaire de Jean-Paul Damaggio par la-sociale le Jeudi 04/03/2010 à 21:12

Sans en revenir au léninisme la bataille se mène toujours sur deux fronts car en face le capitalisme a toujours deux fers au feu. Je ne parle pas du parti républicain et du parti démocrate, c'est plus profond. Si on n'a qu'un ennemi principal à viser on s'y brûle. En conséquence la réflexion de Denis Collin nous conduit très loin et me paraît précieuse.


Re: Commentaire de Jean-Paul Damaggio par Pascale le Jeudi 04/03/2010 à 23:24

 D'accord avec la dernière remarque de J.P. Damaggio: le dogmatisme, comme l'opportunisme, sont mortifères. C'est pourquoi il faut bien faire comprendre comment le capitalisme favorise le nationalisme contre l'ennemi commun à abattre: le communisme. Il est tout à fait vrai qu'il faut également dénoncer et condamner ce nationalisme. Merci de ce "recadrage".


par Pierre Montoya le Vendredi 05/03/2010 à 10:49

                         Ce débat est permanent, "les ennemis de mes ennemis, sont ils mes amis". Face au capitalisme dès la fin des années 20, des socialistes pensent que "oui". Le fascisme ne prétend t il pas être anti capitaliste. Le stalinisme reprend cette pratique avec des pays dans lesquels les communistes, les siens, sont pourtant pourchassés.
                         Il est pourtant simple de se poser la question "quelle est la condition du prolétariat dans ces pays " qui se ^prétendent anti impérialistes", son sort et celui de ses organisations. Je partage entièrement le contenu de l'article..
                          Anti impérialisme ne signifie pas forcément anti capitalisme, ni même le minimum démocratique. Classer par ordre de priorité, c'est sacrifier des forces populaires et favoriser des bourreaux dont les pratiques sont souvent pires que celles de l'impérialisme. En fin de compte remplacer un impérialisme par un autre.


Re: réponse de Denis Collin par la-sociale le Vendredi 05/03/2010 à 13:22

En effet, il faut se placer du point de vue des "plus défavorisés" (pour parler comme Rawls) et seul ce point de vue est pertinent. Tout le reste n'est qu'idéologie visant à la protection des dominants - quels qu'ils soient. J'ajouterai seulement ceci: comme nous ne sommes pas des "dames patronesses", le point de vue du plus défavorisé est non seulement celui des biens matériels dont il dispose mais aussi celui de l'autonomie réelle, c'est-à-dire de la liberté (ou de l'ensemble adéquat de libertés dont il dispose). Par exemple, le système de santé cubain ne peut en aucun façon faire oublier l'absence de liberté politique et syndicale. Les révolutionnaires de tous les pays ont toujours eu ce fier mot d'ordre: plutôt mourir libre que vivre à genoux. Les donneurs de leçons qui se prétendent révolutionnaires recommandent aux peuples (mais ça ne vaut pas pour eux qui vivent confortablement dans les métropoles du monde, allant d'un colloque universitaire à  l'autre) de préférer vivre à genoux. Moi, j'en reste au camarade La Fontaine (Jean), à ne pas confondre avec Lafontaine (Oscar):

Le loup et le chien

Un loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli , qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers ,
Sire loup l'eût fait volontiers;
Mais il fallait livrer bataille,
Et la mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc, l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
«Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui répartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien:
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi? rien d'assuré; point de franche lippée ;
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin.»
Le loup reprit: «Que me faudra-t-il faire?
-Presque rien, dit le chien: donner la chasse aux gens
Portants bâtons et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire:
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons:
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.»
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse
Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
"Qu'est-ce là? lui dit-il. - Rien. - Quoi? rien? -Peu de chose.
Mais encor? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas
Où vous voulez? - Pas toujours; mais qu'importe? -
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."
Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.
(Jean de la Fontaine)



Re: réponse de Denis Collin par Pascale le Vendredi 05/03/2010 à 18:47

 Quand je suis allée à Cuba voilà quatre ans, je n'y suis pas allée en voyage organisé, mais par mes propres moyens. J'ai logé chez l'habitant plusieurs fois (pas "autorisé" mais visiblement toléré) et j'ai pris en stop plein de gens. Ce que je vais raconter est certes anecdotique, mais ça m'a semblé révélateur. A chaque fois que j'abordais le problème politique et économique, j'avais des réponses bien sûr différentes selon les personnes, mais ce qui m'a paru faire la quasi unanimité a été la réponse suivante, que je généralise, tous ne s'exprimant pas de la même manière: "Oui, tout n'est pas rose ici, oui il faut changer des choses. Non, le blocus américain n'est pas la seule cause de nos problèmes. Mais ce que nous voulons, c'est les régler par nous mêmes. Vous, les gens des pays capitalistes, luttez donc dans votre pays avant de venir nous donner des leçons." Ces gens n'étaient pas communistes (ou alors, il y en a plein et j'ai pas eu de chance de tomber sur eux). Mais j'ai été étonnée de cette unanimité et de cette fierté, et depuis, je me le tiens pour dit. Ce n'était pas la réflexion d'un "peuple à genoux". Ils n'avaient pas envie, ni d'être plaints, ni qu'on s'occupe de leurs affaires.

Pour autant, je pense qu'il faut bien entendu dénoncer les atteintes à la liberté, mais attention aux sirènes occidentales.

Par contre, la situation au Honduras (un coup d'état quasi inconnu sous nos latitudes) et en Colombie (pour rester en Amérique latine), où on ne compte plus les assassinats, les arrestations et les disparitions de militants politiques et syndicalistes, et dont les médias ne parlent pas, me paraît nettement plus préoccupante...

En ce qui concerne notre perspicace ami La Fontaine, on a aussi "Le coche et la mouche", Fable 8, livre VII, dont le récit comme la morale sont délicieux.


Re: réponse de Denis Collin par la-sociale le Vendredi 05/03/2010 à 18:58

Évidemment qu'il faut dénoncer le blocus de Cuba et évidemment qu'il faut s'opposer à toutes velléités de l'impérialisme de s'ingérer par la force dans les affaires des Cubains. Et évidemment que les Cubains doivent pouvoir régler eux-mêmes leur compte avec le castrisme. Je ne dis pas autre chose pour l'Iran. Comme hier nous étions contre l'invasion en Irak, indépendamment de l'appréciation qu'on pouvait avoir de l'ignoble Saddam Hussein.  Quand les troupes de Mussolini se sont attaquées à l'Ethiopie, Trotsky disait que les communistes devaient défendre le Négus. Mais défendre le Négus contre Mussolini, ce n'est pas soutenir le gouvernement du Négus comme anti-impérialiste, voire quasiment socialiste! Ce que je refuse c'est la logique des camps, où l'on nous somme de choisir entre la peste et le choléra. On peut être contre la politique américaine au Proche-Orient tout en soutenant les démocrates contre Ahmadinejad. Pendant la Première Guerre, Clemenceau défendait l'idée que pour défendre la patrie, il fallait se débarrasser du gouvernement d'incapables qui la dirigeait. Je suis assez pour "la ligne Clemenceau". La lutte contre l'impérialisme est inséparable de la lutte pour la démocratie car des gouvernements veritables démocratiques et véritablement populaires sont le meilleur moyen de défendre l'indépendance nationale.

Denis Collin


Re: réponse de Denis Collin par Pascale le Vendredi 05/03/2010 à 23:42

 D'accord avec votre position sur l'indépendance nationale.

Je suis plus méfiante quant au soutien des démocrates iraniens contre Ahmadinejad, car je ne sais pas de quels "démocrates" vous parlez: si c'est Moussavi, je ne soutiens pas.

D'accord avec Jaurès quand il soutient les aspects progressistes de la politique de Clémenceau. D'accord avec les communistes quand ils approuvent le De Gaulle qui sort de l'OTAN. D'accord avec tout ce qui peut nous faire avancer vers plus de justice sociale et un véritable pouvoir populaire. Vous voyez par ces phrases dans quel "camp" je me situe, si ce n'est déjà fait.

Quant à notre conception mutuelle de la démocratie, et les moyens d'y parvenir, elle nécessiterait de longs développements et je sortirais du sujet de votre article.

Vos analyses et ces échanges permettent la réflexion. Merci pour tout cela.


Lien croisé par Anonyme le Mercredi 29/12/2010 à 22:12

ORSO PREVIANO: SPECIE IN ESALTAZIONE di G.P. con intevento iniziale dell'Orso pr : " si devo appoggiare Putin e il suo amico Berlu ... e dunque considerare i giovani come nemici. La logica é sempre la più forte! La "geopolitica" é la corruzione del pensiero politico e filosofico e mi sembra che essa sia il peccato maggiore di molti marxisti o ex-marxisti italiani che hanno perduto ogni speranza nel popolo! Ho scritto un articolo sulla questione della geopolitica: http://la-sociale.viabloga.com/news/a-bas-la-geopolitique"


Lien croisé par Anonyme le Dimanche 09/01/2011 à 19:26

Commentaires pour Changement de société : "http://la-sociale.viabloga.com/news/a-bas-la-geopolitique"



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