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Pourquoi j’ai adhéré au Manifeste de la Sociale.

Par René Merle • Débat • Lundi 01/02/2016 • 1 commentaire  • Lu 1376 fois • Version imprimable


J’ai adhéré parce que j’y retrouve des thèmes permanents de ma réflexion et de mon action.

Je verse au dossier ce texte publié à l’automne 2015. J’y reviendrai plus longuement et de façon plus approfondie sur le site de .

Éditorial du Bulletin de l'Association 1851, septembre 2015

« Il arrive que l’on me demande, et il arrive même que je me demande aussi, pourquoi j’ai consacré tant de temps et d’énergie à un événement qui, ma foi, n’a pas particulièrement marqué l’imaginaire national : l’insurrection républicaine de 1851.

Les réponses seraient évidemment nombreuses et complexes, mais la première qui me vient à l’esprit est que je suis républicain, et que mon souvenir ému va a ces « petites gens » qui en 1851, alors que l’appareil d’État militaire, judiciaire et civil basculait en faveur de l’aventurier Prince-Président, se levèrent pour défendre la République.

Souvenir émouvant en effet, me direz-vous, mais quel rapport véritable avec notre présent ? La République serait-elle en danger ?

Allons donc… Qui n’est pas républicain aujourd’hui ? Les puissances d’argent ont compris depuis longtemps que leur domination n’avait rien à craindre de la République, à condition de la contrôler par l’intermédiaire des médias et de la classe politique. Et justement la principale formation des droites s’est annexée le beau nom de Républicains ! On a même pu voir, quand récemment la droite tenait le pavé parisien, des filles et fils des Beaux Quartiers déguisés en Mariannes et en Gavroches… De son côté, le PS aux affaires se sent plus qu’à l’aise dans les institutions de la Vème République et place sa réforme de l’Éducation nationale sous l’égide des valeurs républicaines. Et l’opposition frontiste, loin de vouloir attenter à la République, se propose de rendre aux Patriotes une République purifiée et rénovée !

Bref, le nom de République est tellement revendiqué tous azimuts qu’il en perdrait presque son sens.

Et c’est bien aussi ce qui s’était passé en 1848, quand la Seconde République, née de l’insurrection parisienne de février, et bénie par le clergé, fut encensée par quasiment tous les courants politiques !

Mais en fait le nom de République ne les unissait pas. La classe ouvrière naissante, qui rêvait de la République rouge du droit au travail, avait vite été matée. Les droites, indifférentes ou hostiles aux revendications populaires, mettaient en place une république de l’Ordre, autoritaire et conservatrice. Et le nouveau Président, élu sur un programme démagogique tous terrains dans la jeunesse naïve du suffrage universel, abusait de la confiance de l’immense peuple rural, paysan et artisan…

On sait comment, malgré tout, dans la perspective des élections législatives et présidentielles de 1852, le jeune mouvement démocrate-socialiste, grâce à un militantisme acharné et malgré la répression, réussit à faire naître un véritable « front de classes » républicain (petits paysans, artisans, enseignants, petits entrepreneurs, modestes notables provinciaux) et commencer à y rallier une classe ouvrière désabusée et meurtrie…  Son programme, très concret, et donc très crédible, s’inspirait des espérances brisées du 1793 « sans culotte » : bâtir une société éduquée de petits producteurs et propriétaires basée sur l’égalité devant la loi, la déprise de la tutelle fiscale étatique, la suppression du carcan de l’usure…

On sait comment, au nom du Salut de la République, le Président Louis Napoléon brisa ces espérances en décembre 1851 et domestiqua pour longtemps la principale conquête de la République, le suffrage universel (masculin) !

Ce rappel d’une période a priori aussi différente de la nôtre n’est peut-être pas inutile si l’on considère la sociologie française actuelle et son rapport à la politique, donc à la République. Un peuple de salariés clivé entre la couche « éduquée », titulaire d’emplois assurés, relativement aisée, et donc encline à faire confiance aux partis dits de gouvernement, et l’immense couche des prolétaires pauvres, précarisés ou sans emploi, en déshérence culturelle, où mûrit une grand colère… Une paysannerie résiduelle, contrôlée par les « Gros », où les « Petits » ne savent pas vers qui tourner leur colère… Un artisanat, fier de son savoir faire, de plus en plus dépendant de la sous-traitance industrielle, exaspéré par les charges et la complexité administrative…

Dans son Prince, Machiavel rêvait d’un Prince capable de comprendre et rassembler les données fragmentaires de la crise en gestation, pour les résoudre dans un acte décisif avant le pourrissement général. En 1849-1851, les démocrates socialistes ont voulu être ce Prince, mais le Prince Président les a devancés. Aujourd’hui, alors que nos « élites » de la gouvernance apparaissent bien déconnectées des réalités populaires, quel Prince adviendra qui saura unifier et faire une arme décisive des colères populaires ? Une vraie gauche novatrice inspirée à sa façon de l’expérience des démocrates socialistes, ou le spectre noir de l’autoritarisme paré du bleu de l’espoir ?

René Merle

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Commentaires

Lien croisé par Anonyme le Dimanche 25/09/2016 à 21:29

Le journal de BORIS VICTOR : "Pourquoi j’ai adhéré au Manifeste de la Sociale. - 01/02/16"



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