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Le pacte de stabilité européen est un piège

Par Pierre Delvaux • Actualités • Vendredi 01/04/2011 • 1 commentaire  • Lu 1765 fois • Version imprimable


Ci-dessous un article de l'AFP qui prouve que le Pacte de stabilité européen s'est piégé lui-même comme il fallait s'y attendre. Hormis le fait qu'il n'était envisageable qu'avec des économies de même niveau dans les différents pays d'Europe, ses buts officiellement affichés ne pouvaient aboutir que si les marchés, dans un grand sens de l'éthique, s'abstenaient de spéculer sur les dettes des uns et des autres. Qui pouvait sérieusement l'imaginer ?  Le milliardaire Warren Buffet qui sait de quoi il parle n'a pas déclaré par hasard Jeudi dernier :  "Un effondrement de l'Euro n'est pas impensable si la monnaie unique commence à subir trop de pression. Je sais que certains estiment que c'est impensable, mais je ne crois pas que ce soit impensable".  Si nos dirigeants avaient l'humilité de reconnaître leurs torts et un vrai sens des responsabilités, ils oeuvreraient actuellement pour une sortie coordonnée de l'Euro avant l'effondrement désordonné de celui-ci. Il n'en est rien pour des raisons que nous avons analysées sur et qui provoquent déjà une crise politique majeure en France et dans d'autres pays européens (tout récemment la démission de Socrates au Portugal). Calfeutrés dans les corridors de Bruxelles, de l'Elysée et des studios de télévision, aveuglés par leurs certitudes européistes, l'ensemble des dirigeants politiques et des commentateurs médiatiques qui ne parlent qu'entre eux nous entraînent dans la plus grave des crises. Bonne lecture.

 
Pierre
 

LES AGENCES DE NOTATION S'ATTAQUENT AU PLAN EUROPEEN DE SORTIE DE CRISE

Par Aurélie MAYEMBO

                  

                   PARIS, 30 mars 2011 (AFP) - Et si le mécanisme européen de lutte contre les crises amplifiait la défiance des investisseurs envers les dettes de certains pays de la zone euro ? C'est ce que suggère l'agence de notation Standard & Poor's, qui vient d'abaisser les notes de la Grèce et du Portugal.

                   "Certains de nos clients nous disent +non, merci, nous ne voulons plus de titres de dette périphériques (pays fragiles de la zone euro)+", affirme Christian Parisot, économiste pour la maison de courtage Aurel.

                   "Nous avons même un client qui lance un fonds d'assurance-vie qui exclut les PIGS (acronyme désignant le Portugal, l'Irlande, la Grèce et l'Espagne). Le risque est que la demande s'efface pour ces pays", poursuit-il.

                   La décision de S&P's pourrait amplifier le phénomène: l'agence de notation a dégradé mardi la note de la Grèce et celle du Portugal, qui n'est plus qu'à un cran de la catégorie spéculative.

                   Mais au lieu de blâmer la trop lente réduction des déficits, l'agence de notation cite le risque de restructuration des dettes grecque et portugaise, dans le cadre du mécanisme de soutien européen qui sera mis en place mi-2013.

                   Dans cette hypothèse, les détenteurs d'obligations grecque ou portugaise ne seraient pas intégralement remboursés en cas de restructuration, au risque qu'ils se détournent de ces titres de dettes, devenus plus risqués. Le risque a jusqu'à présent été évité, les Etats européens ayant volé au secours d'Athènes ou de Dublin, sans aucune pénalité pour les détenteurs d'obligations grecques ou irlandaises.

                   Mais la donne a changé. S'appuyant sur les conclusions du dernier sommet européen (24-25 mars), l'agence S&P estime que la restructuration de la dette pourrait être "une condition préalable" pour qu'un pays en difficulté emprunte auprès du Mécanisme européen de stabilité (MES), appelé à remplacer en 2013 le Fonds européen de soutien, crée dans l'urgence au printemps 2010.

                   Dans son communiqué, le Conseil européen indiquait vendredi dernier que "l'État membre bénéficiaire (du MES) devra mettre en place les modalités appropriées d'une participation du secteur privé, en fonction de la situation qui lui est propre et en totale conformité avec les pratiques du FMI", le Fonds monétaire international.

                   Pour Jean-François Robin, spécialiste de la dette chez Natixis, "le MES prêtera de l'argent à condition que les investisseurs privés soient mis à contribution. Cela signifie qu'on organise partiellement un défaut du pays que vont devoir supporter ces investisseurs".

                   Or, "comme on a pu le voir avec l'Argentine, un pays met environ dix ans à retrouver la confiance des marchés après une restructuration de dette", rappelle M. Parisot. Cette hypothèse augmenterait donc encore un peu plus la dépendance des pays en difficulté aux mécanismes de soutien européens.

                   Mercredi, l'agence Fitch a elle aussi affirmé que la "mise à contribution du secteur privé", dans le cadre du mécanisme permanent d'aide aux pays européens les plus fragiles, augmentait le risque d'une restructuration de la dette.

                   Pour M. Robin, les agences de notation sont clairement "en train d'engager un bras de fer avec la zone euro" en critiquant à haute voix les dispositifs de soutien qu'elle met en place.

                   Mercredi, la réaction des autorités européennes ne s'est pas faite attendre. Un porte-parole de la Commission européenne a indiqué que Bruxelles a sa "propre évaluation" de la situation grecque "et ce n'est pas la même" que celle de l'agence de notation S&P, sans donner plus de détails.

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Commentaires

Quel sera le choix ultime de nos dirigeants : construction européenne ou ordo-libéralisme ? par gilles le Vendredi 15/04/2011 à 20:20

Il me semble que les dirigeants de l'UE sont dans un dilemme dont il est difficile pour eux de sortir avec les oeillères idéologiques dont ils sont encore pourvus ( jusqu'à quand ? ).
Je m'explique : outre la paix et la reconstruction, un des buts de la « construction » européenne était et est toujours d'imposer une camisole ordo-libérale.

Voir les travaux de François Denord et son ouvrage : « L'Europe Sociale n'aura pas lieu » .

http://www.google.com/search?ie=UTF-8&oe=UTF-8&q=François%20Denord%20et%20son%20ouvrage%20%3A%20«%20L%27Europe%20Sociale%20n%27aura%20pas%20lieu%20»




[…]Les points communs des ordo-libéraux, c’est d’être convaincus que le libre marché doit être construit, que la tâche même de la politique devient celle d’établir une société de marché. C’est d’ailleurs le sens exact de l’expression allemande « économie sociale de marché » : il ne s’agit nullement de concilier l’économique et le social, mais de prendre en compte la nécessité de construire la société où s’imposera le marché. Le livre donne ainsi un aperçu sur la notion d’ordolibéralisme allemand, très proche du néolibéralisme.[…]


L'ordo-libéralisme, consiste, en réaction à l'impuissance du libéralisme classique face à la crise de 1929 et en opposition au marxisme et au keynesianisme, à donner à l'État la responsabilité de créer un cadre légal et institutionnel à l'économie, et de maintenir un niveau sain de concurrence « libre et non faussée » via des mesures en accord avec les « lois » du marché.



Or, la crise des finances publiques qu'a crée l'ordo-libéralisme lui-même en sauvant les banques par les contribuables sans aucune contre-partie de contrôle politique de ces mêmes banques, au nom de la concurrence libre et non-faussée, ne peut pas se dénouer avec les mesures récessives d'austérité que prône le même ordo-libéralisme.

En résumé : La « construction » européenne a été, entre autres buts, crée pour imposer l'ordo-libéralisme sans tenir compte de l'avis des populations et maintenant ce même ordo-libéralisme est en train de soigner la « construction » européenne, soigner mais au sens des médecins de Molière, c'est à dire que le malade mourra guéri !

Il me semble, mais je demande l'avis des autres membres de « La Sociale » , que le choix décisif se rapproche de nous :

— soit une autre construction européenne avec au minimum dans le domaine économique des solutions keynésiennes à l'intérieur, comme celles exposées par Frédéric Lordon dans son dernier article d'avril 2011 dans « Le Monde Diplomatique » (monnaie commune, fluctuation des monnaies nationales grâce à une chambre de compensation des déséquilibres …),

c'est à dire : une solution très difficile à mettre en oeuvre, à cause de la constitutionnalisation des choix politiques ordo-libéraux dans le TCE et vu le dogmatisme des dirigeants actuels conforté par le bouclier anti-démocratique que constitue l'UE ( j'ai l'impression que ces dirigeants tiennent plus à leur ordo-libéralisme qu'à la construction européenne, sinon il y a longtemps qu'un tournant keynésien aurait du avoir lieu )

— soit la restauration de l'autonomie des pays ex-membres de l'UE




 



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