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11 novembre, barbarie et guerre impérialiste : des fusillés pour l’exemple aux communards assassinés…

… des milliers d’oubliés dans les commémorations de circonstance.

Par Jacques Cotta • Actualités • Mercredi 29/11/2017 • 0 commentaires  • Lu 960 fois • Version imprimable


Le 11 novembre 2017 a été l’occasion, comme chaque année, de commémorer les disparus de la grande guerre de 14-18. A grands renforts de médias, le président Macron s’est montré du musée Clémenceau à Paris, a déposé une gerbe, a ranimé la flamme du soldat inconnu, a remonté les champs Elysées, a passé les troupes en revue, a donné une réception dans la palais présidentiel… Le devoir de mémoire aurait été accompli… Mais une mémoire bien sélective. Le 11 novembre 2017, comme chaque année, a été l’occasion aussi, en de nombreux points du territoire, de commémorer ceux dont nul ne parle, mais dont l’existence et la fin tragique est pourtant lourde d’une signification incontournable. Les morts pour la France, les morts par la France ! Ceux dont l’existence est lourde de signification pour la situation actuelle et pleine de leçons pour forger l’avenir.

Des fusillés pour l’exemple…

Il y a 100 ans, le Maréchal Joffre déclarait : « Nous ne sommes pas à 200 000 morts près ». Ainsi la sauvagerie pouvait se poursuivre. Pas étonnant alors que les balles françaises aient sifflé dans tous les sens, notamment dans les tranchées françaises, contre les soldats qui par simple esprit de survie, par simple peur ou encore par refus de la barbarie ont osé désobéir en refusant d’aller s’exposer sous la mitraille.

Nul –de Lionel Jospin devenu premier ministre en 1997 à François Hollande devenu président de la République en 2012 qui pourtant s’y étaient engagés- n’a décidé de réhabiliter ces « fusillés pour l’exemple ». Et Emmanuel Macron a respecté la tradition, refusant lui aussi d’en reconnaître l’existence. Car derrière ces 639 cas officiellement reconnus de soldats assassinés sur ordre de leur hiérarchie, d’une balle dans la tête ou plus symboliquement au poteau d’exécution, ce qui se cache est le refus d’obéir aux ordres absurdes, injustes, criminels. Ce droit légitime à dire NON est contenu dans une réhabilitation qui leur est refusée. Et c’est une des raisons essentielles –outre le simple caractère mémoriel, historique et humain- pour laquelle le combat pour la reconnaissance des « fusillés pour l’exemple » est une exigence de premier plan. Leur reconnaissance légitimerait fort justement, en toute circonstance, de s’opposer à une hiérarchie dont les ordres sont contraires à l’intérêt général. Leur reconnaissance, c’est dire aux gendarmes dirigés contre les manifestants qui s’opposent à la « loi travail » de Hollande, puis à son prolongement sous Macron, qu’il est de leur devoir de refuser de matraquer, de parquer, d’arrêter les syndicalistes et manifestants qui prennent leur responsabilité….

L’attitude des pouvoirs publics et responsables politiques aujourd’hui qui refusent de reconnaître l’existence des « fusillés pour l’exemple » s’inscrit dans une continuité. Quand le film « les sentiers de la gloire » de Stanley Kubrick est sorti en 1957, il a été censuré en France jusqu’en 1971 ! Il était même interdit aux profs d’histoire de parler de ces évènements à leurs élèves. Dans les livres d’histoire, il n’en était absolument pas question ! Depuis la barbarie de 14-18, ils n’ont pas été réintégrés de plein droit et à égalité avec les autres Poilus sacrifiés au combat. Lors des cérémonies qui se sont déroulées à Craonne en avril 2017, les militaires ont exigé une cérémonie séparée des commémorations officielles lorsque le Maire du village a décidé de faire chanter aux enfants des écoles la Chanson de Craonne qui se termine ainsi :

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini car les troufions
Vont tous se mettre en grève,
Ce s’ra votre tour, Messieurs les gros
D’monter sur le plateau,
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau.


En réalité, le refus de reconnaître les « fusillés pour l’exemple » tout comme leur commémoration exprime un point de vue de classe. C’est la guerre qui est en cause, la guerre impérialiste, la barbarie et ses responsables. Ainsi, la morgue et la haine des militaires d’aujourd’hui s’opposent toujours à ce qu’on juge les actes de leurs prédécesseurs assassins de leurs propres troupes : les Joffre, les Nivelle, les Mangin, les Pétain ...

… Aux communards assassinés.

Le 11 novembre 2017 j’étais invité par le groupe départemental de la Libre Pensée 78 à me rendre à Versailles Satory « devant la plaque commémorative des combattants de la Commune de 1871 pourchassés, emprisonnés, et massacrés par la réaction bourgeoise ». Avec les « fusillés pour l’exemple », c’est aussi la mémoire des communards qui a été honorée, non seulement pour une page d’histoire, mais aussi et surtout pour l’actualité du combat alors mené, de la commune de paris qui a marqué les siècles.

Un combat d’actualité ? Il suffit de regarder lucidement les tensions existantes dans toutes les couches de la société, la menace qui pèse sur les libertés, la guerre, ses dégâts, son cortège de misère et la barbarie qui approche et dans laquelle nos armées sont déjà engagées à travers le monde, la menace pesant sur les acquis sociaux qui permettent pourtant à des millions de survivre, les soutiens dont bénéficie la finance, la résurgence des religions et le recul de la laïcité, les reculs de la démocratie, il suffit de regarder attentivement pour se convaincre de l’actualité du combat des communards, de l’importance de leurs réalisations en quelques semaines qui ont donné une trajectoire pour des siècles.

La commune de Paris, c’est d’abord un processus qui voit le peuple parisien prendre ses affaires en mains pour diriger sa propre destinée. Ce sont en 1870-1871 les comités de quartiers centralisés pour proclamer la commune. La Commune de Paris, c’est une conception vivante de la démocratie, une discussion permanente dans ses clubs, la décision collective, l’élection des délégués renouvelable tous les 15 jours pour éviter que le délégué ne « s’encroute » ou ne se découvre des sensibilités étrangères aux préoccupations générales, oubliant les revendications pour lesquelles il était mandaté. La Commune de Paris, c’était l’affirmation que « le gouvernement ouvrier, c’est la démocratie », que la démocratie est incontournable pour avancer dans la voie de la résolution des questions politiques et sociales.

Et la Commune de Paris, c’est un programme qui explique le déferlement de haine des possédants qui avec le gouvernement Thiers réfugié à Versailles, pactisant avec les allemands, envoient leurs armées encercler Paris pour en briser la mobilisation dans le sang et la fureur. Le 21 mai 1871 débutait la semaine sanglante qui mit fin à la Commune. 4000 travailleurs parisiens trouvèrent la mort sur les barricades, 30 000 furent fusillés à la va-vite, hommes, femmes, enfants, vieillards. 45 000 furent arrêtés, 15 000 déportés au bagne, des milliers d’autres emprisonnés. 100 000 au total disparurent de la capitale. Mais ce que ne pouvaient briser les bourreaux de la Commune, c’est la conscience de classe qu’elle a exprimée et qu’elle a léguée aux générations futures.

Cette conscience qui habite encore aujourd’hui des générations, qui constitue ou devrait constituer le socle de l’engagement lucide et raisonné, s’exprime par quelques mesures qui demeurent d’une brulante actualité. Qui cherche un programme pourrait s’en inspirer. La Commune en 72 jours seulement, c’est :

• L’instauration de l’instruction publique et laïque
• La garantie par la loi l’égalité juridique des femmes et des hommes.
• La suppression du travail de nuit.
• La réquisition des usines dont les patrons étaient incapables d’assurer la gestion.
• La réquisition des logements vacants pour les ouvriers sans logement.
• La remise de l’ensemble des loyers en retard.
• L’abolition des amendes imposées aux travailleurs dans les usines.
• La limitation par la loi à 8h de la journée de travail.
• La séparation des églises et de l’état notamment en expulsant les congrégations religieuses de l’école.
• La règle que tous les élus sans exception touchent au maximum le salaire d’un ouvrier.
• L’abolition de l’armée permanente.

Ainsi, la commémoration conjointe des « fusillés pour l’exemple » et des « communards de 1871 » à l’initiative du groupe Fernand Pelloutier de la libre pensée des Yvelines a justement pris l’accent du combat pour la paix, pour les libertés, pour la laïcité, pour la justice sociale.
Unanimement, représentants de la Libre pensée, de la LDH 78, de l’ARAC 78, de l’association des amies et amis de la Commune de Paris 1871, de l’association du mur des fédérés de Versailles, et à travers moi de «  », ont réaffirmé quelques convictions inscrites dans l’histoire qui demeurent d’une brulante actualité.

Jaques Cotta
Le 30 novembre 2017

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Ci-dessous, l’intervention que j’ai prononcée lors du rassemblement du 11 novembre 2017 à Versailles Satory, en commémoration des « fusillés pour l’exemple » et des « communards de 1871 ».


Je vais rapidement essayer de vous dire un mot sur ce que je pense d’un rassemblement comme celui- ci.
Évidemment, pour les générations dont les représentants sont en nombre le plus important aujourd’hui en ces lieux, ce type de rassemblement c’est d’abord un rappel à l’histoire… L’expression d’une certaine nostalgie. La nostalgie qui est l’un des moteurs, à côté de notre raison, d’un engagement sans faille qui date et qui ne s’arrêtera pas.

Mais l’importance de ce type de rassemblement s’exprime aussi à travers un certain nombre de leçons qu’il s’agit de tirer non seulement pour nous mais aussi pour les générations à venir.
 
La première d’entre elles nous ramène à l’histoire… L’assassinat de Jean Jaurès en août 1914 qui demeurait un des derniers remparts contre la guerre impérialiste et la barbarie, ouvrira la porte aux partis sociaux-démocrates pour livrer leurs peuples et les travailleurs des différentes nationalités les uns contre les autres, et ouvrira la voie à cette guerre impérialiste immonde, à cette barbarie qui a vu naître les fusillés pour l’exemple.

Les leçons, c’est le contenu politique de la Commune de Paris qui, comme cela a été rappelé, est profondément actuelle parce que le combat que nous menons aujourd’hui c’est celui qui a été inscrit et c’est celui pour lequel sont morts des milliers et des milliers entre 1870 et 1871.

Ces leçons, ce sont les fusillés pour l’exemple qui, parce qu’ils ont refusé à un moment donné de porter le fer contre les travailleurs qui étaient en face d’eux, ont été assassinés par leur propre hiérarchie. Ces leçons, ce sont aussi ces bataillons russes venus combattre en 14 /18 en France et qui ont été bombardés sur ordre du commandement français, parce qu’en 17 ils avaient décidé de rejoindre leur nation, leur patrie pour mener à terme et faire s’accomplir la révolution d’octobre 1917.

Ces leçons voyez-vous, que nous avons à transmettre à mon sens, c’est bien sûr toute cette nostalgie qui nous anime mais c’est aussi pour les générations à venir ce qui se nomme la lutte de classe, cette lutte impitoyable parce que l’ennemi en face sait ce qu’il veut, il sait ce qu’il fait, il sait qui il combat, il sait pourquoi il assassine.

La lutte des classes, voilà bien la raison principale pour laquelle nous avons à nous rassembler, à nous regrouper, à nous unir et à combattre avec la détermination que nous avons eue jusque-là, parfois avec des doutes, parfois des incertitudes, mais toujours avec clairvoyance, détermination que nous avons à transmettre aux générations à venir, pour aider à trouver la voie de l’émancipation, du développement et du progrès.

Satory
Le 11 novembre 2017

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