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La crise en Europe et les moyens de la conjurer

Par Denis Collin • Actualités • Lundi 06/12/2010 • 20 commentaires  • Lu 2596 fois • Version imprimable


I - Renvoyant aux poubelles de l’histoire ses engagements « libéraux », l’Union Européenne va d’un pays à l’autre pour tenter de colmater les brèches que la crise du système bancaire ouvre ici un jour et là un autre. Hier, c’était la Grèce : normal, la Grèce était un mauvais élève, trop de fonctionnaires, trop d’avantages sociaux, trop de tout ce qui déplaît aux messieurs de Bruxelles. Aujourd’hui, c’est l’Irlande. Stupeur : l’Irlande était le bon élève par excellence, État faible, pas d’impôts, droits sociaux limités au strict minimum, dumping social. Les mauvaises langues pouvaient faire remarquer que l’Irlande était le passager clandestin idéaltypique (le « free rider » disent aussi les spécialistes) : elle profitait abondamment de son intégration à l’UE : fonds structurels d’un côté, pour lui permettre de vivre avec des impôts bas, et intégration au marché unique qui lui permettait de devenir la tête de pont de toute une série d’entreprises nord-américaines ou de paradis fiscal où délocaliser les services des autres entreprises européennes. Résultat, l’Irlande était devenue le « dragon celte », caracolant dans le peloton de tête du PIB par habitant. Mais les dragons n’existent pas réellement. Après le nouvel an chinois ne restent que des cendres. Que disent les experts et autres éminents professeurs d’économie, tous plus prétentieux les uns que les autres ? De l’Irlande, ils n’ont rien à dire et passent à autre chose, toujours aussi prétentieux et creux. Car les cimetières de projets immobiliers s’accumulent, car des milliers d’Irlandais quittent leur pays ou envisagent de le faire pour voir si l’herbe est un peu plus verte ailleurs.

 

II - Après l’Irlande, la seule question est « à qui le tour ? ». Le gouvernement Socrates (PS) au Portugal administre une purge sévère à un pays dont la situation sociale se dégrade déjà depuis plusieurs années. On murmure que l’Espagne est sur la sellette : plusieurs grandes banques espagnoles sont très exposées et l’une d’entre elles pourrait à tout moment faire faillite déclenchant une crise en chaîne dans toute l’Europe et aux États-Unis, qui serait évidemment une crise mondiale d’une tout autre ampleur que la crise des « subprimes ». L’Italie ne va pas bien, mais sa dette publique, très importante, est majoritairement détenue par des résidents italiens. De ce point de vue, la situation française, avec une dette publique moins importante que celle de l’Italie est en réalité plus mauvaise, car nos gouvernants, très modernes, ont surtout emprunté sur les marchés internationaux… Les banques italiennes, plus « provinciales » sont également moins engagées dans la spéculation internationale et moins exposées aux « produits toxiques ». Bilan d’un « expert » : l’Italie n’est pas assez mondialisée !

En dépit des rodomontades des dirigeants français, la situation française n’est pas bonne – tant du point de vue de la dette publique que de celui de l’exposition des banques. Dans sa note du 1er décembre, Patrick Arthus, expert chez Natixis, distingue les pays selon le poids du secteur bancaire relativement au PIB. La France fait partie des pays dans lesquels le bilan des banques est plus de quatre fois supérieur au PIB (420% - Pour l’Irlande, c’est 600%) et un ratio de ce type est généralement caractéristique de petits pays. Parmi les grands pays européens, il n’y a qu’en Grande-Bretagne qu’on retrouve un ratio plus élevé (500%). Il est évident que la faillite d’une ou plusieurs banques aura plus de répercussions dans les pays de ce genre que dans ceux où la finance pèse un poids moins grand.

III - Hervé Nathan rapporte que les participants du « World Economic Forum », qui s’est tenu à Dubaï, ont clairement évoqué plusieurs scénarios catastrophes :

Le scénario préféré des financiers mondiaux commence par le défaut d’une banque espagnole. « Les banques espagnoles sont très grosses. Elles sont empêtrées jusqu’au cou dans la bulle immobilière, et chargées de créances irrécouvrables. Ces banques peuvent très bien connaître une crise de liquidité gigantesque, qui mettrait en péril d’autres grandes banques américaines et européennes qui sont leurs contreparties», explique un éminent invité du WEF. Ensuite le scénario vire à la tragédie planétaire. Car, à la différence de l’automne 2002, les budgets publics ne peuvent plus absorber un choc aussi violent que la faillite d’une grande banque systémique. L’Espagne qui aura en 2011 une dette publique de plus de 70 % du PIB sera dans l’obligation de garantir ses banques. « Pour les banques irlandaises, cela a coûté près de 40 milliards. On les a trouvés. Mais dans le cas de l’Espagne, il faudra peut-être multiplier le chiffre par 10 ! A ce moment-là les marchés, qui sont irrationnels par nature, risquent de refuser de prêter à l’État espagnol, comme ils l’ont fait pour la Grèce et l’Irlande. Et le fonds européen de stabilisation de l’euro n’est pas dimensionné pour un tel enjeu… ». La fin du scénario est un véritable cauchemar : les marchés « irrationnels » retirent toute confiance aux dettes souveraines, les taux d’intérêts montent partout (sauf pour quelques États) et provoquent une récession majeure… Ces discussions, bien sûr, n’ont pas fait l’objet d’une quelconque publicité, le « off » ayant été accepté par tous les participants. Les citoyens lambdas, néanmoins épargnants et contribuables, se contenteront des communiqués bien plus rassurants du FMI et de laBCE, selon lesquels l’Espagne est absolument à l’abri de toute crise financière.

IV - Que ce scénario soit de l’économie-fiction ou non, il en dit long de l’état d’esprit des classes dirigeantes. Oubliant tous les critères et engagements intangibles du pacte de stabilité, les États européens ont apporté en aide aux établissements financiers 975 milliards d’euros en 2008 et 1100 milliards en 2009 (soit au total un montant supérieur au PIB français…). Mais du même coup la dette des banques est passée dans le domaine public et comme il faut empêcher la ruine des États, on doit rétablir l’équilibre … en diminuant les dépenses de l’État au risque d’une grave récession qui, en réduisant les recettes fiscales, aggraverait l’endettement public. Les « économistes atterrés » manifestent leur stupeur devant une politique économique qu’ils jugent irrationnelle. Sans doute ont-ils raison… Mais pourquoi les dirigeants des États et derrière eux les élites de toutes les nations d’Europe, élites de la droite conservatrice autant que social-démocrates, Sarkozy, Cameron et Merkel autant que Socrates, Zapatero et Papandréou, adoptent-elles cette politique irrationnelle ? Nous avons là un nouvel exemple des limites de la « science économique ». À la logique formelle, il faut substituer la logique dialectique et essayer de comprendre la raison de ce qui est apparemment irrationnel.

Sans entrer dans les détails, ce qui sera nécessaire ultérieurement, disons maintenant que la permanence de la crise en Europe et aux États-Unis découle non pas de politiques aberrantes mais plutôt que les politiques aberrantes sont les effets de quelque chose que les dirigeants ne maîtrisent plus : l’affaissement profond et certainement irrémédiable du poids économiques de l’Europe et des États-Unis dans le système capitaliste mondial. La France et le Royaume-Uni sont des pays en voie de désindustrialisation rapide. Plutôt que de produire de la plus-value, ils ont trouvé judicieux de se placer dans le secteur juteux de la répartition de la plus-value produite ailleurs, ce qui explique l’importance démesurée du poids des actifs financiers relativement au PIB. C’est moins vrai de l’Allemagne, qui s’en tire plutôt mieux que ses partenaires, et de l’Italie dont la vitalité économique, cependant, est plombée par la décomposition politique et la corruption étatique qui n’a cessé de croître et d’embellir sous le « règne » de Berlusconi. Les États-Unis, dans la division mondiale du travail, se sont, quant à eux spécialisés dans la consommation (à crédit), une spécialisation d’un genre très particulièrement et dont on ne peut pas sérieusement penser qu’elle peut durer aussi longtemps que les contributions … Il y a quelques années, Emmanuel Todd, dans Après l’empire avait diagnostiqué la « décomposition du système américain » et nous devons constater la pertinence de ce diagnostic. Pendant que les Étatsuniens et les Européens s’acharnent à renflouer un système financier qui fait eau de toutes parts, l’Inde, la Chine, le Brésil pour ne parler que des plus connus développent leur appareil de production et étendent leur influence sur les marchés mondiaux. Ces pays qui sont déjà plus qu’émergents produisent aussi des diplômés du supérieur par millions alors que la « vieille Europe » ne trouve rien de plus intelligent que d’effectuer des coupes sombres dans les programmes d’éducation. Pour sauver les agents de change, on supprime les professeurs… Que sens de l’avenir ! Quelle vision enthousiasmante dans toute cette classe politique à l’esprit borné, de plus en plus souvent totalement inculte, qui, maintenant, tient les leviers des deux côtés du Rhin et sur la Tamise !

V- La social-démocratie, liée par mille liens à « son » capitalisme n’a rien à proposer. Sinon de suivre dans la déchéance sa propre classe dirigeante. Le PS français, dans l’opposition, et bénéficiant du discrédit qui frappe le président de la République, ne trouve rien de plus intelligent à faire qu’amuser la galerie avec le « concours de beauté » qui devrait déboucher sur des primaires en octobre 2011. Tous ces gens voudraient reconduire Sarkozy pour continuer de gérer tranquillement leurs baronnies régionales ou départementales qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Européistes « perinde ac cadaver », les sociaux-démocrates semblent prêts à mourir pour les dogmes qu’ils ont adoptés au cours du dernier demi-siècle. Il est vrai qu’à la tête de la « gouvernance mondiale », ils ont en la personne de Strauss-Kahn et en celle de Lamy d’éminents représentants. Encore un sujet sur lequel il faudra revenir ultérieurement sur ce sujet.

Voyons maintenant les autres propositions. Concernant la crise européenne, Jean-Luc Mélenchon qui veut s’imposer comme le porte-parole du Front de Gauche – ce qui parfois agace ses amis du PCF – a des formules choc : « qu’ils s’en aillent tous ! » ; « nous voulons renverser la table » ; « nous revendiquons la désobéissance européenne ». Dans son dernier ouvrage – si le mot convient – le chef du Parti de Gauche revient même sur son fédéralisme européen et reconnaît s’être fait des illusions. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ceux de ses amis qui avaient voté contre le traité de Maastricht en 1992 se souviennent avec quelle véhémence il les accablait, les accusant de « faire le jeu de Le Pen »… mais à tout péché, miséricorde ! On peut cependant s’interroger sur la portée réelle cette rupture avec le fédéralisme quand le programme du Parti du Gauche réclame pour l’Europe un parlement qui légifère.

Mais rompons là et voyons donc maintenant le détail des propositions du PG pour un « programme partagé » du Front de Gauche.

VII – Les propositions du PG sont ainsi libellées sous l’intitulé « Appliquer la désobéissance européenne » :

Le programme du Front de Gauche comporte de nombreuses mesures incompatibles avec les traités européens. Si nous sommes élus, nous pratiquerons la désobéissance européenne afin de respecter la volonté du peuple. Nous le ferons d’autant plus légitimement que l’adoption du Traité de Lisbonne s’est faite contre le vote populaire des Français, des Néerlandais et des Irlandais. Elle n’a été possible que parce que les dirigeants européens se sont entendus pour exclure le recours au référendum et ont imposé au peuple irlandais de revoter. Elle a donc rendu illégitime la construction européenne aux yeux de millions d’Européens. La désobéissance européenne que nous pratiquerons sera à la fois un moyen de respecter la volonté populaire des Français et de contraindre les dirigeants européens au débat démocratique qu’ils refusent.

Constat :

Le traité de Lisbonne a posé un carcan libéral qui veut interdire aux gouvernements nationaux de pratiquer des politiques opposées à l’euro-libéralisme. Il promettait en échange une direction politique cohérente de l’Union et l’avènement de « l’Europe qui protège ». C’est l’inverse qui s’est passé : cacophonie institutionnelle aggravée, laisser-faire puis impuissance face à la crise. L’appel lancé au FMI pour répondre à la crise résume cette faillite. Avec le contrôle communautaire des budgets nationaux, c’est une nouvelle remise en cause de la souveraineté populaire.

Propositions :

-       Organisation d’un référendum sur la liste des dispositions européennes à laquelle la France dérogera (dérogations utilisées par les britanniques sous le nom d’opt-out) afin de pouvoir appliquer le programme choisi par le peuple

-       Abrogation de toutes les transpositions dans le droit national de directives et règlements portant atteintes aux droits économiques et sociaux des citoyens français

-       Refonte du Code des Marchés Publics pour autoriser les clauses imposant le recours à des entreprises de proximité, aujourd'hui interdites par les traités européens.

-       la France utilisera le Compromis du Luxembourg (1966, toujours en vigueur) pour exiger un vote à l’un unanimité (droit de veto) à chaque fois que seront en jeu « des intérêts très importants d’un ou plusieurs partenaires » et notamment pour toutes les mesures qui contrediraient le vote de changement des électeurs

-       Mise en place d’un débat citoyen en France, au niveau local et national sur la refonte républicaine des institutions européennes et proposition de le mener au niveau européen. Un tel débat démocratique et citoyen, que l’Europe n’a jamais connu, pourrait conduire à terme à un processus constituant permettant de refonder complètement l’Union Européenne.

-       Arrêt immédiat des programmes de formation européenne sur les directives en vigueur imposés aux magistrats et autres membres de l’appareil judiciaire

On pourrait sans peine être d’accord avec les constats. On regrette seulement que l’origine de la situation n’ait pas été mentionnée. Car il faudrait au moins signaler que tout cela n’est pas tombé du ciel. Il faut remonter à l’acte unique de 1986 et aux directives prises entre 1986 et 1992, puis que traité de Maastricht (1992) et aux accords de Dublin et Amsterdam de 1997. Bref rappeler l’action décisive dans la mise en place de ce « carcan libéral » des deux septennats de François Mitterrand et du gouvernement Jospin (1997-2002). En ce qui concerne les propositions du PG, ce qui frappe, c’est le grand flou dont elles sont entourées.

Proposer au référendum la liste des règlements européens dont la France devrait s’exonérer, voilà qui semble curieux. On aurait pu croire que le PG allait proposer lui-même liste de ces « opt-out », ce qui constituerait une partie de son programme électoral. Mais visiblement le PG ne sait pas bien lui-même ce qui devrait être l’objet de ces « op-out ».

La deuxième proposition est tout aussi floue. Quelles sont les dispositions transposées qui contreviennent aux droits économiques et sociaux des citoyens français ? Mystère ! Par exemple, l’autorisation du travail de nuit de femmes, les durées maximales du travail, l’instauration de la libre concurrence dans le domaine des mutuelles complémentaires, etc. sont des dispositions venues de directives européennes et transposées dans le droit français. Mais maintenant, elles font partie du droit français, de la même manière que tous les accords signés par la France font partie du droit et y occupent même la position la plus haute dans la pyramide des normes. Cette deuxième proposition est du vent. On peut demander à Bruxelles l’annulation d’une directive, sa renégociation … ou alors dénoncer les traités de Dublin, Amsterdam et Maastricht. Mais on ne peut pas penser qu’on s’exonérera de telle ou telle disposition importante sans provoquer une crise européenne majeure. Peut-être faut-il provoquer cette crise – parfois les crises sont salutaires – mais il faut le dire et il faut avertir les citoyens de l’objectif et des conséquences.

La troisième proposition est à peu près anecdotique. On aimerait bien savoir ce que les rédacteurs entendent par « entreprises de proximité » s’agissant des investissements publics un tant soit peu importants.

La quatrième proposition n’en est pas une puisqu’elle se propose de faire jouer le cas échéant une disposition prévue par les traités actuellement en vigueur.

La cinquième proposition est un peu plus inquiétante. Derrière le vocabulaire creux du « débat citoyen » – le PG a repris cette mode agaçante de mettre l’adjectif « citoyen » à toutes les sauces – on propose un processus constituant européen. Autrement dit les déclarations de Mélenchon selon lesquelles il aurait rompu avec le fédéralisme n’ont visiblement pas encore atteint les sommets dirigeants du PG. Peut-être Mélenchon va-t-il organiser une tendance « souverainiste » dans le PG ?

La sixième proposition, sans doute juste, contredit la cinquième. Quand on veut créer des institutions communes par une constituante, c’est qu’on veut créer un droit commun !

Au total, ce qui frappe c’est l’extraordinaire indigence de ces propositions programmatiques. Derrière les déclarations viriles du chef, il n’y a rien !

-          Rien sur la BCE et l’euro. Or ce qui oblige tous les pays à se plier à la discipline budgétaire commune, indépendamment de la volonté des parlements nationaux, c’est la monnaie unique. On l’a vu dans les cas grec et irlandais. L’Espagne et le Portugal se saignent aux quatre veines pour rester dans l’euro. Que le PG n’en dise mot quand il parle de « sortir de Lisbonne » est tout bonnement ahurissant.

-          Rien sur le protectionnisme. Les industries nationales françaises ne sont pas menacées par la concurrence lettone ou polonaise sur les marchés publics (seule question économique évoquée dans le chapitre « sortir de Lisbonne ») mais par les délocalisations et les importations en provenance de pays où le « coût de la main-d’œuvre est dix fois élevé qu’en France. Est-ce pour ne pas contrarier le projet mélenchonien d’alliance stratégique avec la Chine que cette question n’est pas abordée ?

-          Rien sur la question des services publics. Pourquoi ne pas demander clairement que soit donné un coup d’arrêt à la libéralisation des services publics, avec la renationalisation complète d’EDF et GDF et le rétablissement du monopole de la SNCF ? Est-ce parce que renverser cette table-là ferait trop de bruit ?

On nous dira que tout cela est évoqué dans d’autres chapitres du programme. En effet, on peut trouver une proposition concernant la possibilité pour les banques centrales et la BCE de souscrire directement à la dette publique ! C’est renversant tellement c’est subversif… Pour les services publics on fait des déclarations de principe générales concernant les services publics propriété du peuple et sur la nationalisation, mais rien sur les entreprises précises à nationaliser ou à renationaliser. Qu’est- ce que le PG pense de la concurrence sur le réseau ferré français ? Et dans les télécoms ? et à la Poste ?

VIII - La prudence pratique du programme du PG et son incroyable flou peuvent se comprendre. Entre les déclarations ronflantes qu’on fait devant les journalistes, histoire de taper encore une fois sur le PS et la définition d’un programme crédible, il y a une marge. À certains égards, nous sommes sans doute trop avancés dans l’intégration européenne pour qu’un demi-tour arrière soit possible à un coût acceptable. Les responsables de cette situation sont les sociaux-démocrates européistes et fédéralistes au premier rang desquels le président du PG, juste avant sa toute fraîche autocritique. Mais maintenant, nous sommes peut-être contraints de boire le calice jusqu’à la lie !

« Sortir de Lisbonne » ne veut rien dire, sinon qu’on œuvre pour une rupture des traités précédents et qu’on sort de l’euro. Un certain nombre de souverainistes qui n’ont aucune chance d’arriver au pouvoir peuvent le proposer. Mais ce semble assez purement démagogique, sauf à en rechercher les conséquences prévisibles et à évaluer la facture de cette opération afin que l’on puisse voir si le jeu en vaut la chandelle. Car une sortie du cadre de l’UE aurait des conséquences sur le niveau des échanges entre la France et ses partenaires, au premier chef l’Allemagne. Si on se souvient de – mais c’est peut-être trop demander – on sait que la division du travail et le marché sont les deux faces de la même médaille et que la contraction des échanges entraînera mécaniquement une baisse d’activité. On pourrait espérer qu’un franc dévalué permettrait de redonner de la vigueur à l’industrie française … mais le problème est que cette industrie est largement partie ailleurs (Renault n’est bientôt plus que très accessoirement un constructeur français … quand on sait que Dacia, la filiale roumaine de Renault, est le troisième constructeur pour les ventes de véhicules en France). En outre, la dévaluation du franc renchérirait considérablement le coût des produits importés – notamment l’énergie. Bref, la sortie totale ou partielle de l’UE serait une opération chirurgicale dans laquelle les riches seraient loin d’être les seuls à régler la facture.

VIII – Nous avions publié sur ce site plusieurs contributions proposant une politique européenne réformiste.  Rappelons les propositions de Tony Andréani : Le socialisme et les verrous européenspublié en 2009. J’avais aussi proposé une réorientation globale dans un article sur l’Europe et la question nationale. Il s’agit de définir une orientation : une confédération de nations libres et pas une fédération, des parlements nationaux souverains et par un parlement européen législateur, comme le réclame le PG. Cela implique d’abord toutes les marges de manœuvre qui restent sur le plan national (et elles sont bien plus importantes qu’on ne le dit), de refuser toute intégration supplémentaire, de proposer des accords de coopération plus restreints autour de projets industriels ou de recherche et de procéder aux renationalisations nécessaires tant dans les services publics que dans le secteur bancaire et enfin de proposer une renégociation des traités européens en vue de regagner des marches de manœuvre nationales. Tout cela est parfaitement faisable, sans « renverser la table ». Malheureusement la « gauche de gauche », selon ses bonnes vieilles habitudes cède à la phraséologie d’autant plus révolutionnaire que le but n’est pas un vrai pas un avant mais de passer dans le fenestron pour les prochaines présidentielles…

 

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Commentaires

à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par merle le Mercredi 08/12/2010 à 09:56

 Je partage l'analyse de Denis Collin sur la situation européenne. Cela n'aurait pas sans doute grand sens d'affirmer une approbation individuelle si, j'en suis convaincu, cette approbation n'était assez largement répandue. Mais ne trouvant pas de lieu politique où se cristalliser vraiment en courant d'opinion efficace,cette approbation demeure en suspens. Je ne veux pas dire par là qu'il faille créer un nouveau courant ou un nouveau parti, mais qu'il s'agit seulement d'utiliser toutes les possibilités de capillarité entre cette approbation et, les choses étant ce qu'elles sont, les instances médiatiques et politiques qui sont censées être dans l'interrogation, voire l'opposition devant le tour que prennent les affaires européennes.
Les propositions qui sont esquissées dans le dernier paragraphe de l'article me paraissent en effet plus que bienvenues. E la nave va ? La fracasser contre un écueil, et dieu (?) sait qu'il n'en manque pas, ferait payer économiquement et socialement un prix énorme aux Français, et je crois que la plupart en ont conscience. L'aventurer, ne serait-ce que verbalement, vers des perspectives de mutation intégrale (et le gesticulatoire tribun du P.G fait en effet tout ce qu'il faut pour cela), ne change rien à l'affaire. D'autant que ces perspectives ne sont, comme le souligne l'article, que des trompe-l'œil afin de se faire une petite place dans la foire d'empoigne politique et la représentation électorale. Et je crois aussi que la plupart de nos concitoyens en ont conscience.
L'auteur de l'article a souvent souligné, et je le rejoins encore là-dessus, la vacuité de propos "révolutionnaires" prétendant émaner des exclus, des exploités, des gueux qui en ont marre, mais qui émanent en fait d'une couche de citoyens (je n'ai rien contre, j'en fais partie) qui disposent d'un ou de deux salaires, d'une insertion sociale supportable, d'une curiosité, d'une ouverture culturelle et de loisirs leur permettant de suivre les affaires d'ici et d'ailleurs, tout en regrettant in petto ou à voix haute que "ça ne suive pas" dans le milieu qui est vraiment le leur : n'est-ce pas, amis enseignants, qui vous retrouvez en salle des profs ou en cours de récré, amis fonctionnaires, amis employés ou techniciens du privé qui vous retrouvez un peu marginaux dans votre bureau ? Et tout en n'ayant pratiquement jamais la possibilité de mesurer l'efficacité de leurs propos "révolutionnaires" sur ceux dont ils sont censés émaner, et avec lesquels, de par leur mode de vie, nos vaillants "révolutionnaires" ne peuvent avoir aucun contact. Sauf à s'investir dans des associations de solidarité active, pour ne pas parler des caritatives.
Si le réalisme consiste à prendre l'immense majorité des gens (c'est-à-dire ceux qui plus ou moins s'en sortent, mais ne sont pas contents, pour des raisons économiques et aussi, ne l'oublions jamais, pour des raisons éthiques), à les prendre donc là où ils en sont, pour que leur conscientisation soit réalisable et positive, je suis d'accord avec les propositions que pointe Denis Collin, car elles permettent de passer par le trou de serrure qu'offre la situation actuelle. Et donc d'ouvrir réellement un avenir.

Un mot encore à propos de Marchais et des différentes réactions à ce "retour de la momie". Pour que les choses soient claires, j'ai milité au parti communiste de 1952 à 1977. Et si, selon la formule ordinaire, "le parti m'a quitté", c'est en grande partie sans doute à cause de Georges Marchais, de ce qu'il représentait qui me devenait insupportable. Pour autant, je demeure communiste de cœur et j'essaie d'appliquer la grille de lecture du monde marxiste. Les réactions aux réponses de l'article de Denis Collin m'ont permis de mesurer où en étaient quelques compagnons d'aventure de La Sociale : le dédaigneux et insultant "stalinoïdes" en particulier m'a éclairé sur l'incapacité de comprendre ce qu'a pu représenter, ce que représente toujours l'idéal communiste pour des gens qui se sont impliqués dans ce courant, sans pour autant tremper les mains dans le sang. À une époque où c'étaient bel et bien les dirigeants sociaux démocrates qui faisaient couler le sang, de l'Indochine à l'Algérie, plus, à l'occasion, quelques grévistes français. Pour autant, et j'en suis bien conscient, cautionner, et a fortiori cautionner a posteriori, le sang versé en URSS et ailleurs, c'est une autre paire de manches. Je crois que c'est ce que voulait pointer D.Collin en évoquant ceux pour qui ce passé était idéal et sans taches, et qui voudraient fonder une action politique au présent sur cette nostalgie. Maintenant, il faut le dire clairement, si le fait d'avoir été membre du P.C est incompatible avec la sensibilité des participants à la Sociale (sauf entrisme à l'Huma, n'est-ce pas Denis, mais ceci est une autre histoire), il faut le dire clairement. Et sans me lamenter, je dégagerai.
 


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par Anonyme le Mercredi 08/12/2010 à 11:49

merci M Merle pour le dernier paragraphe de votre intervention. Fils de militant communiste (exclu) et syndical , je n"ai jamais appartenu au PCF -si j'ai été syndiqué,  simplement syndiqué,à la CGT- mais je sais quel a été l' apport de ses militants à  la société française en général , au monde du travail en particulier, leur héroïsme dans la Résistance sans avoir pour autant gobé la fable des 75000 fusillés. Je sais aussi ce que nous devons à l'URSS et j'ose l'écrire à Staline dans la victoire contre le nazisme, sans oublier le côté atroce des luttes de pouvoir au pays du socialisme. Staline n'était certes pas un saint, ses opposants non plus, à commencer par le premier d'entre eux. Son bilan est pour le moins contrasté mais il  a  hissé l'URSS  au rang de  puissance mondiale quand ses lointains successeurs ont ravalé la Russie au rang de puissance  secondaire . 60 ans après sa mort  peut-on parler de cet homme , de  l' ex URSS  sans entrer en transes, brandir les clichés éculés, ressasser des ragots repris en boucle?  il serait temps de regarder l'URSS, son régime,  Staline  et les autres sans  a priori pour ce qu'ils ont été, ont réellement fait, pas pour ce que nos passions voudraient qu'ils aient fait en bien ou en mal.  Quoi que l'on puisse penser d'eux , ils sont ausi des éléments de notre Histoire de citoyens engagés à gauche (sans carte).


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par d_collin le Mercredi 08/12/2010 à 17:44

Monsieur le courageux anonyme,
Si seule vous importe la puissance passée de l'URSS stalinienne, votre cas est désespéré.  Les négationnistes nient les crimes d'Hitler. Il est aujourd'hui une deuxième variété de négationnistes, ceux qui nient les crimes de Staline et du stalinisme. Que les millions de morts du système de la terreur stalinienne puissent être "justifiés" au nom du "communisme" suffirait à vous dégoûter à tout jamais de "communisme"-là.
DC


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par georges avossa le Samedi 11/12/2010 à 19:46

cher Denis,
mon commentaire est paru avec la mention anonyme. Telle n'était pas mon intention en remplissant la case nom d'utilisateur sans être inscrit sur ce site.
 je ne suis pas dupe de "l'anonymat" régnant sur la sociale. tu le confirmes en m'interpellant "M le courageux anonyme". Passons.
 Nous avons peu , mais suffisamment, échangé sur la question de Staline et de l'URSS  pour que je m'étonne d'apparaitre sous ta plume comme un négationniste stalinien ,  frère jumeau des négationnistes hitlériens. Où as-tu pu lire ici ou dans nos échanges privés antérieurs, une quelconque  justification "des millions de morts de la terrreur stalinienne"?  j'ai lu  moi aussi, je l'ai toujours, le rapport Khroutchev,  en ayant à l'esprit le rôle éminent joué par l'intéressé dans la hiérarchie stalinienne, en Ukraine en particulier.  
  Dans ta réponse à René Merle, réponse que je ne pense pas trahir,  tu écris en substance sur ces questions controversées "laissons les historiens faire leur travail" . Je suis entièrement d'accord avec toi sur ce point. 
 cordialement


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par quent1 le Mercredi 08/12/2010 à 18:07

En conclusion du commentaire j'ai pu lire ceci :" (...sauf entrisme à l'Humanité, n'est-ce pas Denis, mais ceci est une autre histoire),.." Dans l'ex journal appelé Humanité du grand Jean Jaurès, qui depuis a vécu une autre vie, l'entrisme, puisque c'est ainsi qu'il a été caractérisé, et les entrées par portes ouvertes sont permis, la preuve par 9 est que j'y ai parfois mis de petits mots ou aussi des commentaires et y compris sur des faits bien anciens et que c'est passé sans problèmes ni censure mais puisqu'il y a sous forme d'affirmation ou de question ouverte ou fermée ?  un " n'est-ce pas Denis..." je tiens à faire remarquer aux lecteurs éventuels que quand l'ami camarade Collin est sollicité par téléphone pour écrire vite une brève dans les 2 à 4 jours sur le sujet qu'on lui suggère il ne répond jamais non et exécute illico-presto, et cela quel que soit le journal, il est vrai que pour ne pas les nommer d'autres journaux comme Marianne ou Politis ou Io, etc. ne se bousculent pas au portillon, mais il en est d'autres où le camarade Denis a écrit suite à sollicitation sociale... état d'urgence y compris en France ! quant aux commentaires signés anonyme c'est si facile ! B Quent1


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par d_collin le Mercredi 08/12/2010 à 18:26

Cher René,

Sauf erreur de la part de Google, le mot « stalinoïde » ne figure pas sur « La Sociale ». Mais je suis tout prêt à le reprendre à mon compte pour qualifier les décérébrés qui veulent ressusciter la guerre froide, regrettent le « petit père des peuples » et se préparent à chanter une nouvelle fois « il nous faut un guépéou »… il en est encore des exemples hallucinants. J’y inclurai aussi les amis du « grand timonier » et les anciens adeptes des khmers rouges. Et plus généralement tous ceux qui sont admiratifs devant n’importe quel tyran pourvu qu’il ait fait quelque profession de foi « anti-impérialiste » ou « antisioniste ».

Je n’ai pas évoqué Marchais pour faire sortir la momie mais parce qu’un homme politique médiatique s’en revendiquait ouvertement et que cela m’a conduit à m’interroger sur le sens de cette opération politique. Tout le monde l’a compris, mon papier sur Marchais n’a pas Marchais pour véritable objet…

Maintenant passons aux choses sérieuses. Je n’ai jamais confondu les militants communistes et l’appareil stalinien. Certes, je n’ai pas « eu la chance d’avoir des parents communistes » et si je suis devenu communiste à 16 ans, ce n’est pas dans les rangs du PCF mais dans ceux du trotskisme. Et quand tu récites la liste bien connue des crimes de la social-démocratie, je n’oublie pas non plus la liste des crimes du stalinisme. À Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht font écho Andrès Nin, Léon Sedov et Léon Trotski, par exemple, tous assassinés par le Guépéou et dans certains cas avec la complicité de dirigeants du PCF au plus haut niveau. Et puis je n’oublie pas les dizaines de milliers de communistes soviétiques assassinés par le système stalinien. Car les purges (comme celles de 1936-1938 qui fit plus de deux millions de victimes) ont d’abord eu pour cible les militants communistes. Le plus grand de tous les anticommunistes, recordman toutes catégories des assassinats de communistes, c’est Staline ! Mais cela, tous les membres et anciens membres des partis communistes devraient le savoir depuis le célèbre « rapport attribué au camarade Khrouchtchev » de 1956.

Je sais bien que les centaines de milliers d’ouvriers et d’intellectuels qui ont rejoint les PC, en France ou ailleurs, ne l’ont pas fait pour soutenir les bandes criminelles du KGB, mais pour lutter pour l’émancipation de la classe ouvrière et qu’il y entrait une forte part de foi religieuse qui explique aussi bien souvent leur aveuglement. Je sais aussi le prix qu’ils ont payé pour leur engagement. Je ne chipoterai sur le « parti des 75000 fusillés », puisque le PCF a revendiqué comme siens dans ce chiffre même ceux qui n’étaient pas communistes orthodoxes et même ceux qu’il combattait (ainsi sur le 27 de Châteaubriant, il y avait deux trotskistes…). Mais je n’oublierai pas non plus que les communistes ne furent ni les seuls ni les premiers à résister.

Peut-être serait-il temps de confier toute cette histoire aux historiens et d’en finir avec l’instrumentalisation de la mémoire. Temps de tirer un bilan lucide et le plus objectif possible de ce passé dont les jeunes générations n’auront bientôt plus la moindre idée. En tout cas, il est assez vain de regretter la fin des vieux partis communistes de masse (je pense tout particulièrement aux exemples français et italiens). Les dirigeants ont commis des fautes, mais ce ne sont pas leurs fautes qui expliquent l’effondrement assez impressionnant de ces partis qui étaient semble-t-il des colosses il y a encore 40 ans. Ce « communisme du XXe siècle » était certain une impasse historique et c’est ce qui explique cet effondrement une fois que les conditions exceptionnelles dans lesquelles il avait grandi ont disparu. J’ai parlé de tout cela dans mon Cauchemar de Marx. Pour autant les évolutions dans et autour de ces partis sont intéressantes. En Italie, de l’opportunisme de Bertinotti au repli sectaire sur le « communisme old fashion », les deux branches du PCI « canal historique » ont réussi le tour de force de dilapider leur capital en quelques années et de quasi disparaître de la scène politique. En France, la situation, bien que peu glorieuse, est un peu différente. Il existe au sein du PCF des courants intéressants. Je pense à « Communisme français au 21e siècle » qui tout à la fois défend l’idéal communiste comme idéal émancipateur, refuse la nostalgie néostalinienne et propose une stratégie réaliste – ils sont méfiants à l’égard du repli sur la ligne « gauche de gauche ». Aux alentours du PCF je pourrais citer le travail de la fondation Gabriel Péri ou encore un site comme « La faute à Diderot qui pratique un pluralisme de bon aloi en confrontant toutes sortes de pensée issues de Marx ou du marxisme. C’est aussi, en partie, l’impulsion pluraliste que certains voudraient donner à l’Huma (qui n’est plus le journal du PCF, depuis qu’il a été obligé de s’ouvrir au capital des grands capitalistes comme Lagardère), l’Huma dont certains journalistes m’invitent à donner mon point de vue sur les questions du moment – aucun « entrisme » là-dedans, mais une discussion loyale. Tout comme je discute loyalement et amicalement avec mon ami le philosophe communiste Yvon Quiniou – je rendrai prochainement compte de son livre L’ambition morale de la politique.

 Denis COLLIN


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par Pascale Cherrier le Jeudi 09/12/2010 à 01:00

 "Sur les 27 de Chateaubriant, il y avait deux trotskystes": complètement vrai, répertorié dans Wikipédia. Ca signifie donc qu'il y avait 25 communistes: mais nous ne chipoterons pas sur les chiffres, vous avez raison...

Oui, M. Collin, laissons le soin aux historiens de ne pas trop déformer l'Histoire. N'oublions pas toutefois que certains avancent masqués.

Et comme je ne suis pas historienne, voici cet extrait de "Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort", dans"Les Poètes", d'Aragon,qui pointe de la plume les grandes contradictions humaines et les grands espoirs humains, sans "aveuglement" à mon avis:

"Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien
Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable
Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d'épouvantables
Car il n'est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire
Rappelez-vous que nous aurons aussi connu cela que d'autres sont montés
Arracher le drapeau de servitude à l'Acropole et qu'on les a jetés
Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l'histoire

Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
En face pour savoir en triompher Le chant n'est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu'une voix se taise
Sachez le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue
Du moment que jusqu'au bout de lui-même Le chanteur a fait ce qu'il a pu
Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre"

1960


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par d_collin le Jeudi 09/12/2010 à 08:30

BIen sûr que c'est un poème magnifique que je connais presque par coeur! Aragon lui-même est une contradiction vivante: un des plus grands poètes français, qui a tant honoré notre langue qu'on est presque porté à lui pardonner toutes les vilénies et mensonges (lui l'auteur du "Mentir vrai") qui ont marqué sa carrière de "poète officiel du parti". Je suis tombé à l'âge de 14 ans dans "Le roman inachevé"  que j'ai lu et relu, comme j'ai lu et relu ensuite "Les poètes" et notamment cette émouvante complainte de Robert le diable. Et pourtant j'ai presque tout de suite su qui était l'homme Aragon qui connaissait, lui, la réalité du stalinisme et s'est pourtant couché devant une ligne et des gens qu'au fond de lui il méprisait. Le cynisme avoué des dernières années de sa vie est bien connu (j'avais rapporté ici l'anecdote concernant Waldeck Rochet). Les artistes ont cette chance extraordinaire: leur oeuvre dépasse tellement l'homme qu'elle leur donne une immortalité que leur vertu ne leur vaudrait jamais.
DC


Réponse à Denis Collin par merle le Jeudi 09/12/2010 à 07:04

 Cher Denis,

Merci pour ta prompte réponse.

Tu ne m’y dis rien sur l’essentiel de mon commentaire, qui approuvait entièrement ton propos sur l’Europe.

C’est le dernier paragraphe qui t’a interpellé. Tu as pu y voir, à tort, une attaque ad hominem (comme on dit en provençal maritime). Ce n’est pas mon genre, et quand attaques ad hominem il y a, elles sont franches et loyales.

Il s’agissait donc, clairement, de « l’entrisme » à L’Huma.

Je n’ai rien contre l’entrisme, tellement il correspond à cette capillarité que je souhaitais dans mon commentaire, par rapport aux perspectives actuelles et à la conscientisation des citoyens.

Permets-moi cette parenthèse historique (je ne me pare pas du titre d’historien, mais je revendique le beau titre d’ex-professeur d’histoire du Second Degré, et de chercheur en histoire) :  sous le fascisme italien, bien des opposants ont tenu à militer dans les syndicats fascistes, « là où étaient les masses »), et pendant la guerre de 1939-45, il n’a pas été déshonorant pour beaucoup de résistants d’investir les syndicats pétainistes. Donc, « entrisme » signifie pour moi prendre place dans une organisation, une tribune, dont on est loin d’approuver la totalité des orientations, mais à travers laquelle on pense pouvoir faire avancer des idées, et des actions.

C’est ce que tu fais à l’occasion dans L’Huma, et je m’en félicite.

Pour autant, pour qui n’est pas initié aux subtilités de la vie politique, L’Huma demeure, à son corps défendant sans doute, un journal communiste. D’où un écartèlement entre ce que j’ai pu lire sous ta plume dans La Sociale, et à DDR, et la réaction de lecteurs de l’Huma que je connais, qui imaginent tout benoîtement que tu es un philosophe proche du Parti.

Tu m’expliques quels courants t’apparaissent positifs et porteurs d’avenir dans le journal et dans la mouvance communiste actuelle. Permets-moi encore alors de mettre ceci en rapport avec le vide sidéral que tu pointais dans les propositions du PG à propos de l’Europe. Car je retrouve ce même vide dans les propositions de ces courants, exceptées celles de Wurtz. Je n’ai pas à intervenir dans le affaires intérieures du PC, mais il me semble que l’orientation de ces courants ls portera inévitablement vers un « entrisme » ( !) dans la nébuleuse sociale-démocrate.

Ceci étant dit, j’écarte de ta réponse tout ce qui ne répond pas à mon commentaire. Il suffit de mettre les deux textes en abîme. Je pense que tu as profité de cette réponse pour répondre à d’autres.

Permets moi aussi de ne pas accepter la façon dont tu traites ma position : je n’oublie rien, et je ne vois pas en quoi mon commentaire fait silence sur les crimes du stalinisme. Et je ne « récite » rien (quel mot méprisant !) : ce que je dis des crimes cautionnés ou couverts par la social-démocratie française est inscrit dans le souvenir et parfois dans la chair de ceux qui ont vécu les années 1945-1958.

Je souhaite longue vie à La Sociale, avec laquelle j’ai fait lien sur mon Blog. Qu’elle demeure un lieu stimulant d’échanges sans censure, ce qui est bien rare aujourd’hui. Pour ma part, je la lirai toujours avec grand intérêt, sans pour autant y participer désormais.

René Merle

 


Re: Réponse à Denis Collin par d_collin le Jeudi 09/12/2010 à 08:59

Cher René,

Tu vas finir par me convaincre complètement qu'internet n'est vraiment pas un moyen d'échanger. Je ne t'ai jamais soupçonné d'oublier les crimes de Staline ni quoi que ce soit de ce genre. Et évidemment, je ne t'ai pas qualifié de "stalinoïde", ce qui serait le comble de l'absurde! J'ai seulement précisé que je ne supportais pas ceux qui veulent aujourd'hui ressusciter le petit père des peuples et qu'à ceux-ci il m'est peut-être arrivé de leur attribuer le qualificatif de "stalinoïde" quoique j'en trouve pas trace sur le site. Mais je vois pas ce qui, dans mes propos, pouvait de faire croire que tu étais visé. J'espère que tout malentendu est donc dissipé par cette mise au point. J'essaierai d'être plus clair la prochaine fois.

Concernant le fond, c'est-à-dire l'Europe, tu as sûrement raison, pour le flou de "Communisme 21", et peut-être suis-je trop porté à l'indulgence avec ce courant. Ils me semblent en tout plus prometteurs que les nostalgiques du PCF d'antan regroupés autour de quelques députés du Nord ou du Rhône. Parmi les courants qui ont une certain influence, on pourrait encore citer "La Riposte", d'inspiration trotskiste, et dont les positions sont d'une stricte orthodoxie "marxiste révolutionnaire". Mais le simple fait d'énumérer ces courants, qui tous d'ailleurs ont un pied dans le parti et un pied dehors, cela montre que PCF outre ses élus locaux (les vestiges du "communisme municipal") est devenu une fédération assez lâche de courants politiques souvent en contradiction complète les uns avec les autres. Il ne s'agit donc pas d'intervenir dans les "affaires intérieures" du PCF car il n'y a plus beaucoup "d'affaires intérieures" et qu'il est impossible d'y faire de l'entrisme, car pour faire de l'entrisme il faudrait pouvoir distinguer clairement dedans et dehors!

Vide sidéral des positions sur l'Europe? Sauf Wurtz? Oui, Wurtz a la cohérence d'un projet situé dans le cadre de l'UE. Alors que face à lui, il y a surtout des oppositions désordonnées mais aucun contre-projet, aucune véritable alternative. J'aimerais bien que l'on puisse discuter de propositions précises et réformistes qui permettrait de sortir de l'impasse dans laquelle nous sommes enfermés et qui pourraient éventuellement être appliquées par un gouvernement conforme à nos souhaits. Je termine en rappelant seulement ce que j'écrivais dans "Revive la République" (Armand Colin, 2005) sur la prudence nécessaire quand on aborde les questions de l'Europe, prudence qu'oublient les anti-européistes secteurs:

La construction européenne depuis la Seconde Guerre mondiale est un processus extraordinairement complexe, dont il est nécessaire de démêler les différents aspects.
Ses mobiles immédiats sont assez clairs : il s’agissait de faire bloc contre la « menace communiste », à la fois extérieure et intérieure. Néanmoins, il serait faux, parce que unilatéral, de s’en tenir là. Il y avait des facteurs à la fois séculaires et structurels qui poussaient dans cette direction. Le besoin « d’allier le fer de la Ruhr et le charbon de la Lorraine » procède du développement des forces productives sur l’arène internationale et si cette question joua un rôle important dans les guerres franco-allemandes, il est non moins significatif que la construction européenne commence par la CECA, la communauté du charbon et de l’acier, première condition d’une coopération nouvelle entre la France et l’Allemagne. La volonté allemande d’organiser l’Europe, la volonté française, de morceler l’Allemagne – c’est déjà là une des causes de la guerre de 1870-71 – ne pouvaient que conduire à des guerres meurtrières. La coopération pacifique de la France et de l’Allemagne était la condition de l’établissement de la paix en Europe. Car, et c’est le deuxième facteur qui explique la facilité relative avec laquelle s’est faite la réconciliation franco-allemande, l’aspiration au « plus jamais ça » a, cette fois-ci, été la plus forte. Même les plus cyniques, même ceux qui ne se laissent pas prendre aux tours de cartes des politiciens n’ont pas manqué d’être émus quand Mitterrand et Kohl, se tenant par la main, rendirent ensemble hommage aux morts de la bataille de Verdun. Le vieil idéal socialiste de la fraternisation des peuples pouvait trouver dans la construction européenne un début de réalisation. Qu’il s’agisse d’une réalité (comme le soutiennent les dirigeants socialistes) ou d’une illusion qui risque de déboucher sur des réveils douloureux, c’est une autre question, évidemment.
Bonne journée et au plaisir de te lire à nouveau.
DC


Re: Réponse à Denis Collin par merle le Jeudi 09/12/2010 à 12:51

Merci pour ta réponse.
Et ce n'est pas un échange de politesses,
René Merle


Re: à propos du réalisme en politique et de l'Europe (Denis Collin). E la nave va ? par Michel Gandilhon le Jeudi 09/12/2010 à 16:02

René Merle, dans sa première intervention, voudrait alléger un peu du poids des crimes du stalinisme en en mettant un peu sur le dos de la social démocratie. Hélas, les exemples qu'il cite, les guerres coloniales, ne sont mëme pas pertinents. Qui était ministre de l'Air en 1945 au moment de l'écrasement de l'insurrection"fasciste" de Sétif ? Qui a soutenu en 1956 la politique de Guy Mollet en Algérie ? Poser la question c'est y répondre : le stalinisme en France ne sera même pas épargné la honte de tremper dans les crimes coloniaux ! Trotsky avait écrit un jour que le stalinisme était la syphillis du mouvement ouvrier. Et ce genre de maladie peut être mortelle. Nul ne contestera bien sûr le dévouement admirable et la sincérité des centaines de milliers de militants qui sont passés dans les rangs du PC mais cela n'altère en rien le caractère désastreux du blan. Au contraire même. Le bilan doit être à la mesure du gâchis engendré par la catastrophe stalinienne et ne souffrir aucune complaisance. Je peux comprendre aussi la nostalgie d'un certain nombre de militants à l'égard d'une "grandeur" passée, d'un âge d'or incarné par ce que représentait à une époque le parti à son apogée. Non le stalinisme mais l'organisation, la culture, la force d'une classe s'appuyant sur des modes de vie populaires emprunts de fraternité et de solidarité. Après tout, Rosa Luxembourg ne disait-elle pas qu'il valait mieux un mauvais parti ouvrier que pas de parti du tout ? Moi même, quand je vois l'évolution d'un département de la Seine-Saint-Denis rongé par la violence, la drogue, l'intégrisme religieux, je me prends presque à regretter la "belle époque". C'est dire donc si je comprends René Merle. Cela dit, la nostalgie d'une certaine sociabilité ouvrière ne fait pas une politique. Et rien ne se bâtira sans un bilan sans complaisance du stalinisme. C'est pourquoi les références à Marchais (Mélanchon), Mao (Badiou) ou Castro (Besancenot) sont aujourd'hui à combattre vigoureusement.


Alors, que faire ? par Didier Carrez le Jeudi 09/12/2010 à 14:50

Désolé, je n'ai jamais été communiste, au sens de membre du PC. Je conçois bien que cette histoire personnelle pour certains, mais aussi collective, continue à apporter beaucoup de souffrances.
Né en 1955, et peut-etre du fait d'une conscience politique plus tardive que certains, je n'ai pas "vécu" en tant que militant les crimes du stalinisme et de la social-démocratie, mais ce que j'en ai lu depuis m'aide à comprendre l'importance du débat passionné que je lis dans les réactions ci-dessus. Importance pour les personnes qui ont vécu de près cette période, mais aussi pour les leçons que nous devons en tirer.

Je voudrais cependant revenir au thème essentiel du texte de Denis Collin. Une fois de plus, une analyse brillante à partir d'une information très riche. Une fois de plus, je ne puis qu'etre d'accord avec les propositions faites dans le paragraphe VIII. Mais, à nouveau, je pose la question: comment y parvenir et avec qui ?

   Denis démontre de manière convaincante que ce n'est pas avec le PG que nous pouvons y arriver:  décalage entre le discours médiatique et le fond des propositions.
   La social-démocratie est en partie responsable de cette situation et je ne vois pas de changement radical dans ses nouvelles propositions. Par ailleurs, beaucoup de militants se sont déjà "cassé les dents" pour peser de l'intérieur. Donc mission impossible.
   Les propositions rappelées par Denis dans ce texte semblent proches de celles du POI. Mais sa marginalité et son souci de refuser toute alliance réduit certainement ses efforts à néant.

Alors, que faire ?

P.S: Un petit mot concernant René Merle.
       Je regretterais sincèrement qu'il n'apporte plus sa contribution toujours riche, intéressante et stimulante. Meme s'il est toujours possible de le lire sur son site, j'espère qu'il reconsidèrera sa décision. 


Re: Alors, que faire ? par d_collin le Dimanche 19/12/2010 à 17:08

 Je ne pensais pas que mes positions fussent si proches de celles du POI... C'est sans doute que le POI s'est rapproché de moi au cours des dernières années! La question de savoir pourquoi le POI reste aussi marginal, en dépit d'une ligne politique souvent intelligente, reste un peu énigmatique. Nous avions esquissé il y a quelques années quelques éléments d'analyse que l'on devrait pouvoir retrouver sur "La Sociale". L'expérience montre qu'il ne suffit pas, en politique, d'avoir des positions justes. Encore faut-il trouver les moyens appropriés pour les faire passer sans l'opinion. Cela suppose qu'on se confronte au débat avec des gens qui peuvent être en désaccord radical avec  vous. Le POI n'est visiblement pas doué pour cela. Les désaccords internes se terminent immanquablement par des scissions et des exclusions et compter les groupes issus de l'ex-OCI (PCI, MPPT, PT puis POI) est une tâche impossible. Le problème est que ces groupes sont plus sectaires les uns que les autres et qu'à côté d'eux le POI est presque un modèle d'ouverture d'esprit. Le deuxième problème est que le POI est extérieurement une sorte de parti social-démocrate à l'ancienne et qu'à l'intérieur nous avons; contrôlant le POI à tous les étages, un parti bolchevik pur et dur, le CCI qui continue de revendiquer le marxisme orthodoxe le plus inflexible et le trotskisme le plus intransigeant. Ce qui se voit très vite et n'engage pas les sympathisants à faire le pas et à adhérer au POI ... et ceux qui ont fait le pas s'éclipsent assez vite, silencieusement.

Les méthodes sont sans doute aussi importantes que le programme.  On le voit avec tous les partis. 


par regis le Mercredi 15/12/2010 à 03:15

Veuillez m’excuser pour cette intervention à contretemps bien involontaire.

« Cela implique d’abord toutes les marges de manœuvre qui restent sur le plan national (et elles sont bien plus importantes qu’on ne le dit), de refuser toute intégration supplémentaire. »

Oui, pour toute intégration supplémentaire 

Je vous remercie de bien vouloir expliciter ces « marges de manœuvre ».

Concernant les nationalisations, si l’on veut revenir à la situation précédente, il me semble que différents obstacles nés des traités européens surgissent : subventions croisées (péréquations tarifaires), monopole publics nécessaires à l’équilibre financier ne sont pas de mise dans l’actuelle U.E. selon ses règlements. Persuadé que la discussion contradictoire est nécessaire, merci de me donner votre point de vue.

A ce stade, le mien, reste de d’appeler une sortie urgente de l’U.E.


Re: par d_collin le Dimanche 19/12/2010 à 16:54

 Commençons par le plus simple: notre Sécu, notre système de retraites, notre système éducatif, l'aide au logement social, la politique des transports, ... , échappent aux compétences communautaires. Ce n'est pas Bruxelles qui a demandé aux parlementaires UMP de voter une nouvelle rallonge pour l'enseignement privé.  L'âge de la retraite, c'est Sarkozy. Le déconstruction de la Sécu, c'est encore lui. Ajoutons que les directives européennes ne peuvent être prises que parce que le gouvernement français les approuve, voire les inspire! Le "c'est la faute à Bruxelles" est une grosse escroquerie.  Ce n'est pas Bruxelles qui a obligé la France à voter "oui" à Maastricht, ni à soutenir les barons voleurs de la SG. Bref, comme toujours, l'ennemi est dans notre pays! Et si nous le voulons, nous pouvons changer profondément la situation politique de notre pays sans "renverser la table". Après on verra. Encore faut-il le vouloir.

Un gouvernement français respecté et fort de l'appui de son peuple pourrait faire avancer une réforme des institutions européennes favorables à la souveraineté des peuples, à la démocratie et aux droits sociaux. Mais c'est là que la bât blesse. Nous avons un gouvernement sans autorité (c'est pourquoi il faut multiplier les coups de menton et les démonstrations policières), un pays profondément divisé et des partis dont la nullité moyenne est proprement affligeante. C'est pourquoi, tous autant qu'ils sont, ils sont si prompts à rejeter toute faute sur les autres.


Re: par regis le Mardi 21/12/2010 à 02:15

Merci pour votre réponse courtoise.

C’est vrai que c’est loin d’être simple. Prenons l’âge de la retraite : Sarkozy, oui mais, vous en conviendrez, aussi les responsables du PS ( et aussi bien d’autres, mais cernons l’essentiel). De son côté, l’U.E. n’est pas en retrait, loin de là, même si ce n’est pas (encore ?) de la compétence communautaire (un document sorti cet été témoigne de son engouement pour la hausse de l’âge de prise de la retraite et de sa préférence pour la capitalisation).

Tous poussent dans le même sens, celui des besoins du capital.

Il est vrai aussi que la commission européenne est aussi un excellent instrument de dédouanement des gouvernements pour des décisions qu’ils ont souvent approuvées loin des foules. C’est aussi le signe que cet instrument n’est pas celui des peuples mais des puissants qui ont besoin de se retrancher derrière lui. En clair, ces institutions communautaires sont non seulement anti-démocratiques d’abord dans la forme mais parce qu’elles sont fondées, et ce, dès le traité de Rome sur la concurrence libre et non faussée, pro-capitalistes. C’est pourquoi il ne me semble pas possible de les utiliser à autre chose.

De là à « renverser la table », j’ai trop le sens des réalités actuelles. Une démarche pragmatique de type de ce que vous exprimez me semble plus adaptée. Plutôt que de gloser sur Europe ou pas Europe, une démarche concrète où, par exemple, un gouvernement réellement populaire rétablit des services publics dignes de ce nom, au-delà de la nécessaire nationalisation et, excusez moi d’insister, avec « subventions croisées (péréquation tarifaire) et monopole public risquent fort de nous mettre hors de cette « Europe » qui n’en veut pas.   


par serrurier paris 2eme le Jeudi 26/09/2013 à 13:11

Article très interessant et vraiment bien écrit. Globalement je partage le même point de vu mais je ne m'étendrai pas sur ce sujet vaste...
Marianne


Intéressant par Serrurier Antony le Dimanche 04/12/2016 à 23:54

 Très intéressant même si des fois c'est j'ai du mal à suivre :)
Serrurier Antony


Re: Intéressant par serrurier paris 5 le Jeudi 09/02/2017 à 11:26

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