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Une journée particulière ?

Par Denis Collin • Actualités • Dimanche 05/09/2010 • 5 commentaires  • Lu 1592 fois • Version imprimable


Le samedi 4 septembre devait être une journée de mobilisation – nous avions relayé, à notre modeste échelle, cet appel à descendre dans la rue pour défendre les valeurs de la république face au déferlement de discours xénophobes adressés par quelques ténors du gouvernement, assortissant la démagogie de menaces directes sur le code de la nationalité. La première république fut proclamée le 21 septembre 1792, mais comme la république avait été à nouveau proclamée le 4 septembre 1870 après la chute du second empire. Le samedi 4 septembre nous promettait donc de combiner mobilisation et mémoire. Sans être ridicule, la mobilisation est restée assez limitée. Entre la police qui annonce 77500 manifestants (on admirera la précision !) et les organisateurs qui en revendiquent 100.000 l’écart n’est pas bien grand et tout le monde est donc d’accord sur l’ordre de grandeur. Du coup, « le gouvernement plastronne » comme le titre Le Monde. Il tire de cette faible mobilisation l’idée que sa situation réelle dans le pays n’est pas aussi mauvaise que le pensent les médias. Il a sans doute tort, mais il joue de la situation. Il aurait tort de s’en priver.

La réalité est, en effet, que les manifestants étaient essentiellement ceux des organisations politiques, syndicales, et de défense des droits de l’homme, qui d’ailleurs n’ont pas fait le plein de leurs troupes, auxquels se sont ajoutés les citoyens engagés aux côtés des immigrés et des sans-papiers. Alors qu’il aurait fallu dresser un vaste rassemblement républicain, on n’a pas pu ou pas voulu réunir autre chose que la couche « politisée » de la gauche et de la sensibilité « démocrates » des classes moyennes. On remarquera et c’est évidemment une leçon capitale que ni la jeunesse ni les ouvriers ne se sont mobilisés. L’antiracisme des années 80, avec tous ses défauts dont nous avons eu l’occasion de parler, avait au moins l’avantage de mobiliser de larges franges de la jeunesse, celles-là qu’on retrouvait ensuite dans les mouvements étudiants qui ont fait reculer le pouvoir à plusieurs reprises. En particulier, les jeunes issus de l’immigration n’ont pas accordé le moindre intérêt aux appels à manifester de la gauche. Enfin, et là c’est encore plus criant, si possible, les ouvriers n’ont absolument rien à faire des mobilisations démocratiques en faveur des immigrés. On peut se raconter de belles histoires, se consoler avec des slogans, il vaut mieux regarder la vérité en face, quelque amère qu’elle soit.

Pourquoi les couches et classes sociales qui sont les premières victimes de la crise se désintéressent-elles de ce qui a si longtemps fait le dernier lien de toute la gauche ? On peut critiquer l’égoïsme des classes populaires, l’individualisme effréné d’une jeunesse intoxiquée par la société de consommation et se répéter que « de notre temps » ce n’était pas pareil ! Il est peut-être plus utile de se constater que les luttes en faveurs des immigrés et des sans-papiers apparaissent, à tort ou à raison, comme des dérivatifs à la « question sociale ». S’occuper des Roms, c’est très bien. Mais où sont les manifestations contre les coupes sombres dans les allocations handicapés ? Où sont les déclarations indignées des intellectuels contre les fermetures d’usine, les délocalisations ? Quelles associations se mobilisent pour le droit des jeunes à trouver un emploi convenablement payé et non à courir de stages en emplois précaires avec des salaires de misère ? « Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins » remarquait Jean-Jacques Rousseau. Il est bien possible que cette forte pensée explique la coupure qui existe entre la gauche militante et les classes populaires et la jeunesse.

Quelle que soit l’ampleur des grèves et manifestations annoncées pour mardi 7 septembre, il serait bon de se rappeler l’existence de ces profondes fractures qui ne concernent pas que la question de l’immigration. Si l’immense majorité de la population active est salariée (près de 90%), on ne devrait pas oublier que les 2/3 travaillent dans des PME qui ne font pratiquement jamais grève. On compte également près de 10% de CDD. Le gouvernement, qui connaît les réalités sociales mieux que bien des politiciens de la gauche, même radicale, sait bien qu’une grosse mobilisation des fonctionnaires n’a absolument aucune importance si elle n’est pas reliée aux sentiments des plus larges masses.

On ne peut s’empêcher de penser que le devant de la scène est encore occupé par une « vieille gauche » et un « vieux mouvement ouvrier » qui sont d’abord des survivances du passé, d’un passé qui s’évanouit un peu plus chaque jour. Quelles sont les forces qui pourraient demain être les gardiennes de la liberté, les porteuses des luttes pour l’émancipation ? Personne ne semble aujourd’hui en mesure de répondre à cette question. Mais on commence à savoir où se trouvent les impasses. Il faut laisser les morts enterrer leurs morts, disait , citant l’Évangile.


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Commentaires

par sinziana le Lundi 06/09/2010 à 10:18

Les révolutionnaires sont à la plage. On leur a donné des congés payés et des écrans plats, c'est bon. Et c'est humain: la "lutte", ça va cinq minutes, mais la vraie vie est ailleurs. Les gens redescendront dans la rue quand ils auront faim.


par quent1 le Lundi 06/09/2010 à 11:49

En ma ville Evre heureux à 15h'Eure sça m'dit de l'dire : same di aprème le soleil chauffait un peu trop allegro ma non troppo devant l'Hôtel de ville et la rue passante des ex Nouvelles Galeries, un jour pas si ancien fermées pour s’en aller vivre en beauté délocalisation-externalisation vers les USA, tant pis pour les employé-e-s viré-e-s sans pitié ni remords, loi de l’offre et de la demande et du commerce de l’échange capitalistique qui remonte à bien au moins 3 siècles si ce n'est plus !

Si ma mémoire ne me joue pas des tours la fermeture définitive se fit un sale hiver de novembre-décembre du siècle précédent, où juste avant tous acheteurs se précipitaient pour acheter en soldes la liquidation des stocks avant le baisser de rideau, je ne citerai pas de noms mais j'en connaissais et en connais toujours de ces acheteurs qui avaient voulu y aller pour assouvir leurs propres besoins ou parfois aussi pour accompagner de la famille de passage voulant fêter dignement en fratrie Noël ou la Toussaint, fête des défunts, le costume de la fin en liquidation se mariait bien avec la fête des défunts. Pour ma part je n’avais pas voulu y aller, sommes-nous des charognards ? honte devant l’affluence et les files d’attente que la presse locale avait rapporté.

Enfin je me souviens que certain-e-s salarié-e-s avaient pu se recycler dans d’autres petits travaux et j’en connais au moins une qui regrette son ex-travail mais, comme tant d’autres, quel choix avait-elle ?

En ce samedi de septembre 2010 de cela les divers appelants n’en ont pas parlé tout comme ils n’ont dit mot 2009-2010 des maux des salariés des autres sociétés privées en grand péril, enfin là n’était pas le sujet mais peut-être s’il y avait unité contre les diverses attaques subies en tous domaines et quelles que soient les couleurs, appartenances et jets publics ou privés cela ne monterait pas les uns contre les autres qu’ils soient pauvres ou un peu moins pauvres. Je rêve !

Pour conclure en compagnie d’un samedi de RDV d’eurois et ébroïciens à Evreux, écrasée par la chaleur estivale : nous étions environ 250 hier selon les comptages d’un ami mais si je rajoute dans le comptage le fait probant que nous avons tous plus ou moins tous au moins 2 pieds cela ferait donc 250 X 2= 500 et si je compte les cannes, les béquilles et les fauteuils roulants cela fait bien plus et il y en avait présents de ces citoyens équipés de cannes et fauteuils. Gardons espoir pour le futur simple et antérieur à revenir un jour prochain de 2984, qu'il soit un jour de semaine dont un samedi ou un Vivement dimanche (qui n'est pas le film du grand F.T.) ou espoir d'Un dimanche à la campagne (là encore sans le grand B.T.) donc espérons que bientôt renaîtront de nombreux dimanche à la campagne ou à la ville sans avoir besoin ce jour-là de travailler obligatoire dans le commerce de peur de se faire virer comme un vieux mouchoir usagé si l'on refuse et dit NON?


par Serge_Gomond le Lundi 06/09/2010 à 13:01

Denis Collin écrit : « … Quelles sont les forces qui pourraient demain être les gardiennes de la liberté, les porteuses des luttes pour l’émancipation ?                                                     Personne ne semble aujourd’hui en mesure de répondre à cette question. … »

S.G. : Sans répondre à cette difficile question (qui en entraîne d’autres bien sûr), on peut d’ores et déjà être certain de connaître celles et ceux qui manipulent l’éteignoir et utilisent le mépris. Tout est dans tout, la liberté et l’émancipation sont des forces naturelles en chacun de nous, en recouvrant la liberté nous nous émanciperons.


Les deshérités ? Ils sont maso ! par Djamal le Vendredi 10/09/2010 à 00:06

Ce sont, hélas, en majorité des deshérités qui ont voté pour un Sakophage !


par Peretz le Samedi 25/09/2010 à 20:41

Ce ne sont pas les déhérités qui se révoltent, mais ceux juste au dessus. Les premiers n'en ont pas la force. Les seconds doivent d'abord tomber à leur niveau. Mais tout ce qui se dit auparavant n'est pas perdu.  D'autre part sortir de la légalité fait peur, on ne sait jamais ce qu'il adviendra. 



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