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Chercher les voies d'une revitalisation du mouvement par en bas

L'humanité du 27 novembre 2010 - "Le réalisme, un piège pour la gauche?"

Par Denis Collin • Actualités • Samedi 27/11/2010 • 9 commentaires  • Lu 1738 fois • Version imprimable


Certains ont encore en mémoire ce slogan de mai 68 : « soyez réalistes, exigez l’impossible ». Le réalisme d’aujourd’hui nous convie à demander moins que le possible, pour avoir une petite chance d’obtenir une partie de cette revendication au rabais. N’incriminons pas seulement l’évolution des sommets des principaux partis politiques. Il y a, chez la grande majorité des citoyens, une méfiance à l’égard des solutions radicales. En dépit des errements du PS, jamais une alternative radicale « anticapitaliste » n’a réussi à s’imposer : 10% à 15% des électeurs, tous candidats confondus, dans les « hautes eaux ». Rappelons que Marchais dépassait les 15% en 1981 (LO et le PSU obtenaient encore 3 ,5%). Et c’était pour le candidat du PCF un mauvais résultat, face à un candidat du PS lui-même sur des positions très « à gauche » : à cette époque le PS promettait « la rupture avec le capitalisme » ! Rien de moins.

L’évolution des esprits a été profonde. Et si le communisme est bien « le mouvement réel » comme le disait , il faut partir non des dogmes qu’on voudrait imposer mais du mouvement réel. Dans les partis qui se situent à gauche du PS comme dans l’aile gauche du PS, on répète volontiers que pour gagner contre la droite, il faut des positions « vraiment à gauche ». Mais ce n’est pas certain : même quand le « vote utile » ne joue pas, comme lors des récentes élections régionales ou européennes, le PS a raflé la mise s’affirmant comme le principal parti d’opposition. Abstraitement parlant, on peut dire, à raison, que la crise dans laquelle nous sommes ne peut être vaincue sans mesures qui mettent en cause, sérieusement, la domination du mode de production capitaliste. Notre société est malade de la loi de l’accumulation du capital ! C’est facile à montrer dans tous les détails, y compris quand on parle de crise environnementale. Au-delà de ce constat, pourtant, manque la confiance dans une autre perspective. Plus personne ne croit au socialisme collectiviste d’antan, non pas à cause de la propagande des « ennemis de classe », mais en raison de l’expérience historique. Tout le monde sait ou sent qu’on ne reviendra pas à la période des « trente glorieuses » et aux compromis keynésiens. La jeunesse est en profonde rupture avec le monde des vieux partis du mouvement ouvrier, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit dépolitisée ou égoïste comme on le dit ici et là : elle est simplement sceptique sur la pertinence de discours et de politiques vieux d’un siècle et plus et qui ont soit montré leur échec soit sont devenus obsolètes. Enfin, il est facile de comprendre qu’une gauche divisée, sans projet commun, une gauche dans laquelle chacun cherche surtout à s’affirmer contre les concurrents du même camp, a peu de chance de conduire à des ruptures que la situation appelle objectivement. D’où le paradoxe : faute de solutions alternatives jugées accessibles et applicables, le vote contre une droite dévastatrice se porte de façon assez conservatrice vers le PS, sans illusion sur la possibilité d’inverser ainsi le cours des évènements.

Le réalisme commande de chercher les voies et les moyens d’une revitalisation du mouvement « par en bas ». Et cela demande non des analyses savantes sur la crise du capitalisme, mais l’action en faveur de tout ce qui va dans le sens de l’auto-organisation. Permettre aux citoyens de s’emparer de leurs propres affaires pour les conduire, les mener comme ils peuvent en débattre et le décider. Qu’il s’agisse des mouvements associatifs, de l’éducation populaire, des organisations de défense contre la dégradation de l’environnement, des mouvements de défense des services publics, des mouvements paysans ou encore des coopératives. Bref de tout ce qui pratiquement ouvre une voie non-capitaliste. L’action politique pourrait alors être conçue non comme la proposition et la mise en œuvre par en haut, par décrets, d’un programme anticapitaliste, mais plutôt comme la réalisation des conditions politiques qui permettent à ce genre de mouvements d’en bas de vivre et se développer : réforme de la constitution, défense des libertés démocratiques, de l’autonomie des communes – donc contre la « réforme » des collectivités locales – et des services publics conçus comme des moyens qui permettent à tous de développer les initiatives pratiques. Cela exigerait aussi un protectionnisme raisonnable, dont l’idée est maintenant assez largement partagée à gauche. Bref un large bloc social et politique qui contribuerait grandement à régénérer la vie politique dans notre pays. Mais ces propositions modestes ne sont peut-être pas « réalistes » dans l’ambiance putride créée par l’élection présidentielle plébiscitaire inventée il y a un demi-siècle.

 Denis COLLIN

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Commentaires

Chercher les voies d'une revitalisation du mouvement par en bas par vladimir le Samedi 27/11/2010 à 13:00

vers la desobeissance europeenne ?

Les syndicats irlandais appellent à défiler contre l'austérité

Les syndicats irlandais appellent ce samedi à une grande marche dans les rues de Dublin contre l'austérité et la décision du gouvernement de solliciter l'aide de l'UE et du FMI. Les organisateurs attendent plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Le cortège aura pour destination la Poste centrale, quartier général de l'insurrection irlandaise de 1916 où fut proclamée la république, et symbole de l'indépendance du pays. La dernière grande manifestation depuis la crise de 2008 a eu lieu en début d'année dernière et a rassemblé quelque 100.000 Irlandais.

Le gouvernement de Brian Cowen a présenté mercredi un plan de réduction des déficits sur quatre ans qui doit se traduire par 15 milliards d'économies. Dublin a parallèlement accepté dimanche dernier le principe d'une aide conjuguée de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI) dont les modalités devraient être dévoilées ce week-end.

ats / 27 novembre 2010 05:56

http://www.romandie.com/infos/ats/display2.asp?page=20101127055635820172019048094_brf005.xml

La colere risque d’etre rude,debouchera t elle sur un mouvement de desobeissance civile durable et contagieux a toute l’Europe ?

Les tigres irlandais abandonnent sur place leur moteur

par Philippe Béchade

Vendredi 26 Novembre 2010

.......Il suffirait de peu de chose --comme une pincée d'austérité -- pour que la situation bascule comme en Espagne ou en Irlande. Dans ces pays, les parkings des centres commerciaux de taille secondaire sont de plus en plus clairsemés le week-end, tandis que les plus grands malls surnagent à coup d'opérations "super promo" et "prix cassés", sans oublier des attractions parfois dignes des casinos de Las Vegas.

A Dublin, il existe au moins un parking qui connaît une affluence inhabituelle depuis quelques mois : il s'agit de l'ère de stationnement longue durée de l'aéroport international de la capitale, situé près de la bourgade de Sword.

Beaucoup de véhicules semblent simplement attendre d'y être intégralement recouverts de poussière, de feuilles mortes et de toiles d'araignée. Et curieusement, les portières de nombreuses grosses berlines allemandes ou d'orgueilleux SUV qui s'enracinent dans le bitume ne sont même pas verrouillées.

Plus surprenant encore, les clés sont restées sur le contact et la carte grise est posée bien en évidence sur le tableau de bord. Il n'y a plus qu'à prendre place à bord, régler la hauteur du siège conducteur, actionner les essuie-glaces pour retrouver de la visibilité... et écouter ronronner le moteur.

Mais où sont donc passé les propriétaires ? Le plus souvent au Canada, en Angleterre ou en Australie selon la police et les organismes de crédit qui leur avaient envoyé le dernier "commandement avant saisie du véhicule".

L'Irlande a recommencé à subir une vague d'exode sans précédent depuis un siècle. Sans boulot, sans espoir d'en retrouver un avant 2015, sans protection sociale, sans domicile -- les huissiers sont submergés de procédures de foreclosure à la demande des banques créancières --, des milliers d'Irlandais quittent le pays avec un aller simple en poche.

Ils abandonnent le peu de biens matériels qui leur restaient en propre pour fuir des mois de grisaille et des années de surendettement, débouchant sur une infamante faillite civile.......

http://www.la-chronique-agora.com/articles/20101126-3214.html

Dimanche soir,lors de l’annonce du plan d’austerité,a la sortie du palais de Dublin,les vehicules gouvernementaux furent chahutés,bien plus que jamais en France..
(Antenne 2,lundi 13H)

.....Un syndicat, le TEUU, appelle déjà à la « désobéissance civile »


Re: Chercher les voies d'une revitalisation du mouvement par en bas par lucien57 le Samedi 27/11/2010 à 15:32

Bonjour,
Moi aussi je partirai bien mais pour aller ou ? je suis Francais pas toujours fier de l'êtr je doit dire ce qu'il faudrai sa serrrai une vrai manifestation europeenne une vrai revolution


Relire Friedrich List par Gabriel Galice le Samedi 27/11/2010 à 13:31

 Il est pertinent d'évoquer un protectionnisme raisonnable. Relire les meilleurs passages du Système national d'économie politique de Friedrich List.
Gabriel Galice


par vladimir le Samedi 27/11/2010 à 16:55

toutes les propositions pertinentes se heurte a un mur ...q'il s'agit au moins de fissurer

Syndicat des electriciens et mecaniciens Irlandais 45 000 membres

Communiqué de presse : campagne de désobéissance civile

TEEU dit qu’il va profiter de la campagne de désobéissance civile pour s’opposer au Plan national d’attaque sur les travailleurs et les chômeurs

Union des techniciens d’ingénierie et électriques a condamné le plan de relance national.

Secrétaire général Eamon Devoy dit ce soir, "Les propositions contenues dans le plan confirment nos pires craintes de ce que le gouvernement avait en tête pour sa dernière de renflouer les banques.

Lors de notre conférence délégués week-end dernier a voté massivement pour une campagne de désobéissance civile si le gouvernement n’a pas déclenché des élections et je peux dire maintenant que nous sommes prêts à mener une campagne similaire pour s’opposer à ce plan si elle est mise en œuvre.

Sur un intérêt particulier pour nos membres est la proposition de« révision d’éliminer les anomalies dans les contrats d’emploi inscrits (REA) et de l’emploi ordonnances sur la réglementation (ERO) dans les trois mois.

On ne sait pas ce qu’on entend, mais, compte tenu de la forme passée, il semble être un langage codé pour couper les salaires de centaines de milliers de travailleurs dans des secteurs comme la construction, de l’électricité et le tourisme, tout comme le salaire minimum national est tirée vers le bas.

La hausse des frais proposés pour les étudiants, les taux de TVA plus élevés, des CAFE et coupes inévitables dans les services publics ont un impact sur les familles à revenu faible et moyen.

En revanche il n’y a pas augmentation des taxes sur le capital, ne prévoit pas de pénaliser les exilés fiscaux et pas de taux plus élevés CAFE pour les hauts revenus.

Si rien d’autre aujourd’hui que le gouvernement a rédigé une brochure de 140 pages de recrutement pour mars prochain samedi par le Congrès irlandais des syndicats recherche d’une voie plus équitable,

http://www.teeu.ie/news/showtest.asp?id=391

site aussi en Russe et Polonais

24th November TEEU says it will use civil disobedience campaign to oppose National Plan attack on workers and unemployed


par LEMOINE le Dimanche 28/11/2010 à 12:31

"Le réalisme commande de chercher les voies et les moyens d’une revitalisation du mouvement « par en bas ». Et cela demande non des analyses savantes sur la crise du capitalisme, mais l’action en faveur de tout ce qui va dans le sens de l’auto-organisation."

On entend cela partout ces derniers temps. Il est effectivement facile de faire la critique des échecs passés et d'en tirer la conséquence qu'il faut imaginer autre chose. Pourtant, il me semble que plus que jamais il faut partir d'une analyse de la situation. L'expression "analyses savantes" par sa charge polémique évite de poser réellement le problème de ce qui, dans l'évolution récente du capitalisme, va dans le sens du socialisme. C'est cela sans doute "le mouvement de l'histoire" que Marx avait en vue.
 
Il me semble que si on considère l'évolution des modes de gestion des groupes capitalistes, on voit la place grandissante de la planification. Cette planification est soumise à l'impératif du profit, mais elle inclut de plus en plus les critères de meilleurs pratiques, de techniques les meilleures. Elle est de plus en plus multi critères. Les arbitrages financiers ne sont pas tous, non plus à condamner. Beaucoup de choses sont à garder de la gestion capitaliste. C'est pourquoi, il me semble qu'il faut proposer un socialisme qui soit le dépassement du capitalisme par le maintien de tous ses acquis et qui n'écarte pas toutes les compétences des gestionnaires actuels des groupes capitaliste. Un programme de ce type pourrait être mieux compris qu'une proposition de "rupture" dont le contenu échappe à ceux-là mêmes qui la propose.

Il faut un programme réaliste dans ce sens et ne pas craindre de dire que le socialisme ce n'est pas "les lendemains qui chantent", ce n'est pas une société utopique et parfaite mais d'abord une société qui corrige ses imperfections.


par regis le Lundi 29/11/2010 à 03:58

Il n’est pas faux de dire que les prises de positions « plus à gauche » ou « vraiment à gauche » ou de s’affirmer « la gauche de la gauche », « la gauche radicale » ou « 100 % à gauche » ne permettent pas de gagner car, outre que cela sonne comme une rodomontade, le peuple a déjà une certaine expérience de « la gauche » qui a beaucoup contribué à la montée de l’abstention et pas seulement électoral.

Les pratiques ont eu raison de la charge évocatrice que pouvait avoir ce terme pour le plus grand nombre. Dans ce monde désenchanté, les choix s’effectuent suivant une logique de ce qui est perçu comme le moins mauvais par refus de tout ce qui ne semble pas crédible à l’instant donné. L’avènement de la « gauche de gouvernement » a provoqué le recul de ce qu’on appelait « la conscience de classe ». Les postures et gesticulations n’y pourront rien.

Les adhésions spontanées « idéologiques », c’est fini depuis longtemps, je le constate par exemple, dans le syndicalisme.

En prendre note ne signifie pas abdiquer, je soutiens qu’il fallait bien demander le retrait de la « réforme » des retraites mais pour ce, discuter, écouter, raisonner, argumenter ce qui n’a pas toujours été fait.

« mouvements associatifs, de l’éducation populaire, des organisations de défense contre la dégradation de l’environnement, des mouvements de défense des services publics, des mouvements paysans ou encore des coopératives », pourquoi les syndicats ne sont-ils pas évoqués ? Les jugez vous définitivement inaptes à la démocratie alors que la récente mobilisation les a vu mobiliser des millions de salariés ?


Re: par la-sociale le Lundi 29/11/2010 à 07:24

Sur les syndicats: oui, bien sûr! Pourquoi les ai-je oubliés? Acte manqué significatif? Il est vrai que leur intégration à l'État et leur dépendance (ne serait-ce que financière) amène à être sceptique quant au rôle qu'ils pourraient jouer. L'accord CGT-CFDT-Sarkozy sur la représentativité exige sans doute que soit défendu plus que jamais un syndicalisme indépendant de l'État, des partis et du patronat. Comme nous n'avons pas le choix entre le bien et le mal mais entre le plus moindre mal et le grand mal, je suis syndiqué à Force Ouvrière, le plus grand mal pour moi étant représenté par la FSU, un syndicat toujours prêt à voler au secours des innovations et nouveautés pédagogistes quitte à prendre des accents martiaux dans les domaines où ça n'engage à rien.
Denis Collin


Re: par regis le Mardi 30/11/2010 à 02:51

Sans doute, la façon de percevoir de chacun dépend aussi de la place où il se trouve, ce qui nous incite à relativiser nos façons de penser. En ce qui me concerne, l’incarnation du « mal », c’est une centrale qui se veut à la fois « démocratique » et du « travail »….

Il y aurait bien à redire du syndicalisme tel qu’il existe aujourd’hui mais mon expérience m’incite à penser qu’on peut y agir aussi dans le sens de « l’auto-organisation ». Pas simple, mais ça ne l’est nulle part. Vous évoquez les associations, n’y retrouve t-on pas, souvent, dès lors qu’elles sont un peu importantes les mêmes problèmes ?

Si « l’auto-organisation » peut relativement plus facilement se réaliser à un niveau local, il y aura toujours le problème d’ « en-haut » auquel nous nous heurtons tous.



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