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La révolution démocratique iranienne est en marche

Où va l'Iran (4)?

Par Denis Collin • Internationale • Lundi 28/12/2009 • 8 commentaires  • Lu 3815 fois • Version imprimable


Pour qui est assez âgé pour s’en souvenir, les rares informations sérieuses qui nous parviennent d’Iran font irrésistiblement penser aux dernières semaines du régime honni du Shah. La montée en puissance des manifestations, la violence de la répression, les débuts de décomposition de l’armée et le rôle que jouent les forces spéciales et tous les supplétifs du régime, les manoeuvres pour préparer une solution de transition qui permettent de maintenir l’essentiel du régime, éventuellement en éliminant Ahmadinejad, tout cela vient comme en écho aux années 1978/1979 dont nous avons eu déjà l’occasion de parler il y a peu sur ce site.

Pour comprendre les évènements, il faut commencer par dissiper l’enfumage idéologique organisé par le régime, par diverses variétés d’anti-impérialistes, et par les impérialistes euro-américains.

La propagande officielle annonce qu’il ne s’agit pas de vrais opposants, mais de gens manipulés par les médias américains et occidentaux en général. Vieille astuce de tous les tyrans : les opposants sont des agents de l’étranger qui veut asservir la patrie. C’est si évidemment absurde qu’il ne vaudrait même pas la peine de le réfuter. Mais rappelons tout de même que le point de départ des manifestations a été l’élection truquée d’Ahmadinejad et le refus du peuple de se voir spolier de sa victoire par ce tyran qui règne qu’en maintenant le pays dans l’insécurité, en jouant d’une tension bien calculée avec les USA et Israël, tout en désorganisant économiquement un pays très riche : l’Iran, un des principaux pays de l’OPEP s’est ainsi trouvé confronté à des sérieuses pénuries d’essence. Si Ahmadinejad était roi du Sahara, sûr qu’il devrait importer du sable ! On rappellera que les Occidentaux, États-Unis en tête, ont immédiatement entériné l’élection d’Ahmadinejad avec lequel ils conduisent un intéressant jeu de poker menteur qui arrange les uns comme les autres, sachant qu’il y a un accord de fond entre l’Iran et les États-unis sur la question irakienne (Nous avons eu l’occasion de nous exprimer sur ce point à plusieurs reprises).

Les débris du stalinisme et de prétendus « anti-impérialistes » de tous poils, tous cerveaux handicapés ne connaissant que la logique binaire la plus fruste, croient que, puisque Washington fait mine de menacer le régime iranien, il en faut déduire qu’Ahmadinejad est un vrai « anti-impérialiste » qu’il faut soutenir ardemment. Les mêmes ou leurs ancêtres soutenaient les procès de Moscou, ils furent pour le pacte germano-soviétique contre les impérialistes anglo-saxons, pour l’Alliance de Staline avec Roosevelt quelques mois plus tard, contre l’impérialisme allemand et japonais cette fois ; ils furent aux côtés des forces de répression russe contre les ouvriers de Berlin en 1953, aux côtés des chars (anti-)soviétiques en 1956 à Budapest, aux côtés des chars à Prague en 1968 ; ils approuvèrent chaleureusement l’invasion russe en Afghanistan en 1980 pour se retrouver aujourd’hui à soutenir comme « anti-impérialistes » ceux-là même qui, avec l’aide et la logistique des USA, ont défait les Russes … « L’anti-impérialisme » est slogan facile et vraiment très pratique car il peut servir à couvrir toutes les situations possibles et imaginables. Après tout en 1914, les Français menaient la guerre contre l’impérialisme allemand et les Allemands menaient la guerre contre la triple alliance des impérialistes anglais, français et russe ! Les anti-impérialistes d’aujourd’hui sont la copie conforme de ceux d’hier. Ils soutiennent (avec Mélenchon) l’impérialisme chinois au Tibet ainsi que la répression des Ouïghours, au motif que la Chine est opposée à l’impérialisme US, dont pourtant elle est le principal créancier ! Tous ces braves gens font mine de ne pas s’apercevoir qu’en Afrique, c’est la Chine qui prend le relai des vieux impérialismes européens décatis. Les anti-impérialistes aiment plutôt Poutine en qui ils voient une sorte de successeur légitime du petit père des peuples. Et selon les mêmes raisonnements sophistiques, les voilà qui volent au secours d’Ahmadinejad, reprenant sans la moindre pudeur la propagande du régime, soutenant les massacres organisés par les groupes fascistoïdes des « pasdaran » et alléguant que nous n’avons pas à protester contre Téhéran étant donné qu’Israël ferait bien pire en Palestine (ce qui n’est, au demeurant pas certain du tout, car la comptabilité macabre est une science difficile).

Qu’Ahmadinejad soit chaleureusement embrassé par Chavez n’est pas un argument en faveur du régime de Téhéran mais plutôt une preuve que Chavez n’est qu’un leader nationaliste petit-bourgeois, à la tête d’un riche pays pétrolier et nullement la figure marquante du « socialisme du XXIe siècle » comme le croient les néo-bolivariens parisiens ou fraîchement élus au Parlement de Strasbourg... On remarquera aussi avec quel prudent silence, les féministes radicaux du NPA, du PG et tutti quanti ont parlé de l’aide médicale apportée par Ahmadinejad à la Bolivie (voir l’article de Jean-Paul Damaggio, « Coup dur pour les droits des femmes en Bolivie »).

Laissons-là donc les pantins de « l’anti-impérialisme ». Certains, même parmi les groupes iraniens opposés au régime, affirment que ce qui se passe en Iran n’est pas vraiment une révolution. Moussavi et le « mouvement vert » seraient en fait une aile du régime, mise en avant par le pouvoir, y compris en le réprimant (!), pour mieux protéger les mollahs. Bref nous aurions surtout affaire à un affrontement entre pro-Khomeynistes. Ce n’est pas complètement faux : la dimension de crise interne à la caste au pouvoir est assez claire. Moussavi était un des principaux lieutenants de Khomeiny et, dans les débuts du régime, il a dirigé la répression d’une main de fer. Mais s’en tenir là, c’est ne pas voir l’origine des divergences au sein de la caste au pouvoir. Ces divergences portent sans doute sur la situation internationale : tout en étant aussi favorables qu’Ahmadinejad au nucléaire iranien, ses opposants veulent prendre leurs distances à l’égard d’une espèce de volonté « pan-islamiste » qui leur semble contraire aux intérêts de l’Iran et des fractions de la classe capitaliste qui les soutiennent. Après Ahmadinejad, l’Iran pourrait facilement devenir une puissance impérialiste secondaire comme le Brésil ou comme la Turquie, entretenant de bonnes relations, notamment commerciales, avec les USA et les institutions financières internationales. La stratégie de la tension, qui sert bien Ahmadinejad pour justifier son pouvoir, leur semble totalement hors de propos. Mais elles portent aussi et surtout sur la manière d’affronter le mouvement de masse. Les mollahs pro-Moussavi, suivant la ligne de l’ex-président Khatami sont pour lâcher du lest afin de sauvegarder l’essentiel – tout changer pour que tout reste comme avant – c’est-à-dire le système capitaliste et la place qu’y occupe la hiérarchie religieuse.

Mais les révolutions surviennent toujours quand la crise en haut se combine avec la poussée en bas. Depuis plusieurs années, les fondements du régime sont ébranlés par une double poussée : d’une part, celle des luttes ouvrières, avec la tendance à la constitution de syndicats libres, faisant éclater le corset de fer du régime corporatiste-religieux ; d’autre part avec la poussée de la jeunesse, et pas seulement de la jeunesse étudiante, et des mouvements des femmes qui veulent en finir avec l’oppression machiste-islamiste. Plus généralement, c’est une révolution démocratique qui reprend, à une génération d’intervalle, le mouvement commencé en 1978. Les informations que nous avons témoignent clairement de la nature du mouvement.
Il serait un peu obscène de lancer d’ici des mots d’ordre pour la révolution iranienne. On ne peut cependant manquer d’être frappé par le fait que le terrain de la solidarité ait été à près totalement déserté dans notre pays. Les « anti-islamistes » de profession, où sont-ils pour soutenir, dans la rue, les femmes d’Iran qui ne veulent plus de leur voile ? Ils préfèrent préparer une absurde loi anti-burqa. Et la gauche, où est-elle ? Occupée à digérer le réveillon ? À préparer de nouvelles manœuvres de balayeurs en vue des prochaines élections régionales ? Et la gauche de gauche ? Est-elle gênée parce c’est l’ami de ses idoles tropicales qui trempe ses mains dans le sang des ouvriers et de la jeunesse ? La révolution iranienne agit comme un puissant révélateur de l’état de décomposition morale de notre prétendue « gauche ».

Denis Collin – 28 décembre 2009.
 

Manifeste de la révolution iranienne adopté par le Parti Communiste de Ouvriers d’Iran

La révolution qui a commencé en juin 2009 est l’explosion de la colère refoulée du peuple contre le régime islamique criminel d’Iran. C’est une révolution pour la libération d’un système corrompu, pour détruire une machine de meurtres, de pillages, d’ignorance et de mensonges qui a écrasé la vie du peuple pendant trente ans. Cette révolution ne s’arrêtera pas avant d’avoir démoli tout le système inhumain au pouvoir.

Mais cette révolution ne concerne pas seulement la libération du peuple d’Iran du cauchemar islamique. Elle n’est pas seulement une source d’espoir et d’inspiration pour les régions soumises à l’islam. Cette révolution parle depuis le cœur du peuple du monde. Fondamentalement, elle est une révolution contre la sombre période caractérisée par l’offensive de la Nouvelle Droite et du Nouvel Ordre Mondial, le 11 septembre et l’ascension de l’Islam politique, la guerre contre la terreur et l’embrasement du monde dans la guerre des terroristes. Une période qui, par la métamorphose de l’être humain par la religion, l’ethnie et la nationalité, par la définition des relations entre les membres du genre humains par le Choc des Civilisations, et par la négation des droits universels des êtres humains par la notion du relativisme culturel, a, dans les faits, imposé un Moyen-Age post-moderne à l’humanité. La révolution iranienne est en fait la voie du troisième camp contre cette régression de la bourgeoisie de notre époque. Elle est une voix qui crie « Liberté, Égalité, Identité humaine ». C’est pour cette raison qu’à travers le monde des chansons ont été écrites pour cette révolution et que Neda est devenue l’héroïne du peuple du monde.

La révolution iranienne est, d’abord et avant tout, contre le pouvoir religieux et islamique. Elle est profondément laïque et s’oppose au pouvoir de l’ignorance, de la superstition et du clergé. Par cela, elle poursuit, par une voix radicale, les tâches inachevées ou oubliées de la Révolution Française. Avec la victoire de cette révolution, non seulement la religion sera complètement séparée de l’Etat et du système éducatif, mais tous les privilèges, lois ou traditions qui donnent aux appareils religieux le droit d’interférer dans la vie sociale seront également abolis. La religion sera confinée à la sphère du choix volontaire et des croyances privées des adultes. La religion officielle sera abolie et ce sera la fin de l’emprise de la religion sur la société et les affaires sociales. Aussi, pour la première fois, la véritable liberté d’avoir ou de ne pas avoir de religion sera établie. La révolution iranienne a déjà, de façon pratique, délivré sa sévère censure à la complaisance vis-à-vis de l’Islam politique des gouvernements européens et occidentaux et leurs reculs honteux sur la laïcité. La révolution anti-religieuse en Iran est le début d’une nouvelle Renaissance dans l’histoire humaine.

L’actuelle révolution en Iran est une « révolution féminine », non seulement parce qu’elle est se place directement contre l’apartheid sexuel et un gouvernement misogyne, non seulement parce que les femmes et les filles sont aux premières lignes dans les ferventes manifestations et les combats de rue, mais aussi parce que la maxime « la liberté des femmes mesure la liberté de la société » est de plus en plus présente dans la conscience des masses populaires. L’égalité inconditionnelle des femmes est le décret inviolable de l’actuelle révolution. Cette révolution est une nouvelle étape dans les efforts de l’humanité moderne pour la libération du vil esclavage de genre. Depuis la Révolution russe d’Octobre 1917 jusqu’aux mouvements de libération des femmes en Occident, des manifestations de femmes en Iran contre le voile en mars 1979 aux trente années de résistance et de protestations des femmes contre le voile islamique, les discriminations et l’humiliation, elles sont la colonne vertébrale et l’inspiration de l’actuelle révolution en Iran. La victoire de l’actuelle révolution aura non seulement un impact phénoménal sur le statut et la lutte des femmes dans les pays frappés par l’Islam, mais fera aussi avancer le mouvement de libération des femmes dans le monde dans sa globalité.

La révolution en Iran est pour la liberté. La réalisation de la plus radicale et humaine définition de la liberté individuelle, civile, culturelle et politique est la tâche immédiate de la génération « Twitter » et « Facebook » qui surgit dans la révolte. Elle n’accepte aucune restriction dans la liberté d’expression, d’assemblée, de grève et d’organisation ou d’autres libertés politiques. Elle ne reconnaît aucune limite dans la liberté de critiquer les « sanctuaires ». Elle n’accepte aucune censure sur la culture, l’art, la littérature et l’activité créatrice humaine. Elle est contre toute ingérence de l’Etat ou de toute autorité officielle dans la vie privée, y compris dans les relations et préférences sexuelles, des membres de la société. Non seulement les prisonniers politiques doivent être libérés, mais la notion même de prisonniers politiques devrait être abolie. C’est une révolution contre la peine de mort et contre tous les châtiments brutaux et islamiques. Elle n’est pas seulement contre Kahrizak, mais aussi contre Guantanamo et la culture politique qui y correspond, de la thérapie de choc aux viols et à la torture qui ont été élevés aux rangs d’outils officiels par l’Etat. Ce n’est pas seulement une révolution pour la libération culturelle de l’Islam, de la dictature et de tout obscurantisme et du recours à « c’est leur propre culture », mais elle se lève pour une culture globale, humaine et moderne. Dans ce sens, la comparaison la plus proche de la révolution iranienne sont les mouvements pour les droits civiques des années 1960 et 1970 aux États-Unis et en Europe Occidentale, avec cette différence que cette révolution, avec , va plus loin que la « société civile » et vise une « société humaine » ou une « humanité sociale ».

Cette révolution est la puissante réponse d’une société frappée par la pauvreté aux parasites au pouvoir. C’est une révolution pour abolir la pauvreté, le chômage et le terrible fossé entre la vie d’une minorité milliardaire et la grande masse des gens défavorisés vivant sous le seuil de pauvreté. C’est une révolution non seulement contre le non-paiement des salaires à des millions d’ouvriers, mais dans son essence contre la vente et l’achat de la puissance créative humaine et le pouvoir des lois aveugles et brutales du marché sur la vie des gens. C’est une révolution pour mettre fin à la toxicomanie, à la prostitution, à la situation des enfants ouvriers des rues, à l’absence de logement, à la dépression, au suicide et à toutes les conséquences de la pauvreté qui se déchaînent au sein de la société iranienne. C’est une révolution pour « le bien-être et la dignité », pour « le pain mais aussi les roses ».

Aussi, l’actuelle révolution en Iran concerne la libération de l’être humain dans toutes ses dimensions politiques, sociales, intellectuelles, culturelles et économiques. C’est une révolution contre les fausses identités de l’être humain, qu’elles soient religieuses, ethniques ou nationales, et finalement pour mettre un terme à la division en classes. C’est une révolution pour la dignité humaine, pour le bonheur, la liberté, le bien-être et l’égalité pour tous dans la jouissance des richesses matérielles et intellectuelles de la vie sociale. Elle est en effet une révolution pour la restauration de la volonté de l’être humain, tant dans ses capacités individuelles que sociales. En un mot, comme nous le disons depuis le premier jour, c’est « une révolution humaine pour le règne de l’humain ». Aussi, la révolution en Iran est liée aux grands efforts de l’histoire, de Spartacus aux jacobins de la Révolution Française, des Communards de Paris aux ouvriers de Petrograd, des conseils de la révolution de 1979 en Iran aux mouvements anti-capitalistes des débuts du troisième millénaire allant de Seattle à Rome. La révolution iranienne est fondamentalement contre l’esclavage salarié moderne, dont le temps est depuis longtemps révolu, et qui pour sa survie a eu besoin de recourir à la religion, à la superstition, à la torture, à la terreur et à la bombe nucléaire. Ce slogan des étudiants de Téhéran exprime les bases de la révolution iranienne : Socialisme ou barbarie !

Le triomphe de la révolution du peuple d’Iran sur la République Islamique ouvrira un nouveau chapitre dans le monde et sera une nouvelle pierre de départ pour mettre un terme à l’histoire des classes et commencer une véritable histoire humaine. Le 7ème Congrès du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran appelle le peuple du monde au soutien le plus résolu et enthousiaste de la révolution et du peuple d’Iran. Le Congrès envoie ses salutations aux femmes, jeunes et travailleurs en Iran et les appelle à rejoindre les rangs du parti pour la victoire de cette révolution et la réalisation de ce manifeste.

Adopté à l’unanimité par le septième congrès du Parti Communiste-Ouvrier d’Iran, 5-6 décembre 2009.

 

 

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Commentaires

Bravo! par Vilespy le Lundi 28/12/2009 à 16:09

Je suis partagée entre l'émotion et l'admiration à la lecture de ce texte. Quelle maturité, quelle générosité, quelle intelligence! Il nous rappelle que le peuple iranien est un grand peuple. Je ne peux que souhaiter que ce manifeste reçoive une vaste audience, et ces rédacteurs le soutien qu'ils méritent.


Du calme.... par fxb1 le Mardi 29/12/2009 à 11:08

En 1979 il y avait la "crise conjointe de l'impérialisme et du stalinisme" ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui...Les comparaisons entre périodes valent ce qu'elles valent (à la même époque, certains, dont moi-même entre autres, comparaient 1 peu trop facilement la victoire électorale de Mitterrand en 1981 à 1936...).
Il ya bien évidemment ingérence de forces extérieures comme le Mossad ou la CIA, j'ai peu d'informations sures pour juger de la participation populaire et ouvrière à ces manifestations contre le président Ahmadinejad. Ce que nous montrent les médias c'est plutôt 1 mvt de la couche supérieure des classes moyennes de certaines grandes villes.
Le régime iranien (dans toutes ses cliques) est bien 1 régime de type fasciste mais il est vraiment aventureux de prétendre qu'il n'a pas de soutiens de masse, voire même qu'il ait changé le résultat des élections (il y a eu des fraudes mais il n'est absolument pas prouvé que les réformateurs ont eu la majorité des voix). 


Re: Du calme.... par d_collin le Mardi 29/12/2009 à 15:42

Certes, comparaison n'est pas raison. Mais ce qu'on peut lire depuis un certain temps, notamment dans la presse oppositionnelle clandestine (celle qui est relayée sur internet en tout cas, c'est que de nombreuses luttes sociales se sont déclenchées contre le régime, notamment des grèves ouvrières dont nous nous sommes faits l'écho sur site depuis quelques années. À quoi il faut ajouter les mouvements étudiants (et surtout étudiantes) contre l'ordre moral. Un cocktail explosif qui pourrait nous rappeler mai 68. Les images nous montrent sans doute des "classes moyennes" en mouvement exactement comme les images de mai 68! Mais dans un pays où, nous dit-on, il y a 25 millions de comptes internet et 50 millions de téléphones portables, la "classe moyenne" me semble assez large. Il ne faut pas oublier une autre donnée que sont les minorités kurdes, arabes ou turcophones dont le rôle a été important dans la révolution de 1978/79 même si elles ont été vite baillonnées par le nouveau régime.

En ce qui concerne le truquage des élections, les indices concordant sont assez nombreux pour qu'on puisse raisonnablement supposer une fraude massive. Cependant, je suis d'accord pour dire que le régime a certainement aussi une assise "de masse", notamment le presque un million de "gardiens de la révolution", véritable garde prétorienne, fondée sur le modèle des "squadristi" de Mussolini, bandes de sauvages fanatiques formés à casser les grèves et à torturer. Il y a aussi toute la masse de la police politique et tous les prébandiers d'un régime à qui le pétrole donnait les moyens d'entretenir de pieux tueurs. Ce sont des indices qui permettent de parler d'un régime fasciste (si on s'accorde sur une définition du fascisme qui peut être dérivée de l'expérience italienne et non de l'expérience allemande qui est tout autre chose).


Re: Du calme.... par Copas le Mercredi 30/12/2009 à 22:40

"Il ya bien évidemment ingérence de forces extérieures comme le Mossad ou la CIA, j'ai peu d'informations sures pour juger de la participation populaire et ouvrière à ces manifestations contre le président Ahmadinejad. Ce que nous montrent les médias c'est plutôt 1 mvt de la couche supérieure des classes moyennes de certaines grandes villes.
Le régime iranien (dans toutes ses cliques) est bien 1 régime de type fasciste mais il est vraiment aventureux de prétendre qu'il n'a pas de soutiens de masse, voire même qu'il ait changé le résultat des élections (il y a eu des fraudes mais il n'est absolument pas prouvé que les réformateurs ont eu la majorité des voix)."

Je suis toujours assez surpris par ce type de commentaires.

Il existe effectivement un nombre énorme d'infos sur le net et nous avons toujours des gens de gauche qui regardent la télé pour se faire une idée...

Dommage, vraiment dommage d'être à ce point prisonnier des médias bourgeois  alors que, justement, nous avons la chance de disposer d'une info abondante par ailleurs (dans laquelle puise partiellement les médias d'ailleurs, ils n'ont pas d'autre soucre n'ayant plus de journalistes dignes de ce nom).

Sur les classes moyennes également, c'est un lieu commun, comme un certain internaute hyper révolutionnaire sur le net qui disait que les masses paysannes d'Iran ne suivaient pas la révolte , sauf que le monde rural iranien ne représente plus que 25% à 30% de la population d'Iran ( le monde rural et pas les paysans). l'image d'épinal d'un Iran tiers monde avec des masses énormes paysannes n'existe plus.

70 à 75% des Iraniens vivent dans les villes et ils ne sont pas commerçants, artisans, bourgeois, membres des forces de sécurité. Exit la petite bourgeoisie imaginaire et place à un prolétariat moderne très éduqué et en même temps très précaire.

L'Iran est représentatif du changement profond de feu le tiers monde qui n'est plus le tiers monde imaginaire d'antan. Les phénomènes d'impérialisme y démeurent , d'économies domniantes et d'économies dominées, mais il est de plus en plus un tiers monde prolétaire urbain. Et ce phénomène par son énormité est mal pris en compte par la vieille gauche européenne qui regarde avec les lunettes du passé le reste du monde et tarde à voir que celui-ci n'est plus paysan.

Même l'Afrique est en train de passer au modele urbain prolétarisé, précaire et informé. A grande vitesse. Ce que bombarde Israel en Palestine n'est plus seulement une classe paysanne mais d'abord une aglomération d'un peuple de haut niveau d'instruction, même si très précaire à cause d'une domination terrible.

Ces phénomènes de transformation profonde du monde où on vit, de modifiactions énormes numériques des classes en présence changent profoncement notre compréhension des phénomènes à l'oeuvre.

Ce qui se passe en Iran est révélateur de ce changement dans les couches et classes sociales en présence sur la planète. il a ses spécificités mais est bien dans ce torrent mondial affectant la planète.

L'Iran est un grand pays moderne, industriel et avec un grand niveau d'instruction de sa population. C'est un état d'une très grande et vieille culture. C'est un état producteur d'automobiles sous licence de cadors mondiaux de l'automobile (on n'obtient pas ces licences, ni ne construit une industrie automobile liée, sans un environement industriel global de haut niveau, et une insertion étroite dans le commerce mondial).

Cette classe majoritaire aspire à la liberté et aux libertés, elle a bousculé les calculs de deux factions au pouvoir , tout autant bourgeoisies l'une que l'autre.

Cette irruption bouscule tout et pas seulement en Iran, elle incarne quelque part une évolution du monde et une espérance curieusement remise à l'ordre du jour avec là un développement qui change tout .

Personne ne peut prédire l'issue de cte affrontement. Mais comme le disait notre ami on en trouve bien des caractéristiques qui expriment bien une odeur de 68 à plus vaste échelle (y compris les manifs des plus réactionnaires) .

Les éléments de cette crise se retrouvent dans bien des états du monde, comme en 68 (nous eumes Mai 68 mais aussi le printemps de Prague), signe des temps une crise a secoué l'université de Berkeley en Califormie pendant plusieurs mois avec occupation...

La crise est globale et planétaire, elle n'est pas seulement économique et écologique, mais c'est une crise totale qui appuie plus particulierementsur ses maillons "faibles", l'Iran qui conjugue nomenclatura, bourgeoisie, régime autoritaire, problème de nationalités et réaction religieuse est un de ces maillons faibles, comme le sont des états comme la Grèce ou d'autres (voir même les USA).

Le texte du PCOI est beau et exalté, il dégage une espérance profonde. C'est cela qu'il nous faut écouter.

Pas les médias sarkozistes.
 


Sur Chavez par d_collin le Mardi 29/12/2009 à 14:45

Ce que j'ai écrit sur Chavez est un peu rapide et peut prêter à confusion. Un de mes lecteurs me le signale et c'est bien volontiers que je lui en donne acte.
Je vais donc préciser ma pensée.
1) Chavez est préférable aux gouvernements de droite ou aux gouvernements "sociaux démocrates" antérieurs.
2) Dans la mesure où il défend les intérêts nationaux du Vénézuela et par la même occasion les aspirations de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie de son pays à exister comme nation indépendante sur l'arène internationale, il doit évidemment être considérer comme facteur positif. Ceci explique sa volonté de contrôler les ressources pétrolières ainsi que les accords qu'il cherche à passer avec d'autres producteurs de pétrole comme l'Iran.
3) Il y a aussi de nombreux facteurs négatifs si on se place d'un point de vue de classe. Le régime vénézuélien, tout en préservant les libertés démocratiques de base, a tous les traits d'un régime bonapartiste, dont l'un des objectifs et d'encadrer strictement l'activité de la classe ouvrière. Le parti de Chavez ressemble, mutatis mutandis, à ce qu'était le projet politique du MFA dans les années 1975 au Portugal, projet que les trotskystes américains(*) à l'époque avaient fort justement qualifié de "camisole de force militaire peinte en rouge". Je crois que le régime Chavez est exactement cela. Il présente de nombreux points de convergence avec les régimes militaires/bonapartistes à tendance socialisante qu'on souvent connu les pays d'Amérique Latine: le péronisme en Argentine, le régime militaire péruvien dans les années 70, etc.
4) Évidemment, il ne faut pas assimiler Chavez et Ahmadinejad, ne serait-ce qu'en raison de leurs rapports assez différents avec la question des libertés démocratiques.  Il y a chez ces deux personnages une dimension religieuse exaltée (Chavez oeuvre au nom du Christ ...) mais le catholicisme, surtout mâtiné de théologie de la libération est nettement plus supportable que le chiisme duodécimain...
5) Le vrai problème avec Chavez, ce n'est pas Chavez, mais les prétendus révolutionnaires de la gauche de gauche 100% à gauche. En idolâtrant Chavez, ils ne font qu'entretenir des illusions qui demain reviendront comme un boomerang dans la figure de ceux qui y auront cru. Au lieu de garder un point de vue lucide et critique et de maintenir un exigence élevée quant aux idéaux socialistes ou communistes, ils font renaître la vieille logique des "deux camps" entre lesquels on est toujours sommé de choisir, logique stalinienne en son essence, qui, paradoxalement semble plus prégnante chez des anciens trotskystes comme Mélenchon ou le groupe La Riposte quand dans le journal "L'Humanité"...

DC
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(*) Il s'agit du Socialist Workers Party qui était encore un parti trotskyste à l'époque. Depuis ce parti a été infiltré par des agents castristes comme Jack Barnes qui ont réussi progressivement à éliminer la vieille garde trotskyste et à convertir le SWP en agence de La Havane. Ce qui reste d'un courant jadis important dans l'histoire du mouvement ouvrier américain (voir la grève des camionneurs dans les années 30 et la formation du CIO contre la vieille AFL qui syndiquait l'aristocratie ouvrière par métiers), ce sont quelques petits groupes sans influence.


Lien croisé par Anonyme le Mardi 29/12/2009 à 15:01

Comité de Châteaulin pour une Alternative au Capitalisme: Où va l'Iran ? : " La révolution démocratique iranienne est en marche Par Denis Collin •La Sociale• "


Lien croisé par Anonyme le Mardi 27/04/2010 à 19:34

La burqa sur C+ - Football Manager 2010 - Page 2 sur JeuxVideo.com : "Ils avaient déjà fait le coup chez Ardisson d'ailleurs. http://la-sociale.viabloga.com/news/la-revolution-democratique-iranienne-est-en-marche La position du parti coco iranien, interdit en Iran évidemment, si ça intéresse certains "


Lien croisé par Anonyme le Vendredi 27/07/2012 à 01:35

((i)) ch.indymedia.org/de | Qui sont les soutiens occidentaux de la dictature ir : "ntinuer a voir en Ahmadinejad un militant « anti impérialiste » citons par exemple cet intellectuel « marxiste » italien Domenico Losurdo  http://domenicolosurdo.blogspot.com/ Sur des gens comme Losurdo lire cette analyse  http://la-sociale.viabloga.com/news/la-revolution-democratique-iranienne-est-en-marche Un Domenico Losurdo toujours prêt pour blanchir la dictature iranienne sur son blog et sur divers sites ou il écrit régulièrement ,Quand a seconde la médaille de la collaboration de classe européenne et caution de « gauche » avec la dictature iranienne elle ira surement au Socialist Wor"



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