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Mélenchon-Jaurès, bis-répétita

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Dimanche 02/06/2013 • 1 commentaire  • Lu 1516 fois • Version imprimable

Après un long temps de réflexion voici une réaction aux commentaires aimablement envoyé suite à mon précédent article sur les rapports Mélenchon-Jaurès.

Critiquer c’est dénigrer ?

Avant de porter le regard sur la critique, il est important de dénigrer le critique, « qui se croit trouver aux Olympes de la réflexion, le séant vissé sur une chaise derrière son écran d’ordinateur ». En quarante ans (j’en ai 62) j’ai toujours été membre d’une formation politique et c’est le cas encore aujourd’hui ! A la naissance du PG, j’étais alors membre d’une organisation régionale (Alternative en Midi-Pyrénées - AMP) et j’ai suivi avec d’autant plus d’intérêt les premiers pas de ce parti qu’un des responsables de l’AMP (François Simon) décidait de rejoindre EELV. J’ai même été membre du PG quelques mois dans mon département (par solidarité locale avec des militants admirables) mais, comme je suis aussi, un militant social adversaire acharné depuis trois ans d’un projet de LGV, il suffira d’aller sur le blog suivant pour en comprendre les conséquences. Je reçois toujours le bimestriel du PG et j’avoue ne pas avoir connu de journal si peu apte au débat ! Je suis aussi éditeur et parmi les livres publiés on en trouve un de Maxime Vivas préfacé par … Mélenchon (et pas Mélanchon).

Bref, laissons Waterloo et Ney aux adeptes du verbe qui sont donc bien placés pour dénigrer le verbiage.

Critiquer c’est diviser ?

Ayant été membre pendant quinze ans du PCF je connais parfaitement cet argument qui assimilait toute critique envers l’URSS à un coup d’épée dans le dos d’un allié déjà maltraité par les USA ! Une critique admise en interne bien sûr… mais pas sur la place publique. La conséquence pratique est bien connue : « le Parti soit on le défend, soit on le quitte » ! Et par milliers, ils sont partis sur la pointe des pieds… Dans cette affaire la collusion objective entre la presse « bourgeoise » et la direction du PCF était classique elle aussi : en donnant largement la parole aux dissidents, cette presse confirmait la direction du parti dans sa décision de frapper les dissidents… Donc le critique devait se taire !

Je croyais que ce mode de pensée était propre au PCF mais en le quittant j’ai découvert qu’il était partagé par d’autres adversaires de toute pensée critique, si bien qu’aujourd’hui au sein du Parti de gauche, il faut se serrer les coudes… au moment où le PCF s’affiche largement divisé en tendances.

Pour Jaurès toute critique était une chance d’avancer plus solidement, qu’elle vienne de Guesde, de Vaillant, d’autres, ou même de Clémenceau. Toute critique claire était constructive par essence, dans la longue marche vers l’unité socialiste. La pensée ne se construit pas avec l’idée « serrons nous les coudes » sauf à croire que toute action politique n’est que la guerre par d’autres moyens. Cette guerre que Jaurès a tenté d’empêcher… car la guerre c’est aussi la mort de la politique par l’union, sacrée ou non. On ne répond pas à la critique en disqualifiant le critique mais l’objet de la critique.

L’objet de la critique

Pour le 5 mai, tout le monde sait que Mélenchon a d’abord annoncé la nouvelle à la télé d’où les nombreuses critiques reçues des autres composantes du FdeG, à la coordination nationale suivante.

Des personnalités se sont mises en marge du parti qu’elles ont fondée ? Le dernier en date est député et s’appelle Marc Dolez. Le plus souvent il s’agit de personnalités refusant le discours sévère contre le PS mais aussi d’écologiste comme Philippe Zarifian.

Mélenchon est partout chez lui en France ? Jaurès l’était aussi mais en étant député de Carmaux.

Comme c’est bien dit : « Contrairement à l’idée du parachutage, les gens sont rarement mécontents de voir un ténor de la politique s’intéresser à leur chez eux plutôt qu’un illustre inconnu sans pignon sur roue. » Aucun nom à l’appui mais qu’importe ! Dans le grand sud-ouest notre député européen c’est Mélenchon et il a pu s’intéresser beaucoup à notre région où il a un pied à terre dans mon département. Si on parle de la préférence des gens je penche plutôt pour l’effet inverse : ils aiment bien que quelqu’un de chez eux devienne… ministre… La tendance est plutôt, de ce fait, au féodalisme moderne, mais revenons à l’essentiel.

La politique d’alliance

Quand Denis Collin sur ce blog, dénonce le concept de gauche, il ne reçoit pas une volée de bois vert. Étrange. Parfois je suis d’accord avec Denis Collin, parfois non. Et peut-être que ma remise en cause du concept de gauche repose sur des raisons différentes des siennes. Ceci étant, dans son article Collin revenait sur le nom de la tendance du PS qui fait à présent la pluie et le beau temps au PG : Pour la République Sociale. Je préfère dire : pour la démocratie sociale. Il y a une alternative à l’idée de gauche !

Là aussi la phrase de mon contradicteur est belle : « Pour autant doit-on prétendre que parler d’une gauche en France n’ait plus de sens ? A-t-on autre chose à vendre au peuple qui mérite d’enterrer cette notion tout de suite ? » J’ai pour ma part rien à vendre et encore moins au peuple, notion qui, elle aussi, devient totalement douteuse. Derrière ce point s’en profile un autre, celui de la politique d’alliance.

Dire hier « désistement sans condition » et aujourd’hui «critique de toutes les conditions » ne me semble pas de nature à proposer une alternative crédible. En janvier 1981 le PCF répétait clairement que Mitterrand c’était la droite, et après l’élection le même PCF réclamait des postes au gouvernement ! C’est sûr le message était clair ! Ce ne sont pas tant les programmes qui marquent une élection mais les stratégies d’alliance, et depuis le congrès de Tours elles sont en dent de scie. Depuis très longtemps ma position est simple (et ce fut une action politique concrète au cours de 15 ans de présence électorale) : au second tour ce sont les électeurs qui décident, ce qui est une tautologie de plus en plus évidente (les consignes ne sont plus suivies), mais, les dirigeants politiques exclus du second tour (sauf au FN) ont peur de n’être rien sans appel à se désister. Or, quand on chante « le pouvoir au peuple », le soir du premier tour on prend acte de la décision du « peuple » : s’il vous met sur la touche, alors restons sur la touche. Oui mais… battre la droite tout de même ! Le PS n’est pas la droite et la droite n’est pas l’extrême-droite. Je refuse depuis toujours l’appel à voter au second tour pour la droite afin de faire barrage à l’extrême-droite, appel qui continue d’être celui du PS ou du PCF. Le PG demande de ne pas choisir car droite et extrême-droite ça devient la même chose. Or il n’y a jamais eu de politique nationale de désistement entre la droite et l’extrême-droite, et il n’est pas sérieux de prendre quelques cas pour nier l’essentiel. Une part essentielle du succès électoral du FN c’est justement que quand il peut, il se maintient presque partout y compris contre la droite, y compris quand il y a une triangulaire.

Dire qu’au second tour il appartient aux électeurs de décider par eux-mêmes ce n’est pas renvoyer dos à dos les candidats en présence, ou alors toute élection se réduirait à la déclaration du soir du premier tour !

Au Chili le Parti progressiste a laissé les électeurs choisir à la dernière présidentielle entre la droite et le candidat de la concertation. La consigne « bonnet blanc et blanc bonnet » pour appeler à l’abstention (cas du PCF en 1969 entre Poher et Pompidou) est une autre forme de consigne qui avait hier sa raison d’être. Aujourd’hui… le pouvoir au peuple… sans chercher à lui tenir la main !

Pour des municipales, et tout autre élection avec liste, le débat du second tour est différent.

Jaurès était un ardent défenseur du désistement républicain à un moment où l’avancée du socialisme rendait le mouvement optimiste. De même en 1936 le PCF a beaucoup gagné car le PS a beaucoup gagné (la droite a un peu gagné et les radicaux beaucoup perdu).

Même si ce n’est pas enthousiasmant acceptons la réalité : le courant démocratique va d’échecs en échecs depuis les années 90. Oui mais Mélenchon arrive avec dans ses valises l’éco-socialisme.

L’éco-socialisme

Pour moi, l’éco-socialisme devrait être une raison de plus de soutenir le PG car je me considère un marxiste éco-socialiste depuis trente ans, mouvance dans laquelle je me suis activé.

Dans un long entretien sur Rue 89 Mélenchon se réfère au marxisme à propos des matériaux disponibles pour devenir éco-socialiste : « Ça a d’ailleurs été un moment de mon parcours intellectuel assez excitant quand je me suis replongé dans sur ce thème. D’autres l’avaient fait avant moi mais je n’avais pas suivi leurs travaux. » D’autres mais qui ? A qui adresser un coup de chapeau en France ou ailleurs ?

Là aussi je pourrais évoquer des actes concrets de ma vie politique qui vont du soutien à Pierre Juquin aux quatre débats organisés avec Paul Ariès à Montauban. Etrangement l’entretien de Rue 89 se termine ainsi : « Nous sommes la force nouvelle. La nouvelle gauche. » « La nouvelle gauche », c’est justement le nom que Juquin donna à son éphémère parti en 1989 ! Et cette « nouvelle gauche » a tenté plusieurs fois de sortir de ses cendres mais sans résultat. En conséquence une analyse de tels échecs successifs serait nécessaire quand on veut relancer l’éco-socialisme ! Et elle conduirait à interroger l’idée de gauche !

Dans une vie future il me faudra trouver un prof me commandant une thèse sur : « L’éco-socialisme chez Vazquez Montalban en 1990 » ce qui me poussera à relire Le communisme sans croissance de Wolfgand Harich ou l’Alternative de Rudolph Bahro. Nous pourrions alors découvrir que sur ce point Jaurès n’est d’aucune utilité cat nous avons changé de monde, un monde qui a besoin d’autres repères que ceux de 1789.

Mais laissons le siège douillet du fauteuil et concluons avec ce même entretien où Mélenchon précise, après avoir rappelé une fois de plus qu’il pourrait être le premier ministre d’Hollande :

« S’il y a un choc c’est n’importe quand. Sinon ça suit le calendrier électoral. Les municipales arrivent et surtout les européennes à la proportionnelle en 2014. Le plan de marche ne date pas d’aujourd’hui : je savais parfaitement que je ne pouvais pas d’un bond arriver sur la première marche. Je poursuis ma stratégie : essayer de passer devant les socialistes et proposer une majorité alternative de gauche. »

Pour passer devant les socialistes il faut récupérer l’électorat écolo. Ainsi Mélenchon se place encore mieux au cœur du dispositif politique car il est le seul à pouvoir unir le PCF et Eva Joly !

Quand le Front de Gauche aura, comme les Verts, trente ans d’existence nous ferrons le bilan. Pour le moment, je constate que le concept d’éco-socialisme - comme celui de Sixième république - reste plus rhétorique que pratique faute d’être d’inscrit dans l’analyse d’une histoire concrète.

Jean-Paul Damaggio

 

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Commentaires

Lien croisé par Anonyme le Vendredi 14/06/2013 à 06:24

Mélenchon et l’éco-socialisme - Le blog des Editions la Brochure : " Mélenchon d’où un article publié en réponse. En"



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