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Quand Nicolas Sarkozy enterre Maastricht et Lisbonne

La isignification du fonds souverain à la française

Par Denis Collin • Actualités • Jeudi 23/10/2008 • 6 commentaires  • Lu 1604 fois • Version imprimable


Lors d'un déplacement à Annecy, le président de la République a prononcé un discours visant à dégager quelques lignes de force de son nouveau plan économique pour faire face à la crise. Selon le journal Le Monde en date du 23 octobre :

Nicolas Sarkozy avait proposé mardi à ses partenaires européens la création de fonds souverains européens pour éviter que le capital des entreprises passe sous contrôle étranger. Dans son esprit, ces fonds étaient appelés à se coordonner. Sans attendre la réponse des autres pays, dont certains comme l'Allemagne affichent une nette réticence, le président de la République a décidé la création d'un fonds français.

Géré par la Caisse des dépôts et consignations, sous la surveillance du Parlement, bénéficiant des ressources propres de la Caisse, complétées "le cas échéant par d'autres ressources publiques ou privées", il servira aussi à défendre les filières jugées stratégiques soit pour les consolider, soit pour éviter l'éventuelle délocalisation de leurs centres de décision. Ces interventions prendront la forme d'avances remboursables ou de prises de participation au capital.

C'est évidemment très important. La page du "tout libéral" est tournée. Si l'État se dote d'un fonds "souverain" pour renflouer les entreprises qu'il juge "stratégiques", cela veut dire qu'on revient à la "politique industrielle", une "vieille lune" gaulliste que Mitterrand lui-même avait abandonnée en 1983 en choisissant l'austérité et la libéralisation des échanges pour rester dans ce qui était alors le "serpent monétaire" européen. La décision de Nicolas Sarkozy vise à promouvoir un type d'intervention de l'État au secours des entreprises privées est rigoureusement contraire aux clauses du traité de Maastricht et au principe de la concurrence "libre et non faussée". Si les États nationaux peuvent intervenir souverainement dans la vie économique, c'est que l'Union Européenne est morte et le président en exercice de ce "machin" est en train de creuser sa tombe.

Normalement les amis capitalistes de Nicolas Sarkozy devraient hurler à la trahison. Ils ne le font pas parce que, selon la bonne vieille tradition, le "bonaparte" doit sauver la bourgeoisie contre elle-même (lire ou relire de toute urgence le 18 Brumaire de Louis Bonaparte de Karl ). Les niais de gauche, ceux qui avaient fait de l'antilibéralisme leur fonds de commerce doivent être tout déconfits. Le président de la république leur vole leurs mots d'ordre et leur idéologie et leur donne - bien involontairement - une leçon essentielle: le capitalisme préfère le libéralisme, mais il ne lui est pas congénitalement attaché et s'il faut employer les moyens les plus extrêmes pour sauver l'essentiel, le saint Graal, c'est-à-dire le taux de profit, il n'hésite pas et brûle sans la moindre vergogne les tonnes de papiers qu'il avait consacrée hier à célébrer les vertus de la liverté en économie.  Les journalistes de la presse de marché n'y comprennent rien et même Jean-Marc Sylvestre va être obligé de prendre des cours du soir en accéléré s'il ne veut pas rejoindre les rangs des demandeurs d'emploi.

Nous allons avoir une nouvelle mouture du keynésianisme anti-social: combinaison d'une forte organisation étatique de l'économie et d'une mise au pas du salariat. Là encore du pur "bonapartisme" au sens de ... ou du "poutinisme". Les idiots sans tête qui dirigent le PS, après avoir récusé tout ce qui de près ou de loin rappelle et l'horrible "lutte des classes" (définitivement congédiée en juin dernier lors du vote de la "déclaration de principes") se retrouvent incapables de s'opposer à Louis Napoléon Sarkozy. Après d'être abstenus sur le plan de sauvetage des banques, ils votent hier le "Grenelle" (une supercherie sur laquelle nous reviendrons) et l'on peut entendre Claude Evin sur France-Culture prendre quasiment la défense de la réforme hospitalière de Mme Bachelot, face aux critiques virulentes d'un chef de service hospitalier qui dénonce la soumission de l'hôpital aux critères. Syndicat de notables locaux, unis sur une ligne programmatique, "Sauvons nos fauteuils, nos voitures de fonction et nos secretaires, le PS français est la même voie honteuse que ses "partis frères" en Grande-Bretagne ou en Italie. Tous les militants sincères qui restent dans ce parti n'ont plus d'autre choix que la rupture.

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Commentaires

La crise par Michel Gandilhon le Vendredi 24/10/2008 à 10:55

Je partage largement les thèses de Denis Collin malgré mon scepticisme sur la pertinence du concept de "bonapartisme" pour décrire l'activisme sarkozien. Cette crise économique est en train de mettre à l'épreuve la constrution européenne. Certes, dans le passé, d'autres évènements avaient fait vaciller l'ordre politique européen. Je pense notamment aux guerres balkaniques où l'on avait vu les intérêts impérialistes propres à chaque bourgeoisie reprendrent le dessus sur le pseudo intérêt général. L'Allemagne avait joué sa propre partition et soutenu les sécessions slovène et croate afin d'accroître son influence sur cette Europe orientale qu'elle considère comme sa chasse gardée. Aujourd'hui, surexposée à la crise financière et bancaire américaine par l'investissement de ces surplus en dollars gagnés sur le marché mondial, l'Allemagne, première puissance exportatrice de la planète, refuse d'entendre parler d'une quelconque solidarité intraeuropéenne et renvoie systématiquement le président français à ces chères études. Le moment est historique et il ne serait guère étonnant que les turpitudes de la crise réservent encore de belles surprises sous la forme notamment d'un éclatement de l'Union monétaire. Maastricht est déjà mort et il se pourrait que l'euro suive avec le départ de l'Italie, l'homme malade de l'Europe et grande victime de la politique de l'euro fort de M. Trichet. La France, si la crise economique et politique s'accroît, pourrait suivre. Pourquoi ? Parce que la politique monétaire en vigueur depuis des années ne correspond pas à ses intérêts : les industries italienne et française, moins bien positionnées que l'allemande sur le marché mondial souffrent terriblement et la crise actuelle, risque de les affaiblir encore plus profonsément. Mitterrand croyait pas l'euro tenir l'Allemagne par la monnaie. Eh bien c'est le contraire qui s'est passé. Elle a reconquis pacifiquement son hinterland européen en délocalisant une grande partie de son industrie, ce qui lui a permis de ne pas souffrir de la politique de l'euro fort. En outre, elle jouit d'une situation de quasi monopole en termes de production de machine-outil, dont elle innonde la Chine, ce qui fait aussi que là aussi la politique de M. Trichet ne l'affecte pas. Enfin, last but not least, grâce aux camarades sociaus-démocrates, et les dispositifs Hartz, l'Etat allemand a infligé une grosse défaite à la classe ouvrière sous la forme d'une dévalorisation importante de la marchandise force de travail et le tranfert des "charges sociales" à l'impôt. En tout cas, symptome de la gravité de la crise politique, l'euro baisse par rapport au dollar malgré des taux d'intérêt plus élévés en Europe qu'aux Etats-Unis. les investisseurs préfèrent encore les bons du Trésor américain même s'ils ne rapportent quasiment rien et votent donc pour la stabilité politique américaine contre la guerre froide politique intraeuropéenne.
Sur l'évolution de la crise, il est difficle de se prononcer. En termes de valeur détruites, elle est certainement plus grave qu'en 1929. la différence, et là aussi DC le dit très bien, c'est que l'Etat est incroyablement plus fort que dans les années 30. En 1929, l'Etat fédéral américain pesait 9 % du PIB ; aujourd'hui son périmètre tourne autour de 40 % : les moyens contra cycliques sont infiniment plus importants. Et puis, il faut répéter inlassablement aux tenants "gauchistes "de l'Apocalypse (en ce moment "lambertistes" et "pablistes" unis dans la bétise parlent d'effondrement du système, ce qui est une aberration), que la crise finale n'existe pas. Le capitalisme ne mourra pas tout seul de ses contradictions. Depuis 1847, première véritable grande crise du marché mondial, le capital connaît des crises périodiques plus ou moins graves. Celle de 2008/2009 ne sera guère que la 23e. Si les salariés, le prolétariat, et là compte tenu de l'état de décomposition du mouvement ouvrier, force est de constater que notre optimisme doit être très mesuré, ne profitent pas de ce moment d'affaiblissement, le capital rétablira la marche en avant de l'accumulation sur leur dos (licenciements, baisse des salaires).


Re: La crise par Pierre Delvaux le Vendredi 24/10/2008 à 17:47

Je partage l'analyse de Denis et le commentaire en complément de Denis Gandilhon. On aurait tort de railler l'hyper-activisme de Nicolas Sarkozy, se démenant parallèlement à l'international et dans le pays. Il fait le maximum pour sauvegarder les intérêts de son camp, ayant compris qu'il s'agit d'une course de vitesse face aux masses laborieuses dont il s'agit d'éviter le soulèvement. Pour cela, il conjugue un habillage social médiatisé de ses aides aux banques et l'accélération des réformes de destruction sociale. La succession ininterrompue d'annonces de mesures anti-crises maintient l'opinion publique dans l'illusion que, bon gré-mal gré, il défend globalement ses intérêts, occultant pour une bonne part les conséquences à venir des contre-réformes. Profitant de l'effet sidérant de la crise, le gouvernement se dépêche de remettre en cause des piliers de la République tels que le système de santé, les organismes paritaires de l'emploi, l'administration territoriale, etc... En accélérant ainsi, l'Elysée espère qu'une fois l'effet de sidération retombé, il sera trop tard pour réagir : les acquis auront déjà été perdus. Il bénéficie pour ce faire de l'appui objectif d'une pseudo-opposition et d'une bureaucratie syndicale tout autant effrayés à l'idée de se voir emportés dans la tourmente. Pour autant, il n'est pas dit que la tourmente ne se produise pas. Mais dans quelles conditions et pour déboucher sur quoi ? L'absence de forces alternatives sérieuses n'invite pas à l'optimisme. Cela rend d'autant plus nécessaire l'échange entre tous. Nous pouvons ainsi au moins lutter contre l'atomisation de la classe majoritaire... 


Sauvegarde des intérêts français par Anonyme le Vendredi 24/10/2008 à 22:21

Avec ce fonds souverain français Sarkozy va sauvegarder les intérêts français de son camp. Les autres de son camp, mais pas français, risquent de ne pas être d'accord.


par Anonyme le Vendredi 24/10/2008 à 22:37

Alan Greenspan en plein "désarroi": il y a une grosse "faille" dans le capitalisme...

24/10/2008

 

(...) Interrogé jeudi par le président démocrate de la commission de contrôle d'action gouvernementale à la Chambre des représentants, Henry Waxman, qui était particulièrement mordant, Greenspan a, comme l'écrit le New York Times, "admis qu'il avait eu tort de faire confiance au marché pour réguler le système financier sans un contrôle supplémentaire du gouvernement".

Lisez les déclarations de Greenspan. Elles révèlent un homme totalement désemparé par la crise financière.

"J'ai fait une erreur en comptant sur l'intérêt privé des organisations, principalement des banquiers, pour protéger leurs actionnaires."

"Ceux d'entre nous qui comptaient sur l'intérêt des établissements de crédit pour protéger les actionnaires (en particulier moi-même) sont dans un état de choc et d'incrédulité".

"La crise a pris une dimension beaucoup plus grande que ce que j'avais imaginé".

"J'ai trouvé une faille dans l'idéologie capitaliste. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m'a plongé dans un grand désarroi."

"La raison pour laquelle j'ai été choqué, c'est que l'idéologie du libre marché a fonctionné pendant 40 ans, et même exceptionnellement bien".

"J'ai eu en partie tort en n'essayant pas de réguler le marché des Credit Default Swaps"

"Le modèle de gestion des risques tenait depuis des décennies. Mais l'ensemble de cet édifice intellectuel s'est effondré l'été dernier." (...)

 


Une grande partie des gens est capable de comprendre parce que ces situations sont désormais vécues au quotidien. par Anonyme le Samedi 25/10/2008 à 16:30

Crise capitaliste: Moins d'analystes, plus d'activistes!

Par Ataulfo Riera et David Dessers

le vendredi, 24 octobre 2008

(...) Mais on ne peut s'empêcher de constater un décalage, pour ne pas parler d'un véritable gouffre, entre l'ampleur de cette déferlante analytique et la pauvreté des réactions sociales et militantes, des actions et des manifestations de rue qu'une telle crise et les dangers qu'elle implique devraient pourtant provoquer.(...)

 

Bien entendu, on peut avancer plusieurs explications à cette situation. Plus de 25 années de politiques néolibérales ont développé l'individualisme, la culture égoïste du chacun pour soi, la destruction des liens sociaux et des solidarités collectives. Il n'est pas très aisé de se mettre debout et d'avancer alors que le matraquage assourdissant «d'informations» et la valse assommante de chiffres astronomiques comptabilisés en millions et en milliards a de quoi tétaniser et donner le vertige. On ne peut pas attendre grand chose des appareils et des «directions traditionnelles» du mouvement ouvrier tant elles sont engluées par des années de pratique bien huilée de «concertation sociale» et de mobilisations presse-bouton. En dépit du fait que le gouvernement, dans son budget 2009, n'a rien résolu ni répondu à l'urgence sociale, elles ne semblent plus connaître d'autre horizon ou savoir comment agir en dehors du cadre routinier de la «concertation» aujourd'hui rendu totalement dépassé par les événements. Sans parler de leur crainte d'ouvrir la boîte de pandore d'une contestation risquant de les déborder et de mettre à mal une «paix sociale» qu'elles souhaitent maintenir coûte que coûte en échange de quelques miettes pour leurs bons et loyaux services! (...)

 

La crise du système capitaliste est patente et elle à du moins l'avantage de rendre possible d'unifier les luttes et les résistances tant elle s'attaque à tous domaines de la société. Cette crise et la volonté des classes dominantes d'en faire payer les frais à la majorité sociale provoquent l'inflation et la montée des inégalités, frappent durement les femmes, les chômeurs, les pensionnés, les sans-papiers et tous les précaires, les salaires des travailleurs/euses, leurs conditions de travail et la sécurité de leur emploi, elles rendent plus difficile encore l'accès à un logement décent, restreignent les politiques publiques en faveur de l'éducation, de la santé et à la lutte conséquente et dans la justice sociale contre le changement climatique.

Tout cela, nous pouvions déjà le dire il y a un an. Mais ce qui a fondamentalement changé avec l'aggravation de la crise capitaliste est qu'aujourd'hui une grande partie des gens est capable de le comprendre parce que ces situations sont désormais vécues au quotidien. Mais le passage de cette prise de conscience à l'action, qui seule peut permettre un changement de rapport de forces réel, ne se produira pas spontanément, ni mécaniquement. (...)


crime contre l'humanité par la pensée. par Serge_Gomond le Dimanche 26/10/2008 à 23:55

Deux choses,
La première, les gens constatent que leur porte-monnaie est vide (le pouvoir d'achat en berne), et sont inquiets de ce qu'ils entendent ça et là, les licenciements en masse, la faillite de certains Etats (de "petits" Etats pour le moment, c'est vrai, mais...) et ils ne savent pas s'ils vont perdrent leurs emplois. Ils sont inquiets. 
C'est une première étape vers un processus déliquescent de lente décomposition du système capitaliste (car li s'agit bien d'une crise systémique). Les repères sont plus flous, et les annonces de mise à l'arrêt de chaîne de production dans certains secteurs économiques (le secteur automobile, le bâtiment etc. ), l'activité ralentie fortement (les jours de chômage technique seront tout de même payés, du moins pour le moment). Ce fort ralentissement dû aux carnets de commande presque vide, n'est pas fait pour les rassurer. 
Les évènements s'enchaînent inéluctablement, et les dirigeants n'ont pas prise sur le déroulement malgré de multiples décisions (huiler le circuit financier, créations de Fonds souverains etc.), rien n'y fait au contraire, le processus s'accélère, même le mouvement de réunionnite aigu n'a pas eu plus d'effets. 
Que faire ? 
Parler (annonces pour rassurer etc.) ne change rien, agir ne change pas grand chose. 
Alors on impute cette situation à trente ans de matraquage idéologique néo-libérale... 
On ne voit pas très bien ce que ça vient faire dans cette affaire ?
Les gens pour le moment se préoccupent du quotidien, est-ce pour cela qu'il faut les taxer d'individualisme forcené ?
Encore une fois qu'est ce que ça vient faire dans cette affaire ?
Seconde chose, la seconde étape devrait entraîner de grands mouvements d'exaspération, comme en Italie aujourd'hui, et certainement dans les jours qui suivrent d'autres rassemblements pourraient avoir lieu. 
On peut dire que pour le moment tout se déroule dans le calme, mais cela ne devrait malheureusement pas durer. 
D'abord l'incrédulité, ensuite la colère, puis le désespoir. 
Lorsque l'on n'a plus d'espoir, il est très difficile de rester serein. Le seconde étape risque d'être destructrice, des mouvements sporadiques pourrait éclater ça et là, puis des mouvements de colère, et peut-être des émeutes ? 
Les gens ne sont pas des récipients que l'on rempli, d'une idéologie, même si celle-ci était (je dis bien était) dominante. 
La colère balaiera tout ça. 
Et ce qui est certain, les capitalistes qui se sont goinfrés durant cette période de "laisser-faire" (reaganisme + thatchérisme + Greespan) auront une lourde responsabilité. 
Michel Rocard disait il y a peu sur une chaîne publique, qu'ils devraient être considérer comme des criminels, et le chef d'accusation pourrait-être : Crime contre l'humanité (il prenait soin de préciser qu'il s'agissait de la pensée bien sûr, crime contre l'Humanité par la pensée, mais un Tribunal international pouvait très bien se chargé de prendre cette affaire en main. 
Bonjour chez vous. 



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