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Des conflits armés majeurs sont-ils possibles?

Pourquoi la guerre n'est pas une possibilité abstraite. La crise du capitalisme et la montée des tensions entre puissances la remettent à l'ordre du jour comme une menace immédiate.

Par Denis COLLIN • Internationale • Vendredi 08/09/2017 • 0 commentaires  • Lu 622 fois • Version imprimable


Je ne suis pas le premier à faire ce constat : il y a un certain nombre d’analogies entre la situation mondiale qui a précédé la Première guerre mondiale et la situation présente. Une longue période de « mondialisation » avec un abaissement drastique des frontières douanières, une guerre commerciale féroce et des nouvelles grandes puissances qui ont envie de secouer le joug des anciennes. À quoi il faut ajouter un système d’alliance qui a conduit les somnambules  à prendre les uns après les autres toutes les décisions allaient conduire  à la conflagration et à la grande boucherie d’où sont sortis tous les monstres du XXe siècle.

La longue période qui va de la fin des années 1970 (les reaganomics) à la crise des subprimes de 2007-2008 s’achève. La « mondialisation » marque le pas. Le commerce mondial stagne voire régresse. Les tentations du retour derrière les frontières se manifestent clairement : le référendum britannique et l’élection de Trump en sont des exemples. En Europe, les gouvernements ont perdu la foi. Orban exalte la nation hongroise et les dirigeants polonais disent pis que pendre de l’UE, laquelle continue de fonctionner comme les canards à qui on a coupé la tête et qui continuent de marcher. Les BRICS tentent avec beaucoup de difficultés de mettre sur pied un alternative à la toute-puissance du dollar, ce que l’euro n’est à l’évidence pas, tant les Européens sont de plus en plus à la traine derrière les Américains. Le spectre d’une nouvelle crise encore plus grave que celle de 2007-2008 rode.

Il y a deux dimensions à essayer de comprendre. La première concerne les perspectives du capitalisme et celles-ci ne sont pas bonnes du tout ! Pour toute une série de raisons que j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer, les prochaines décennies se traduiront pas un déclin durable du mode de production capitaliste, à l’image de la stagnation économique et du déclin démographique des pays de la vieille Europe (voir sur la Sociale mes articles intitulés « Effondrements »). L’enrôlement de l’Afrique dans le processus de la mondialisation est bien avancé, souvent sous hégémonie chinoise d’ailleurs et donc les nouveaux terrains potentiels permettant la poursuite de l’accumulation du capital, se rétrécissent sérieusement. La « destruction créatrice » schumpeterienne chère à notre Jupiter de président est nettement plus destructrice que créatrice. C’est seulement en ruinant définitivement des « classes moyennes » et ses populations pauvres que le capitalisme peut espérer trouver une issue provisoire. Comme l’ouragan Irma l’a rappelé : les dérèglements  climatiques pourraient jouer un rôle accélérateur d’une crise de grande ampleur – sauf si on estime que les destructions massives permettent de relancer la machine à produire de la survaleur. Je crois en tout cas que l’on peut être d’accord avec Wallerstein et alii qui annoncent la crise mortelle du capitalisme vers 2050 – soit une bonne trentaine d’années et à mon âge on sait que 30 ans c’est finalement bien peu. (Voir le Capitalisme a-t-il un avenir ?)  

La deuxième dimension concerne la montée des tensions entre nations. Ceux qui annonçaient l’obsolescence des nations en sont pour leurs frais. La première puissance économique mondiale est maintenant la Chine. Son PIB estimé en parité du pouvoir d’achat (PPA) a dépassé celui des USA depuis 2014. Les capitaux chinois s’exportent massivement. Les automobiles Volvo sont produites par une entreprise détenue par des capitaux chinois. Les rumeurs courent d’un rachat de FCA (Fiat-Chrysler) par des fonds chinois. Ports grecs et vignobles bordelais, encore des fonds chinois. Ce n’est donc seulement l’Afrique qui est visée. Évidemment les USA, la première puissance en titre qui reste aussi la première puissance militaire et la première puissance en matière de recherche et de réseaux dans le monde, n’entendent nullement laisser gentiment la place aux nouveaux riches de Pékin.  L’antagonisme entre Chine et USA ne cesse de s’affirmer et avec le régime de la Corée du Nord, les Américains disposent d’un provocateur idéal pour déclencher le moment venu une opération militaire qui, en cas de victoire, mettrait les armées US directement à la frontière chinoise.

L’autre conflit, plus étrange, est celui oppose les USA et la Russie. On croyait Trump poutinolâtre ou poutinophile et partisan de renouer les liens avec Moscou. Mais c’est une toute autre direction qu’ont prise les relations entre ces deux pays au cours des dernières semaines. S’agit-il d’un revirement de Trump. C’est peu probable. En réalité, Trump, assommé par ses premiers échecs et par le manque d’enthousiasme de la majorité républicaine est devenu une simple marionnette. Il ne dirige pas du tout la politique étrangère ni les affaires militaires. C’est le « parti intérieur », le même que sous Obama et Clinton … ou les Bush, qui détermine véritablement la politique des USA, même si c’est parfois de manière chaotique en raison des conflits qui existent entre les principales agences qui sont l’essence même de l’État américain, le FBI, la NSA, la CIA et l’état-major des forces armées (n’en déplaise aux thuriféraires de cette « grande démocratie). Beaucoup de dirigeants de ces institutions sont prêts à faire la guerre qui correspondrait à leurs intérêts. Les dégâts collatéraux ne leur importent guère. Comme les USA dépensent pour leur armement plus que la somme des dix pays suivants au classement mondial des dépenses militaires, ils estiment que leur supériorité mondiale pourrait être rétablie sans contestation possible par le fer et par le feu. La Corée du Nord pourrait être un bon terrain d’exercice pour une guerre nucléaire limitée. Des scénarios de ce genre ont été également imaginés concernant la Russie.

De son côté Poutine joue aussi de la montée de la tension. Cela lui permet d’asseoir sa stabilité à l’intérieur alors même que la contestation du régime reste vive, en dépit de la répression. D’autre part la Russie craint légitimement pour sa sécurité. L’empire russe n’a jamais été un empire ultramarin comme la Grande-Bretagne, la France ou les USA.  C’est la garantie des frontières qui obsède la Russie, laquelle cherche à avoir pour cela des zones-tampon. De nombreuses ex-républiques soviétiques d’Asie centrale abritent des bases américaines. L’OTAN manœuvre en Pologne ou dans les pays baltes.  En maintenant le régime de Bachar en Syrie et en contribuant à la défaite de l’État islamique, la Russie marque des points au Proche-Orient, dans une partie complexe où elle agit sur certains fronts avec l’accord de Washington.

D’autres acteurs sont entrés dans le grand jeu ou y font leur retour. L’Arabie Saoudite a des ambitions régionales qui ne sont un secret pour personne et elle a œuvré systématiquement à la propagation du wahhâbisme aux fins d’assurer son influence. Mais la Turquie du nouveau sultan Erdogan réaffirme avec des moyens politiques et financiers non négligeables sa volonté de s’inscrire dans l’héritage de l’empire ottoman – le très vieux conflit entre ottomans et arabes pourrait ressurgir. L’Iran joue aussi son propre jeu parfois en partenariat avec les Russes, parfois pour son propre compte en s’appuyant sur les chiites.

Bref, les uns ont des raisons légitimes de craindre les ambitions des nouveaux venus. Les autres veulent entrer pour leur propre compte dans le champ de l’histoire mondiale et la vieille puissance impériale américaine, toujours certaine de sa « destinée manifeste », veut conserver sa place. Tous les ingrédients de conflits armés graves sont réunis. Et il faudrait être bien naïf (pour ne pas dire plus) pour en nier le danger.

Comme il s’agit des questions politiques les plus sérieuses, il faut chercher à y répondre sérieusement. Donc réfléchir une politique internationale responsable. Le principal danger auquel nous sommes confrontés réside dans l’alignement systématique des dirigeants européens derrière les Américains. Ce qui interdit à l’Europe et de défendre ses intérêts propres et à jouer le rôle de facteur d’ordre et de paix qu’elle pourrait jouer. En Ukraine, les dirigeants de l’UE ont fait gratuitement le travail des USA en montant une double provocation contre Poutine : inviter l’Ukraine à rentrer dans l’UE et proposer son adhésion à l’OTAN. Exactement ce qu’il fallait pousser Poutine à intervenir et provoquer un début d’éclatement du pays. On retrouve d’ailleurs en Ukraine la stratégie à succès déjà testée dans l’ex-Yougoslavie. Il est vrai que pour tous ces dirigeants la guerre est un jeu intéressant puisqu’il peut permettre de mieux tenir les peuples en laisse.

La question de la lutte contre la guerre pourrait donc retrouver une actualité inquiétante. Pour cette raison une discussion sérieuse sur la politique de défense nationale et les questions de stratégie militaire devrait se mener au grand jour et ne pas rester confinée à quelques cénacles choisis. Il faudrait également revoir toute la question européenne sous cet angle. Je répète une nouvelle fois : la seule chose positive qui gît tout au fond de l’idée de construction européenne a été le « plus jamais ça », plus jamais de guerre entre nous. Donc l’Europe doit être une zone de paix et à ceux qui parlent de « relancer la construction européenne », c’est ce qu’il faut dire : relancer l’idée d’une politique extérieure commune, donc d’un pacte « de paix perpétuelle » comme aurait Kant entre les nations européennes. Pour que cela soit possible, il faut être indépendant de l’OTAN (qui n’est pas européen et comprend de pays aussi peu sympathiques que la Turquie) et prendre l’initiative de négocier sérieusement et sans provocation inutile avec les Russes. Certes Poutine n’est pas un modèle de dirigeant démocratique, mais si on ne discute qu’avec les démocrates, on ne discutera avec personne et, en outre, dans le palmarès des tyrans Poutine est loin de remporter le premier prix puisque quelques-uns des amis préférés de nos dirigeants (Saoudiens, Qataris, etc.) le surpassent et de loin.

Quoi qu’il en soit, les citoyens doivent se saisir de ces questions. La « fin de l’histoire », annoncée après la fin de l’Union Soviétique, n’est pas pour demain.

Denis COLLIN – 8/9/2017

 

L’article qui suit a été écrit afin d’être publié dans la revue Le Marxisme Aujourd’hui il y a plus de vingt ans. Il présente encore de l’intérêt aujourd’hui, me semble-t-il.

La question militaire

Dans le numéro 24 de LMA, Pierre Broué nous appelait à prendre la plume sur les questions soulevées à l’occasion de la décision de  Chirac supprimant la conscription. C’est en effet une question centrale sur laquelle « la gauche traditionnelle conserve un silence étourdissant ». J’ajouterai qu’il en va presque de même pour la gauche non traditionnelle, y compris les groupes qui se réclament du trotskysme et qui ont, en général, oublié l’insistance du fondateur de l’Armée Rouge sur la nécessité absolue d’une politique militaire du prolétariat.

Plusieurs questions sont ici entremêlées que je vais essayer de traiter une par une.

1.    Quelle est la signification de la décision de Chirac ? Dans quelle politique générale s’inscrit-elle et que révèle-t-elle sur la stratégie à moyen et long terme des gouvernements bourgeois ?

2.    Quelle doit être en général notre attitude à l’égard de la question de la « défense nationale » ? Pouvons-nous nous contenter de quelques slogans sur le « défaitisme révolutionnaire » ?

3.    Quelles revendications précises, susceptibles d’être largement comprises, devons-nous défendre si nous ne voulons pas nous satisfaire du simple rétablissement de la conscription ?

Signification de la décision de Chirac

La suppression de la conscription et l’orientation vers une « armée professionnelle » correspond à plusieurs nécessités stratégiques et non pas comme cela a été dit à un simple besoin d’une armée plus économique ; une armée professionnelle risque en effet de coûter beaucoup plus cher que l’actuel système.

1.    Il s’agit d’abord d’accélérer la réintégration de la France dans le dispositif unifié de l’OTAN. La soi-disant « défense européenne » ne joue dans ce cadre qu’un rôle supplétif comme tout cela avait d’ailleurs été fort bien expliqué dans le traité de Maastricht.

2.    La suppression de la conscription correspond également à un changement des missions de l’armée à l’extérieur. Il ne s’agit plus principalement de mener des guerres classiques du type guerre impérialiste traditionnelle ou guerre coloniale. Dans le cadre du « nouvel ordre international » sous direction américaine, les bataillons français doivent participer aux diverses opérations de maintien de l’ordre et de pacification, de la guerre du Golfe à l’ex-Yougoslavie. Pour cela, l’armée de conscription est particulièrement inadaptée et on a pu tester en ces diverses occasions la difficulté pour l’armée française de mobiliser de manière opérationnelle un effectif un tant soit peu conséquent.

3.    La politique de défense nucléaire française a changé. De la dissuasion du faible au fort, qui suppose un armement nucléaire de terreur massive, on est passé au nucléaire tactique et aux « armes de théâtre » utilisables dans des conflits limités. Cette orientation engagée par Mitterrand[1] est poursuivie par Chirac et c’est le sens de l’arrêt des essais nucléaires grandeur nature – la dernière campagne de Mururoa n’a servi que d’écran de fumée pour masquer le sens réel de la politique chiraquienne.

4.    Une des préoccupations essentielles des dirigeants occidentaux est le maintien de l’ordre intérieur. Les dangers d’émeutes urbaines, type Los Angelès, sont prises au sérieux par les états-majors. Des plans « secret défense » définissent les modalités et de répression de ces émeutes éventuelles et de manipulation de l’opinion publique par le contrôle des médias. Pour ces tâches, l’armée de conscription est particulièrement inadaptée – chez les ganaches on doit encore avoir le souvenir des braves pioupious du 17!

La question de la défense nationale

L’exposé rigoureux du sens de la politique des classes dirigeantes ne saurait nous dispenser d’avoir une réflexion sérieuse sur la question de la défense nationale et du patriotisme. Le nationalisme et l’exaltation chauvine que pratiquent les classes dirigeantes quand le besoin s’en fait sentir n’est une simple intoxication de l’opinion publique aux de guerres impérialistes. D’une part les classes dirigeantes renoncent volontiers à la défense de la patrie quand leurs intérêts sont en cause. Des nobles émigrés pendant la Grande Révolution jusqu'à la divine surprise pétainiste en passant par l’écrasement de la Commune de Paris, les élites n’ont jamais manqué de sacrifier l’amour de la patrie à l’auri sacra fames et le peuple de France a eu maintes fois l’occasion de lier d’un lien solide son patriotisme et la défense des revendications sociales.

Il faut donc distinguer le patriotisme du peuple et le nationalisme des dirigeants. Le patriotisme du peuple a un contenu social libérateur. La défense de la patrie – cet amour de la patrie dont Rousseau disait qu’il est le sentiment nécessaire à tout peuple qui veut un régime démocratique fort – signifie la défense des siens, de son travail, de sa vie, de ses acquis sociaux et même aussi de toutes ces particularités nationales à travers lesquelles se forge une identité. C’est cette arène réelle que nous devons mener le combat, pas dans l’arène imaginaire du mondialisme. Nous sommes prêts à défendre la patrie, mais ce doit être notre patrie, pas celle des « 200 familles » et des trusts et « marchés ». Et pour défendre notre patrie, l’armée doit être notre armée et nous devons avoir notre propre politique militaire et notre propre politique étrangère.[2] Evidemment aujourd’hui ni la patrie ni la démocratie ne semblent menacées par une invasion militaire étrangère, mais elles le sont par la soumission des classes dirigeants (« socialistes » compris) à l’impérialisme US. La situation pourrait, en outre, changer du tout au tout, si un gouvernement « vraiment de gauche » entreprenait de rompre avec Maastricht, de sortir de l’OTAN et d’exproprier les trusts « multinationaux ». Un tel gouvernement aurait besoin de tous les moyens, y compris militaires, pour assurer son indépendance nationale.

Il faudrait discuter sérieusement dans ce cadre de notre attitude spécifique à l’égard de l’arme nucléaire. La tartufferie des traités de non-prolifération doit être dénoncée : on réserve aux titulaires officiels de cette arme (par ailleurs membres du Conseil de sécurité de la « caverne des brigands » qu’est l’ONU) le monopole d’une arme qui n’a même plus l’excuse de l’équilibre de la terreur et qui est ouvertement destinée au maintien de l’ordre et à la dissuasion  à l’égard du « Sud ». Je ne crois pas non plus que le nucléaire stratégique de l’ancienne doctrine gaulliste puisse être défendu. Le général Copel a montré, il y a quelques années, que ce n’était qu’une nouvelle ligne Maginot.[3] En tous cas, il faut nous demander ce que nous ferions du nucléaire si nous arrivions au pouvoir. J’avoue ne pas avoir de position complètement ficelée, mais je voudrais souligner l’importance qu’il y a à nous poser ces questions maintenant.

La question de la conscription

Il faut d’abord tordre le cou à la vieille idée que l’armée de conscription est un héritage révolutionnaire et qu’elle serait, en soi, démocratique. A Valmy, comme on le sait, ce sont des volontaires qui ont combattu et la conscription correspondit aux besoins des guerres extérieures impérialistes. L’armée chilienne de Pinochet n’était pas uniquement une armée de métier. Si Trotsky demandait qu’on ne s’oppose pas à la conscription américaine en 1940, c’était dans une situation assez particulière. Et je voudrais rappeler que l’opposition à la conscription a été un puissant facteur de développement du mouvement anti-guerre aux USA pendant la guerre du Vietnam, tout le mouvement des rappelés en France pendant la guerre d’Algérie. Dire « on rétablira la conscription en 98 », comme le proposent certains de nos amis, c’est faire l’économie d’une réflexion sérieuse.

La conscription n’a pratiquement aucun soutien dans les jeunes générations et ses anciennes justifications (brassage social, etc.) ne correspondent plus à rien. L’idée de service civil en remplacement ou en complément du service militaire est une idée réactionnaire dont le seul but est de procurer du travail gratis supplémentaire et d’accroître ainsi les difficultés des jeunes. Dans les lycées, on remplace les MI/SE par des appelés du contingent ! Pour tous, le service militaire, c’est essentiellement perdre un an, sans aucune formation militaire réelle. C’est aussi souvent le lieu des brimades, des humiliations et de l’embrigadement de la jeunesse.

Pourquoi la gauche au pouvoir n’a-t-elle pas réduit le service militaire au temps des classes (1 à 2 mois) complété par des périodes de 4-5 jours tous les ans qui n’ont aucun besoin d’être effectués dans des casernes à 500 ou 1000 km de chez soi ? Pourquoi pas une organisation systématique de la défense civile et une formation de toute la population aux techniques de résistance passive ? Ce serait là un moyen d’assurer la défense du pays de manière efficace et de rendre toute invasion classique. Pour les capitalistes, ce serait évidemment inacceptable car serait le spectre du « peuple en armes » qui se dresserait, mais  ce serait un vraie école de civisme et de politique.

Il faudrait évidemment maintenir une armée de métier. Mais là encore de profondes réformes de structure permettrait de la démocratiser, incluant, aux moins en temps de paix, l’existence de tous les droits démocratiques dont bénéficient les fonctionnaires (y compris les droits syndicaux, car le militaire de métier doit aussi gagner sa vie, s’occuper de sa famille, etc.) et la mise en place de commissaires élus à tous les niveaux pour contrôler cette institution spéciale qui détient le monopole des armes. Il faudrait également des procédures de contrôle démocratique des écoles militaires.

Voilà de bons moyens de réconcilier l’armée et la nation. Mais ils supposent la rupture avec les classes dirigeantes et leurs conseillers et experts.

Le 3 septembre 1996.

Denis COLLIN

 



[1] La fameuse question des missiles Pershing à installer en RFA joue ici un rôle fondamental, et pas seulement parce qu’elle marque le début de l’amitié Mitterrand et Kohl.

[2] Sur ces questions, je ne peux que renvoyer aux derniers articles de Trotsky (Août 40) qui sont d’une clarté absolue.

[3] Voir Général Copel : « Vaincre la guerre, c’est possible ! » (Gallimard 1985).


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