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La revue la Sociale propose de travailler à des états généraux de refondation de l’instruction publique,

par Robert Duguet

Par la-sociale • Actualités • Mercredi 07/09/2016 • 0 commentaires  • Lu 729 fois • Version imprimable


 Nous reprenons ici la réaction de Robert Duguet à notre proposition d'états généraux. Tous ceux de nos lecteurs qui veulent intervenir sur le sujet et proposer leur contribution ou leur témoignage seront les bienvenus.


L’initiative de la revue proposant des états généraux pour la refondation de l’instruction publique me parle sérieusement : je ne sais pas, cher Denis Collin, si nous arriverons dans la situation actuelle à réaliser une telle initiative, ce que je sais c’est qu’il faut faire quelque chose.

Notre génération, celle qui a eu 20 ans en 1968, qui a forgé sa pensée théorique dans le trotskysme de la décennie 1970-1980, a subi avec la montée au pouvoir de François Mitterand et du parti d’Epinay une défaite majeure. Dès les lendemains de l’élection présidentielle de mai 1981, les attaques contre l’enseignement public vont redoubler en intensité : la « gauche » ouvre les écluses et accentue les réformes réactionnaires de démolition de l’école que la droite ne parvenait pas à faire passer. Le rapport Legrand de réforme des collèges centré déjà sur le projet d’établissement particulariste et l’interdisciplinarité n’était déjà pas autre chose que le brouet infâme que nous sert aujourd’hui la politique de Najat Vallaud-Belkacem. Aux réformes réactionnaires du collège (Legrand) et du lycée (rapport Prost) se joint l’offensive antilaïque de la loi Savary qui converge avec la défaite du camp laïque en 1984. En 1982 la hiérarchie catholique par la voix de monseigneur Lustiger salue la loi de décentralisation administrative, dite loi Defferre, qu’elle déclare conforme au principe de subsidiarité de l’église catholique. Les défenseurs de l’enseignement public que nous sommes, qui nous définissons d’abord comme laïques, c’est-à-dire attachés à un système d’organisation politique de la cité, indépendant de toute emprise religieuse ou communautaire sur l’école et l’état, avons subi une défaite majeure dont nous ne sommes pas encore aujourd’hui relevés. C’est sous le mitterandisme que tout le réseau laïque organisé autour du CNAL et de la défunte FEN sera délibérément démoli : le parti d’Epinay, construit sur l’alliance entre les restes de la SFIO d’un côté et les secteurs venus de la gauche de l’église catholique (Vie Nouvelle, ACO…), et les cadres syndicaux essentiellement de la CFDT, accomplira son véritable projet, dont on peut juger aujourd’hui des résultats. L’affaire venait de loin : en 1972 le colloque du CNAL, qui voit la CFDT et plusieurs organisations de la gauche de l’église entrer dans le cartel d’organisations le soutenant, prend une position qui tourne en fait le dos au mot d’ordre de 1960 « fonds publics à école publique, fonds privée à école privée ! » Le mot d’ordre de nationalisation laïque de l’enseignement c’est déjà le projet de service unifié laïque de la loi Savary, qui définit le projet religieux ou privé comme concourant au service public.

Je pense qu’à la question de la refondation de l’instruction publique est liée la question de la laïcité de l’école et de l’Etat. Cette discussion a eu lieu dans les années 1980, des intellectuels ont écrit des livres en défense de l’enseignement public, de la construction du citoyen qu’il permet, de la liberté absolue de conscience, de la laïcité. Sommes-nous dans une situation où nous pouvons panser les blessures et repartir au combat ? Je le souhaiterais. En tout cas cela mérite discussion.

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