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Face à la désastreuse UE, l'Europe des peuples?

Par Denis Collin • 2017: Libre discussion • Mercredi 09/08/2017 • 3 commentaires  • Lu 1476 fois • Version imprimable


Comme l’a montré le dernier article de Jacques Cotta sur la « nationalisation temporaire de STX », l’UE apparaît aujourd’hui clairement dans toute sa triste réalité : elle n’est qu’un simple organe de domestication des peuples d’Europe au service du capital financier. D’Europe des peuples, il n’y en a pas, pas plus que d’Europe industrielle. Ceux qui nous serinent la chanson de « l’Europe puissance » qu’il faudrait construire pour résister aux Américains et aux Chinois sont, au mieux, des plaisantins, mais plus sûrement des enfumeurs professionnels. L’affaire STX témoigne une nouvelle fois d’une sorte de loi : aucune alliance n’est possible entre grandes entreprises des pays membres de l’UE. La métallurgie est tombée dans l’escarcelle de l’Indien Mittal. Alsthom a été vendu aux Américains plutôt qu’à l’allemand Siemens. Renault est allié au groupe japonais Nissan, Fiat s’est allié à Chrysler et non à PSA qui noue un accord avec GM. Et ainsi de suite. La seule réussite industrielle européenne reste Airbus construit sur la base d’un accord entre États sans rapport avec l’UE et qui plus est d’un accord qui serait aujourd’hui illégal au regard des règles adoptées depuis le traité de Maastricht.
Il n’y a pas plus d’Europe de la défense. Dassault ne vend pas ses Rafale aux Européens qui préfèrent les avions américains. Il n’y a aucun accord entre les principales nations sur la politique à mener envers l’Afrique et l’Italie est abandonnée à son triste sort dans la « gestion » des réfugiés qu’elle est sommée d’empêcher d’aller ailleurs. Le seul point d’accord entre tous ces pays est de plier, quoi qu’il en coûte, devant les injonctions du fantasque maître de la Maison Blanche, la dernière affaire en cours étant celle des sanctions envers la Russie qui mettent directement en cause l’approvisionnement de l’Europe en gaz.
Et pourtant, on ne peut simplement revenir au « concert des nations » qui était la seule « organisation » dont l’Europe disposait au XIXe siècle. Le besoin des « états-unis » d’Europe est soulevé depuis cette époque. Victor Hugo, grand patriote s’il en est, c’était prononcé pour une telle perspective. Au début des années 1920, la questions des états-unis socialistes d’Europe était mise à l’ordre du jour par l’Internationale Communiste. En 1923, Trotsky écrivait : « J'estime que, parallèlement au mot d'ordre : " Gouvernement ouvrier-paysan ", il est opportun de poser celui des " Etats-Unis d'Europe ". Seule la combinaison de ces deux mots d'ordre nous donnera une réponse perspective aux questions les plus brûlantes de l'évolution européenne. » Il ajoutait : « la France ne peut se détacher de l'Allemagne, ni l'Allemagne de la France. Or l'Allemagne et la France constituent le noyau de l'Europe occidentale. C'est là que se trouvent le nœud et la solution du problème européen. Tout le reste n'est qu'accessoire. » À certains égards, le diagnostic de Trotsky reste parfaitement exact, même si beaucoup d’eau a coulé sous le pont Kehl depuis cette époque.
La déconstruction pure et simple de l’UE et le retour aux frontières douanières, aux monnaies nationales et tout ce qui s’en suit est purement et simplement impossible. Déjà la sortie du Royaume-Uni, qui n’était pas dans l’euro et qui n’avait que des rapports souvent distants avec le « noyau dur » de l’UE se révèle être une affaire très complexe qui va nécessairement se doubler de toute une série de traités définissant la manière dont il y restera en quelque façon. Les formules choc des politiciens risquent de se briser sur les réalités.
Autant il me semble indispensable de dénoncer la fonction politique de cette UE comme appareil de domination des peuples et comme relai de la gouvernance du capital, autant il faut donner la perspective d’une dénonciation des traités, autant cela n’est possible et ne peut être convaincant que s’il existe une solution alternative, laquelle pourrait d’ailleurs formellement se mettre en place à partir d’un processus de réforme progressive de l’UE. C’est un peu la solution proposée par « La France insoumise ». Ce qui serait paru complètement irréaliste il y a quelques années devient possible précisément parce que nous arrivons à un moment où les cabris qui sautaient en criant « Europe, Europe » sont très fatigués et chaque pays, chacun à sa manière, chacun selon ses intérêts, est tenté de reconsidérer les problèmes et de remettre les choses à plat. Un pays aussi peu « souverainiste » que l’Italie où le consensus sur l’Europe était largement dominant est aujourd’hui confronté à des questions qui ont toutes en arrière-plan la mise en cause de l’UE, qu’il s’agisse des réfugiés, de l’affaire STX/Fincantieri ou de la discipline budgétaire que même Matteo Renzi a commencé à critiquer.
Face au « machin », on doit défendre la souveraineté des nations européennes mais celles-ci pourraient souverainement se confédérer dans une « Union des peuples souverains » ou pour parler le langage de Kant dans son Traité de paix perpétuelle, une « société des nations » d’Europe. On peut aisément  déterminer quelques générales d’une telle « société des nations ».
1) la reconnaissance de la souveraineté des peuples. Les traités d’union étant des actes de souveraineté, tout comme la dévolution de telle ou telle domaine de la souveraineté à une instance confédérale. La reconnaissance de la souveraineté suppose que chaque nation décide de vivre comme elle l’entend, d’organiser comme elle souhaite sa protection sociale et ses finances, sous être soumise à la férule d’une instance supra-nationale.
2) le principe du gouvernement « républicain » de chaque nation – souveraineté législative du peuple, séparation des pouvoirs, reconnaissance des libertés politiques et individuelles fondamentales, égalité des citoyens dans tous les domaines, séparation du politique et du religieux. Bref un paquet de libertés de base inaliénables.
3) la définition d’une politique étrangère commune et l’assistance mutuelle dans les opérations des défense. Ce qui suppose qu’on sorte de l’OTAN et qu’on en finisse avec cette idée que les USA sont au fond les défenseurs naturels de l’Europe.
4) l’existence d’une monnaie commune qui pourrait ou non, suivant le choix de chaque pays, fonctionner en parallèle avec les monnaies nationales.
5) l’abolition de toutes les frontières tarifaires mais selon les principes de la préférence communautaire et moyennant l’adoption de réglementations qui empêchent le « dumping social ».
6) l’engagement de politiques agricoles, industrielles et environnementales communes qui seraient, avec la défense, le but principal des instances confédérales. Les États pourraient directement engager des coopérations, depuis le recherche jusqu’à la mise en œuvre de grands projets.
Tout cela pourrait être développé mais rien n’est ici proprement révolutionnaire et pourrait – on peut toujours rêver –  procéder d’une réforme pacifique, sans crise des institutions actuelles. En tout cas, une telle perspective pourrait faire bouger les lignes et amorcer une réorientation de la politique européenne, ce qui semble à la fois plus réaliste et finalement plus ambitieux que les protestations des souverainistes purs et durs qui répètent « rupture avec l’UE » en sachant bien qu’il n’y a aucune  force pour conduire une telle rupture.
Une telle perspective prend en compte le fait qu’il existe historiquement quelque chose qui s’appelle Europe, dont quiconque va de Londres à Varsovie ou de Riga à Madrid reconnaît immédiatement l’existence. Une culture, une manière de vivre qui sont propres à la  « vieille Europe » et il serait bon d’y penser avant que toutes sortes « d’identitaires » occupent seuls le terrain. Copernic, Galilée, Bruno, Kepler, Brahé, tous ceux qui ont révolutionné notre vision de l’univers entre le XVIe et le XVIIe siècle venaient des quatre coins de l’Europe, mais partageaient des préoccupations communes. Rousseau parti de Genève et Kant à Königsberg font tous les deux la théorie de la révolution française. Chopin est autant un compositeur français que polonais. Verdi le musicien de l’unité italienne fait des opéras à partir de Victor Hugo … qui lui-même prend si son souvent son inspiration chez Shakespeare. Les juifs Spinoza, et Freud expriment chacun à sa manière cette pensée critique et libre qui s’est d’abord déployée en Europe et dont il n’y aucun exemple d’une telle audace ailleurs. Outre les raisons économiques et politiques, il y a là aussi quelques-unes des très bonnes raisons de ne pas tourner le dos à l’Europe.

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Commentaires

ne sommes-nous pas les vassaux de l'Empire étasunien? par Serge_Gomond le Dimanche 13/08/2017 à 20:51

 Denis Collin écrit: <<... Victor Hugo, grand patriote s'il en est, c'était prononcé pour une telle perspective. Au début des années 1920, la question des états-unis socialistes d'Europe était mise à l'ordre du jour par l'Internationale Communiste. En 1923, Trotsky écrivait: <<J'estime que parallèlement au mot d'ordre: etc. ...>>

Léon Trotsky
, Victor Hugo, bien, bien..., mais ne sommes nous pas au XXIème siècle?, et le monde a énormément changé? et celui-ci évolue (qu'on le veuille ou pas) vers un monde multipolaire ?... Vous me direz, quitter l'Empire hégémonique étasunien, pour aller vers l'Empire chinois où/et russe, quel serait le (véritable) changement?, ou mieux encore, quel serait le véritable changement pour l'Europe? (voir la suite ci-dessous)

Denis Collin écrit: <<... un processus de réforme progressive de l'Europe...>> 

Un processus de réforme progressive de l'UE (une Union européenne aux antipodes d'une Europe des Nations)... dans un système économique (mondialisé) financiarisé à outrance!, et où <<le roi dollar>> règne en maître! Comment cela serait-il possible? (sachant que la Chine et la Russie ont opté pour ce système économique (globalisé à outrance), sans véritablement remettre en cause la suprématie du dollar!?) * Dassault vend ses "Rafales" à des dictatures ultra rétrogades et moyenâgeuses, tel que: * **l'Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes-unis, etc. et en dollars encore! Et que fait l'Union européenne? Rien, elle acquiesce!...
*tout le monde sait que ces trois pays, arment et financent le terrorisme dans le monde entier (et ils ne sont malheureusement pas les seuls!)

Denis Collin écrit: <<... il n'y a pas plus d'Europe de la défense...>>

Mais n'existe-t-il pas des vélléités franco-allemandes pour créer un pôle européen de défense commune? (c'est un vieux projet allemand, que Macron 1er souhaiterai (très) rapidement concrétiser, et unifier nos deux nations, la France et l'Allemagne, (le soi-disant moteur de l'Europe (?) En ce qui concerne la France, il y aurait de sérieux doutes quant à sa capacité à rivaliser avec l'Allemagne!...), dans un projet de "défense commune", et cela malgré de graves suspicions quant à la dissuasion nucléaire française, et où la France aurait beaucoup plus à perdre que l'Allemagne.
Ce projet de défense commune, paraît d'ailleurs bien mal engagé, après que macron 1er (qui rappelons-le, détient le titre historique de <<président le plus mal élu de la 5ème République>> avec seulement 32% de votes exprimés en sa faveur) et qui c'est brouillé à mort (après un excès d'autoritarisme sur la personne du général De Villiers) avec la hiérarchie militaire française (ça aussi c'est historique!), semant le doute quant à ses capacités à assumer des situations extrêmes!...
** c'est comme-ci la Suède (ou tout autre pays nordiques) se permettait d'inviter un criminel de guerre patenté (comme ce fut le cas pour Hollande, lorsqu'il reçu en grandes pompes à l'Elysée le roi d'Arabie saoudite) ou encore Macron 1er lorsqu'il invita Netanyahou à l'Elysée, alors que tout le monde sait qu'il est le chef d'un gouvernement d'extrême droite, et qu'au sein de ce gouvernement certains ministres ne cachent même plus les propos racistes (propos qui attisent la haine et les violences, et sans crainte de poursuites pénales, puisque là encore, l'UE ne réagit même pas!) L'UE serait-elle complaisante avec certaines dictatures? (pas toutes bien sûr, puisqu'elle fait le tri entre les "bonnes" et les "mauvaises" dictatures) Certains se demande si elle même n'est pas une forme de dictature!                    


Re: ne sommes-nous pas les vassaux de l'Empire étasunien? par Serge_Gomond le Lundi 14/08/2017 à 14:36

Une info. pas si hors sujet que ça!?

Avant de signer avec l'Allemagne un <<projet franco-allemand de défense commune européenne>>, j'y regarderai à deux fois!

Des rapports de médias ont signalé que l'armée allemande, qui exploite 27 hélicoptères Tiger, connaît de <<graves problèmes>> liés à son inventaire d'avions:

...La ministre allemande, Ursula von des Leyen, dément catégoriquement le manque de formation des pilotes Tiger, suite aux déclarations de Mr Deutsche Welle déclarant que: << "Nos pilotes Tiger n'ont pas assez d'expérience dans les machines déployées, pour commander pleinement ces hélicoptères dans des situations limites" >>, ceci à la suite de deux accidents mortels dus à des disfonctionnements graves de deux de ces hélicoptères Tiger au Mali...

Ce n'est pas tout! 

La moitié des véhicules blindés allemands expédiés pour l'opération MINUSMA ont été contraint à l'arrêt forcé en raison de la chaleur (hé oui, dans le désert malien la tempèrature grimpe jusqu'à 45° degré...) de la poussière et du terrain irrégulier, les Airlifters C-160 Transall de la Bundeswehr vieillissent, tandis que l'avion A-400M frabriqué par Airbus connaît des dysfonctionnements techniques...

et le dysfonctionnement de l'équipement est une question urgente non seulement pour le contingent allemand au Mali, mais pour l'ensemble de l'armée du pays.

et pour finir, cet inventaire explosif!

Près de la moitié des 225 chars de combat de l'armée allemande sont usés et nécessitent une modernisation urgente, à rapporté le journal Augsburger Allegmaine en janvier de cette année.

Seulement 38 des 89 avions de combat allemands Tornado sont prêts à combattre et seulement 25 des 57 avions de transport sont opérationnels, selon un rapport de Deutsche Welle.

Les hélicoptères de combat, les transporteurs de troupes et les navires de guerre sont également en mauvais état, avec seulement 30% ou moins pouvant être déployés à ajouter ce rapporteur.

L'année dernière, l'inspecteur de l'armée, le lieutenant général Joerg Vollmer, a averti que l'échange d'informations de l'armée allemande avec ses alliés de l'OTAN pourrait également être menacé en raison des dispositifs de communication obsolètes utilisés par la Bundeswehr.

et dans cet inventaire succinct, il n'est même pas question de la France, ou d'autres pays européens... L'union européenne?, c'est compliqué!      


Passer outre les niaiseries de Macron 1er par Serge_Gomond le Samedi 19/08/2017 à 18:42

 En ce qui concerne la situation de l'Armée Française, (les services de renseignements étrangers ont du se délecter des suites des stupides querelles (dont l'Armée française fut accusée), querelles dues essentiellement à un pétage de plomb du citoyen Macron 1er).

La lecture du document qui suit est sans appel! : 

Le mercredi 12 juillet, le Général Pierre de Villiers, chef d'état major des armées, était auditionné par la Commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée Nationale. (texte intégral)
Cette publication de l'Assemblée Nationale est à votre disposition et à décrypter sans modération! (l'audition dudit texte est disponible sur le site de l'Assemblée Nationale)

En souhaitant vous épargner l'argutie qui prévaut durant le règne de Sarko 1er, (des centaines d'articles y font référence), et dont celui-ci devrait en assumer l'entière responsabilité (!?) Mais étant donné le personnage, ce ne sera pas demain la veille! Est-il utile de rappeler que le gouvernement Sarkozy fut l'un des rares gouvernement français sous le coupe d'un clan, régit par des pratiques on ne peut plus maffieuse!...

Extrait de la publication:  

<< Le deuxième point sur lequel le Général de Villiers est explicite porte sur les conséquences opérationnelles de ces coupes et des restrictions budgétaires: (il s'agit bien sûr des décisions de Macron 1er, dont le projet est de rogner l'enveloppe budgétaire de l'Armée française de manière significative) >>:

<<Concrètement, sur le terrain, le manque d'hélicoptères, de drones ou d'avions ravitallieurs a des conséquences lourdes sur la manoeuvre générale: report d'opérations, rupture de permanence, opportunités non saisies, prévisibilité accrue, Il ne s'agit là que d'un exemple parmi d'autres. Pour gagner, il nous faut aussi des gillets par-balles rénovés, des stokcs de munitions reconstitués et d'avantage de véhicules blindés pour protéger nos soldats. Je rappelle que 60% de nos véhicules blindés utilisés en opérations ne sont pas protégés. Le blindage est le moins que l'on puisse demander et obtenir pour les hommes et les femmes de nos armées qui, eux, ne comptent pas leur effort >>...
...<< On constate aussi que l'entraînement a été sacrifié, que ce soit l'entrainement des forces aériennes ou des forces navales. Or, la qualité de l'entrainement, et cela est su par les militraires depuis des temps immémoriaux, est unes conditions pour minimiser les pertes en opérations. Que l'on se souvienne de l'adage, maintes fois vérifiés, que la sueur à l'entraînement évite le sang >>...
autre adage, tout-aussi vérifiable: <<la révolution est au bout du fusil!>>, proné par les maoistes... En France nous en sommes loin!, très loin!, camarades                  



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